Echo d'ombre

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Résumé

Mia vit dans un monde de couleurs pastel, de mélodies pop et de sourires figés sur des photocards. Un univers sans accroc, parfaitement orchestré... et mortellement ennuyeux. Ayden vit dans l'ombre, le cambouis et le bruit assourdissant des moteurs. À vingt-deux ans, il ne connaît que la loi du plus fort et les dettes qu'on paie avec du sang. Tout commence par un simple marque-page perdu dans la poussière d'un garage délabré. Une rencontre qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Il est le prédateur, elle est l'intruse. Il lui ordonne de fuir. Elle choisit de rester. Mais dans l'antre d'Ayden, la curiosité est un péché qui se paie cher. Entre les courses illégales et les menaces qui rôdent dans la zone industrielle, Mia va découvrir que le danger a un parfum d'essence et de cuir... et qu'elle n'est peut-être pas la jeune fille fragile qu'elle croyait être. Quand l'innocence rencontre le chaos, qui sera le premier à se briser ?

Genre :
Romance
Auteur :
Amira
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Les couleurs de L'isolement

Le silence de la chambre n’était jamais total. Il était habillé par le ronronnement discret du ventilateur de l’ordinateur et le frottement de la mine d’un critérium sur le papier glacé d’un cahier de SES. Mia soupira, une mèche de ses cheveux bruns retombant sur ses yeux. Elle l’écarta d’un geste machinal, ses doigts s’attardant un instant sur sa tempe.

Elle était assise en tailleur sur sa chaise de bureau, entourée par son sanctuaire. Sur les murs de sa chambre, les posters soigneusement alignés créaient une mosaïque de visages parfaits, de chevelures néon et de regards intenses. Pour le reste du monde, Mia était une lycéenne de Terminale sans histoire, celle qu’on oubliait de saluer dans les couloirs du lycée parce qu’elle ne faisait jamais de vagues. Mais ici, entre ces quatre murs, elle était la gardienne d’un univers vibrant.

Ses yeux dérivèrent vers le petit calendrier posé sur son bureau. Le 12. C’était aujourd’hui. L’album Thursday’s Child de TXT l’attendait au point relais, à quelques pâtés de maisons de là. Cette simple pensée fit naître une petite décharge d’adrénaline au creux de son estomac, une sensation bien plus réelle que n’importe quel cours sur le marché financier.

Elle referma son manuel d’un coup sec. Le bruit sourd du livre résonna dans la pièce comme un signal de départ.

Mia enfila son sweat-shirt fétiche, celui qui était trois fois trop grand pour elle et dans lequel elle aimait se réfugier comme dans une armure de coton. Elle attrapa son casque audio, le fit glisser autour de son cou, et vérifia une dernière fois son reflet dans le miroir. Elle n’était pas laide, elle était juste... là. Une silhouette parmi tant d’autres. Mais ses yeux pétillaient d’une excitation qu’elle seule pouvait comprendre.

En sortant de l’appartement, l’air frais de la fin d’après-midi la frappa au visage. La ville était plongée dans cette lumière dorée et mourante qui précède le crépuscule. Mia pressa le pas, ses baskets blanches frappant le trottoir en une cadence régulière. Elle mit son casque, fit défiler sa playlist et appuya sur Play.

Dès que les premières notes de synthétiseur atteignirent son cerveau, la rue changea de visage. Les passants pressés devinrent les figurants d’un clip vidéo dont elle était l’héroïne. Le bus qui freinait dans un crissement de pneus, les sirènes d’une ambulance au loin, tout se fondait dans le rythme. C’était sa thérapie, sa manière à elle de colorer la grisaille.

Le point relais était une petite épicerie qui sentait le café froid et les épices. L’homme derrière le comptoir lui tendit le colis avec un sourire las. Mia le prit comme s’il s’agissait d’une relique sacrée. Elle ne l’ouvrit pas tout de suite. Elle voulait garder ce plaisir pour le chemin du retour, savourer l’anticipation.

Elle décida de prendre le chemin le plus long, celui qui contournait la zone industrielle. D’habitude, elle évitait ce secteur. Les bâtiments y étaient plus hauts, plus sombres, et les rues semblaient s’étirer à l’infini entre les hangars de tôles froides. Mais ce soir, elle se sentait invincible, portée par la mélodie qui pulsait dans ses tempes.

Elle marchait, la boîte en carton serrée contre sa poitrine, le regard perdu vers l’horizon où le soleil commençait à s’écraser contre les cheminées d’usines. Elle n’entendait pas les bruits de la zone. Elle n’entendait pas les cliquetis métalliques, ni le vrombissement lointain des moteurs que l’on teste. Elle était dans sa bulle, à des années-lumière du bitume rugueux.

Elle ne savait pas encore que ce détour, cette petite envie de prolonger sa marche mélancolique, allait être le point de rupture. Pour l’instant, Mia n’était qu’une jeune fille douce qui aimait trop la musique, ignorant que quelques mètres plus loin, l’obscurité avait un nom et une odeur de pétrole.

Elle tourna à l’angle de la rue des Forges, là où les lampadaires commençaient à grésiller péniblement. Son sac à dos était mal fermé, la fermeture éclair ayant cédé sous le poids de ses livres. Elle ne le remarqua pas. Elle était trop occupée à murmurer les paroles d’un refrain qu’elle connaissait par cœur.

C’est là, précisément entre le hangar numéro 4 et une vieille carcasse de camion abandonnée, que le destin décida de se manifester sous la forme d’un courant d’air un peu plus violent.

Mia sentit son sac s’alléger soudainement. Un bruit de papier qui glisse. Elle s’arrêta net, la musique continuant de hurler dans son casque, alors qu’elle voyait son marque-page de collection s’envoler, porté par une rafale facétieuse, droit vers l’ombre d’un bâtiment dont l’enseigne en fer forgé grinçait sous le vent : Black Steel.

Elle retira son casque d’un geste brusque. Le silence qui tomba sur elle fut assourdissant, presque douloureux. Et pour la première fois, elle entendit le son du métal que l’on torture, juste là, dans l’obscurité du garage.