Prologue
Je ne me souviens pas du moment exact où tout s’est brisé.
Les gens imaginent toujours un instant précis. Un choc. Un cri. Un téléphone qui sonne au milieu de la nuit.
Mais la vérité, c’est que la rupture est silencieuse.
Elle s’infiltre.
Elle s’installe.
Et un jour, tu réalises que quelque chose en toi ne fonctionne plus.
Le jour où ma sœur est morte, le ciel était d’un bleu presque indécent.
Je me souviens de ça.
Pas de ses derniers mots.Pas de l’odeur de l’hôpital.Pas du visage de ma mère quand elle a compris.
Non.
Je me souviens du ciel.
Parce que tout le reste est devenu flou.
Après l’enterrement, les gens ont commencé à disparaître.
Pas physiquement.Ils étaient encore là.Mais plus vraiment.
Ils parlaient doucement.Ils évitaient mon regard.Ils disaient des phrases inutiles :
“Elle est dans un endroit meilleur.”“Tu dois être forte.”“Le temps guérit.”
Le temps ne guérit rien.
Il étire juste la douleur jusqu’à ce qu’elle devienne supportable.
Trois semaines plus tard, je n’arrivais plus à respirer correctement.
Pas au sens physique.
Au sens… existentiel.
Mon appartement était trop petit.Les rues trop bruyantes.Les gens trop vivants.
Alors j’ai fait la seule chose qui me semblait possible.
Je suis partie.
Sans prévenir personne.
Sans plan.
Sans objectif.
Juste une destination trouvée au hasard, tard dans la nuit, sur un site de location :
Un chalet isolé.Perdu entre forêt et montagne.Sans voisins.Sans réseau.
Parfait.
Je pensais fuir le silence.
Je ne savais pas encore que j’allais y trouver quelque chose de bien pire.