Chapter 1
Minuit sonne à l’horloge, ses aiguilles s’étreignent tendrement sur le chiffre douze. Le tic-tac remplit régulièrement l’air du poste de police, chaque battement résonnant comme un doux murmure dans l’obscurité. Je suis encore une fois en train de prolonger ma nuit ici. L’horloge continue sa danse, abandonnant minuit derrière elle, s’approchant lentement d’une heure du matin.
Soudain, mon collègue de travail glisse devant mon bureau. Ses yeux expriment une tristesse sincère alors qu’il me rappelle doucement de l’importance de m’accorder du repos. Il souligne que pour mes collègues, une policière épuisée n’est rien de plus qu’un fardeau.
Ses mots résonnent dans mon esprit alors je m’accorde une pause, mon corps alourdi par la fatigue, se laisse tomber sur le dossier de ma chaise de bureau. Mes pensées virevoltent dans l’air, des pensées remplies de défis et de responsabilités. Je lève les yeux, mon regard se perdant dans les nuances sans vie de mon plafond.
Peut-être devrait-je ralentir ?
Mais chaque fois que cette idée effleure mon esprit, une ombre du passé s’y oppose.
Ralentir ne signifie pas fuir.
Si je ne ralentis pas la cadence je risque d’entendre mes parents me parlaient de surmenage, de burn-out et d’aller voir un psychologue, bien que je n’ai rien contre eux, je ne comprends pas pourquoi aller en voir pour y raconter ma vie d’autant que je suis dans l’incapacité d’exprimer mes sentiments.
Je décide donc enfin de partir, je me dirige vers les vestiaires, tout est si silencieux je commence à enlever mon uniforme dont chaque geste est empreint de ritualisme, un rituel auquel je me livre avec une précision presque méditative, car en enlevant mon uniforme c’est comme si je me retrouvais sans ma protection.
D’abord, je libère mon corps du poids du gilet pare-balles, le déposant délicatement sur un cintre, comme si je laissais derrière moi les fardeaux de la journée. Mon haut costume, posé sur un autre cintre, révélant doucement ma peau qui respire, libérée de l’étau de l’uniforme. La brassière suit, cette contrainte féminine que je laisse glisser avec un soupir de soulagement. Sentir l’air caresser ma peau après avoir été emprisonnée sous ces couches est un doux soulagement.
Mes gestes se font plus intimes, plus révélateurs. Les bottes cèdent la place à mes pieds nus retrouvant le contact froid du sol. La ceinture d’armes suit, une libération symbolique de la responsabilité constante qui plane sur moi. J’enfile aussi vite que possible mon jogging et mon pull, il s’avère que pour venir au poste de police quelques fois, je ne m’habille pas extrêmement bien, car il faut tout enlever après, et ce n’est pas pratique.
Après avoir changé l’uniforme contre des vêtements civils, je fais un dernier passage dans mon bureau pour éteindre les lumières et l’ordinateur, la pièce plonge alors dans l’obscurité totale, enveloppée d’un silence paisible, comme un tableau de fin de journée dans une vieille romance.
Ensuite, je m’avance vers mes collègues qui, pour certains, s’apprêtent à passer une longue nuit de garde. Parmi eux, un visage familier m’interpelle, celui de Matthew, un collègue qui semble brûler d’envie de s’évader pour une soirée en ville :
« - Leyah ! m’appelle-t-il avec une pointe d’imploration dans la voix, tu voudrais pas échanger ta garde avec la mienne ? J’aimerais bien rejoindre des amis en boîte, si tu vois ce que je veux dire.
Je lui offre un sourire malicieux, révélant une part espiègle de ma personnalité.
- Désolée, mon cher ami Matthew, mais ce n’est pas la boîte qui m’appelle, c’est mon lit ! »
Il pousse un soupir amusé.
- Oh, je te croyais plus conciliante. Je me rappelle encore quand tu es arrivée ici, tu avais l’air d’un petit lapin comme Judy Hopps dans le film Z**topie. À présent, tu es devenue une pierre sans émotions.
Je lui rappelle d’un ton taquin.
- Les apparences sont parfois trompeuses, mon ami. Je suis tout aussi intransigeante qu’avant, tu sembles avoir oublié ce petit détail.
Matthew capitule avec un sourire.
- Merde, ma tentative a échoué, je te laisse donc partir pour cette fois. Rentre bien chez toi et sois prudente, on ne sait jamais ce que la nuit nous réserve.
- Je tâcherai de m’en souvenir, merci, bonne chance pour votre soirée ».
J’avance doucement vers la grande porte battante de notre poste de police, le seuil entre deux mondes. Une fois franchie, je me déleste du poids de l’uniforme et des responsabilités qui l’accompagnent, désormais, je ne suis plus une policière, mais simplement une citoyenne errante dans les rues de cette ville enchanteresse.
Parmi mes collègues, il existe une alchimie particulière, un lien profond qui transcende le simple devoir professionnel. Nous formons une famille choisie, soudée par une bienveillance chaleureuse. Contrairement à l’image froide et rigide souvent associée aux postes de police, nous essayons de faire en sorte que notre espace soit empreint d’humanité. Certes, nous sommes confrontés à des enquêtes sombres et déchirantes, mais notre capacité à relativiser, à trouver un équilibre, nous permet de maintenir la cohésion de notre équipe.
Nous nous efforçons de dissiper cette atmosphère oppressante qui peut parfois régner en particulier lorsque nous traitons des cas sensibles, tels que les victimes de violences ou les personnes de couleur dans la peur constante d’une brutalité injustifiée.
Notre objectif est de transformer notre poste en un havre de paix, un lieu où chacun se sente à l’aise, écouté et respecté. En tant que femme noire, je ressent profondément le besoin de compréhension et d’empathie envers ceux qui franchissent nos portes. Je suis consciente des préjugés et des craintes, et c’est pourquoi nous nous efforçons chaque jour de faire de notre mieux pour adoucir le monde impitoyable qui nous entoure.
Je glisse mes écouteurs sans fil dans mes oreilles, plongeant ainsi dans un monde de mélodies envoûtantes alors que je m’engage sur le chemin que j’emprunte habituellement. Ce parcours, qui semble toujours identique, longe les majestueuses baies vitrées des boutiques de luxe et les gratte-ciels imposants, une vision saisissante de l’Amérique moderne. Mais au fur et à mesure que mes pas me guident plus loin, cette façade commence à se dissoudre, laissant place à des ruelles étroites et paisibles, bordées de modestes maisons au charme désuet.
Pourtant, une atmosphère étrange flotte dans l’air, créant un contraste palpable avec la quiétude des lieux. Alors que je passe devant une ruelle en particulier, une sensation oppressante s’empare de moi, comme si l’ombre même de cette voie étroite exhalait une présence sinistre. Une odeur métallique, similaire à celle du sang, me titille les narines. Mon intuition de simple citoyenne me crie de partir en courant et de m’éloigner le plus possible, mais mon intuition de policière m’ordonne de ne pas partir et de m’engouffrer dans cette ruelle digne d’un film d’horreur.
Saisie par une étrange fascination et une inquiétude grandissante, je décide de plonger dans l’obscurité de cette ruelle sinistre. Mes pas résonnent à peine sur les pavés, enveloppés par le silence pesant de la nuit.
Pendant quelques minutes, je progresse dans l’obscurité totale, ne discernant que l’oppression des ténèbres, jusqu’à ce que, presque imperceptiblement dans l’obscurité, j’aperçoive une silhouette étendue sur le sol de la rue de San Francisco.
Péniblement, je sors mon téléphone de ma poche de jogging, décidée à percer le mystère de cette scène macabre. La lampe torche éclaire brusquement l’obscurité, révélant l’horreur qui se joue devant moi. Un homme, autrefois vivant, gît sur le sol. Le sol est jonché de rats voraces, grignotant le corps avec une férocité effrayante. Un frisson glacial parcourt mon échine alors que je tape du pied pour les chasser, tentant de préserver un semblant de dignité pour cet homme décédé.
Je m’approche avec précaution du corps, le cœur battant la chamade, la lampe torche tremblante éclairant le visage pâle et figé de la victime.
Je m’attelle donc à l’examen de cet homme, dont l’âge semble flotter dans la trentaine. Scruter les corps n’est généralement pas ma tasse de thé, mais face à cette troublante découverte, je ne peux simplement pas détourner le regard. Mes doigts, tremblants d’émotion, glissent doucement sur la peau glaciale de l’infortuné. Il est évident que la mort a déjà étendu ses mains froides sur lui, l’emportant loin de la chaleur de la vie.
Mon regard expert explore chaque détail, chaque indice, dans l’espoir de comprendre ce qui a bien pu se passer. L’intérieur de sa bouche est teinté d’orange, un signe révélateur d’une habitude de prise de cannabis. Lorsque je soulève les couches d’habits usés qui l’enveloppent, je comprends rapidement que la victime n’avait pas de toit fixe. Je remarque plusieurs bleues et trace de piqûre ce qui me conforte dans l’idée que cet homme était bien un junkie.
Qu’un homme se droguant meurt dans la rue ce n’est pas très étonnant étant donné qu’ici la sécurité sociale n’existe pas et les personnes paient leur propre frais médicaux.
Je pourrais me prononcer sur le verdict que l’individu est mort de froid ou d’une overdose, mais quelques détails retiennent mon attention. Plus je regarde et plus je ressens qu’il n’est pas mort d’une mort naturelle, il y a des croûtes sur ses phalanges ce qui montre qu’elles étaient ensanglantées et que cela a séché, signe d’une bagarre.
Est-ce une dispute qui aurait mal tourné ?
Non, un détail dissimulé sous les lambeaux de ses vêtements captive mon attention : plusieurs entailles longues et profondes marquent cruellement son torse et le bas de son ventre. Je scrute les blessures, mes yeux parcourent chaque ligne sinistre se trouvant devant moi. C’est alors qu’une blessure se démarque, capturant mon regard et me faisant frissonner d’horreur. Mon sang se glace à la vue de cette signature macabre : la lettre S, gravée dans la chair de l’homme, trace son chemin sinistre le long de ses côtes. C’est un sceau, une marque indélébile.
En un instant, l’idée d’un accident ou d’une mort naturelle s’évapore, remplacée par une réalité bien plus sombre. Cet homme n’est pas décédé de façon fortuite, il a été assassiné.
Soudain, un sifflement perçant fend le silence nocturne, puis tout redevient silencieux, comme si le monde lui-même retenait son souffle. Mon corps se fige instinctivement, et je pivote lentement sur moi-même pour scruter les environs à la recherche de la source de ce son énigmatique. Soudain, mes yeux captent un point vert émeraude sur le mur obscur.
Quelqu’un tente de capter mon attention.
Le point lumineux bouge frénétiquement, tracé dans l’air comme une énigme à résoudre. Il se meut avec une lenteur calculée, me guidant lentement du mur au sol, puis se dirige vers le corps inanimé. Là, il s’immobilise, frémissant d’excitation, m’indiquant clairement que je dois fouiller la poche de la victime.
Je comprends donc qu’il faut que je cherche ce qu’il y a dans la poche, je m’abaisse à la hauteur du corps et récupère doucement ce qui s’y trouve, un papier en boule est dedans, je le défais précipitamment une série de points y est inscrit : « ·−−− · − ·−−−−· ·− ·· ·−−· ·− ··· − ·−· −−− ·−−· −− ·− −· −−·− ··− ··−·· −−··−− −−·− ··− · −·· ·· ··· −····− − ··− −·· · − ·− − ·−· −−− ··− ···− ·− ·· ·−·· ·−·· · ··−−·· ·−−− · − ·−· −−− ··− ···− · −−·− ··− · ·−−− ·−−−−· ·− ·· ··−· ·− ·· ··· ··− −· · −··· · ·−·· ·−·· · −− ·· ··· · · −· ··· −·−· ·−··− −· · −−··−− −− ·− ·· ··· ·−·· · ··· ·−· ·− − ··· −· ·−−−−· ··−·· − ·− ·· · −· − ·−−· ·− ··· −·−· −−− −− ·−−· ·−· ·· ··· −·· · −·· ·− −· ··· −− ·− ·· ··· −·−·· ·− ·−·· ·−−−−· ·− ·−· · −· −·· ··− · −· −·−· −−− ·−· · ·−−· ·−·· ··− ··· −− ·− ·−−− · ··· − ··− · ··− ··· · ».
Cette série mystérieuse de points et de tirets m’échappe initialement, mais à mesure que mes yeux se plongent dans ce code énigmatique, la vérité éclate devant moi. Les signaux morse se révèlent être les messagers silencieux d’un expéditeur inconnu. Les mots prennent forme dans mon esprit, formant un message déroutant et troublant.
« Je ne t’ai pas trop manqué, que dis-tu de ta trouvaille ? Je trouve que j’ai fait une belle mise en scène, mais les rats n’étaient pas compris dedans, mais ça l’a rendu encore plus majestueux. »
Les mots, dévoilés un par un, résonnent dans mon esprit comme un murmure inquiétant, éveillant en moi une inquiétude profonde que je ne me connaissais. Quelqu’un, quelque part, joue avec moi, orchestrant une danse macabre au sein des ombres. Une mise en scène morbide, élaborée avec un soin terrifiant, se dévoile peu à peu, et je sens que je suis entraînée dans un mystère bien plus sombre que je n’aurais pu l’imaginer.
La panique m’envahit alors que je scrute frénétiquement les ténèbres, tourbillonnant sur moi-même à la recherche d’une présence invisible. Aucun visage humain, aucune forme discernable n’émerge de l’obscurité qui m’entoure, la ville engloutie dans un silence glacial, dans cette nuit ténébreuse, même les étoiles semblent avoir perdu leur éclat.
Tremblante, je saisis mon téléphone, cherchant un ancrage dans la réalité troublée qui m’entoure. L’écran lumineux de mon téléphone me révèle l’heure de trois heures du matin, un moment où le monde est plongé dans un sommeil profond, mais pour moi, c’est le début d’une tempête de questions sans fin.
La perplexité et l’effroi m’étreignent, des questions tourbillonnent dans mon esprit, chaque interrogation résonnant comme un écho terrifiant dans l’obscurité.
Comment cet individu savait-il que je comprends le morse ? Pourquoi a-t-il choisi cet homme innocent comme victime sacrificielle ? Quelle est sa motivation derrière ce jeu mortel ?
L’incertitude m’étreint, laissant mon esprit dans un tourbillon chaotique. Le sol froid m’apparaît comme un refuge, et je me laisse tomber, mes genoux touchant le bitume impitoyable. Une angoisse dévorante m’envahit, mon souffle devenant saccadé, échappant difficilement de ma gorge opprimée.
C’était un moment où le chaos de mes pensées menaçait de m’engloutir tout entière, luttant contre la marée de terreur, je ferme les yeux, mes doigts effleurant ma poitrine agitée. Je m’efforce de focaliser toute mon attention sur les battements de mon cœur erratiques, en utilisant chaque pulsation comme un ancrage à la réalité. Petit à petit, la technique porte ses fruits, ma respiration s’apaise, reprenant un rythme régulier, me ramenant lentement à la réalité.
Une fois que mon corps retrouve un semblant de calme, je me redresse avec résolution, laissant la froideur de la nuit glisser sur ma peau tendue. Le corps du jeune homme gît toujours à mes côtés, une tragédie silencieuse dans l’obscurité de la ruelle. Je sais qu’il doit être emmené à la morgue, mais ce message me trouble tellement que je n’arrive plus à penser correctement,
Que dois-je faire de ce message ?
Mais je pense que le plus judicieux est que personne d’autre ne soit impliquée, donc que je ne dise rien sur ça. Après quinze longues minutes de réflexion sans fin, je prends finalement mon téléphone en main et compose le numéro du centre de police. D’une voix ferme, je leur annonce la découverte du meurtre, gardant pour moi le mystérieux message morse. L’affaire s’annonce complexe, d’autant plus que notre section est spécialisée dans les affaires de stupéfiants, de meurtres, et de disparitions. Il est probable que cette affaire me soit attribuée, m’obligeant à plonger dans les sombres méandres de cette intrigue sinistre.
Une dizaine de minutes plus tard, je retrouve Matthew, un collègue, et notre chef de police, Bernard. Derrière eux, l’ambulance attend, prête à emporter le corps. L’équipe de nettoyage et les enquêteurs sont également présents, prêts à fouiller la scène du crime. Mon chef de police s’approche de moi, ses pas lourds résonnant sur le sol froid. Son visage porte un sourire chaleureux de soulagement de me savoir saine et sauve, mais son regard est dur, teinté de gravité face à l’horreur que nous venons de découvrir :
« - L’équipe de nettoyage s’occupe de la zone, les pompiers ont transporté le corps à la morgue, et les enquêteurs partagent ton avis, Leyah. C’est un meurtre, sans aucun doute. Le criminel a marqué sa victime de manière perverse, signant son acte avec arrogance. Nous devons rester vigilants. Les enquêteurs ont pris des photos des blessures sur le corps, et ils ont relevé des empreintes. Nous les comparons déjà pour identifier le coupable au plus vite. Un individu aussi dangereux ne peut pas errer librement dans nos rues. Il marque une pause, me scrutant avec sévérité. Mais je m’interroge, Leyah, que faisais-tu dans cette ruelle ? sa voix résonne d’une inquiétude sincère. Tu pourrais être la première suspecte dans cette affaire.
Je lui réponds d’une voix lasse mais déterminée :
- Je reviens tout juste de mon service, vers une heure du matin. En passant devant cette rue, j’ai senti l’odeur du sang.
Il soupire, exaspéré.
- Leyah ! m’appelle-t-il sévèrement. Tu sais ce que je vais te dire.
Je lui adresse un sourire résigné, cherchant de l’aide du regard auprès de Matthew, qui hoche la tête en signe d’accord, me trahissant, mon chef reprend :
- Si tu continue ainsi, je vais devoir t’imposer des vacances obligatoires. Un policier épuisé n’est qu’un fardeau pour son équipe.
Je réponds d’une voix étouffée, cherchant à justifier mes actions, mais il me coupe net.
- Pas de mais, Leyah. Il est temps de faire une pause. Rentre chez toi et repose-toi. Nous aurons une réunion lundi et je te fournirai toutes les informations sur cette affaire. Son regard, empreint d’inquiétude paternelle, se mêle à une pointe de déception, Rentre bien, et n’oublie pas : savoir s’arrêter au bon moment fait aussi partie de notre métier. »
Puis, sur ces derniers mots, il tourne les talons, laissant derrière lui un sentiment mêlé d’appréhension et de détermination.
Sur ces mots l’équipe du soir rentre en me laissant derrière elle, je n’ai même pas pu placer un mot, mais il n’a pas tort, il faut que je ralentisse la cadence, il ne faut pas mêler travail et affaire personnelle. Je m’étire et me relance dans ma marche, j’ai donc trois jours de congé, que vais-je faire durant autant de temps ? Aller voir mes parents, voir ma meilleure amie ou rester cloîtré chez moi à ressasser le passé ? Je verrais cela au moment voulu. Il est bientôt quatre heures, je suis épuisée, cette soirée a été très mouvementé et la question qui reste en suspens dans ma tête, c’est pourquoi avoir reçu un mot ?
En pensant longtemps à cette question, je n’ai pas remarqué que j’étais arrivée devant mon immeuble, il était temps, j’ai cru que je n’allais jamais y arriver.
Je glisse ma main dans mon sac qui pèse sur mon épaule, cherchant mon badge avec une routine presque automatique. Une fois trouvé, je le présente devant le capteur de la grande porte du hall, m’engouffrant rapidement à l’intérieur.
Avant de gravir les escaliers, je jette un bref coup d’œil à ma boîte aux lettres, n’y découvrant que des magazines indésirables. Je soupire, songeant à apposer une étiquette pour ne plus en avoir.
D’un pas rapide, je monte les marches de mon immeuble deux par deux, presser de retrouver le cocon de mon chez-moi. Bientôt, je me tiens devant ma porte d’entrée, je sors machinalement le trousseau de clés de ma poche. Mon appartement se révèle baigné dans la lueur tamisée du crépuscule, chaque objet à sa place, témoignage de mon côté maniaque. À peine ai-je fait deux pas à l’intérieur que ma chienne Nala surgit, ses aboiements joyeux remplissant l’espace. Je pensais qu’elle dormait, mais elle m’a attendue fidèlement. Mon cœur se serre d’affection pour elle. Nala est un malinois que j’ai adopté il y a deux ans, elle a apporté une lumière à mes jours sombres, et je ne saurais plus vivre sans elle. Je me penche pour la caresser, ses yeux doux et aimants me faisant fondre. Les chiens, avec leur simplicité, connaissent les vérités essentielles de la vie.
Délaissant mes chaussures, je laisse mon pied frôler le parquet froid, un frisson me parcoure l’échine. Je me dirige vers mon lit, m’y laissant tomber avec soulagement. Il ne faut que quelques instants pour que Nala vienne se lover près de moi, sa tête reposant délicatement sur mes jambes. Nous nous observons longuement, dans un échange silencieux empreint de compréhension mutuelle. Je comprends qu’elle attends son repas avec impatience, je décide de me lever avec toute la volonté du monde.
Aah qu’est ce que je ne ferais pas pour elle !
Mes pas me guident vers ma cuisine américaine, Nala me suit fidèlement, s’amusant à slalomer entre mes jambes. La lumière du soleil levant pénètre dans la pièce, caressant le bois rustique de ma cuisine. Je prépare le repas de Nala, versant ses croquettes préférées dans sa gamelle en terre cuite. Elle émet deux aboiements joyeux, une manière toute canine de me remercier. Je l’observe, admirant la tranquillité sereine de sa vie, avant qu’une idée ne s’insinue dans mon esprit fatigué. L’appel d’une douche chaude devient irrésistible, et je me laisse guider par mes pieds jusqu’à la salle de bain.
La pièce est spacieuse, un sanctuaire dans mon appartement, une baignoire trône au centre, entourée de carrelage gris sur les murs et le sol. Une double vasque en marbre noir et blanc occupe le côté droit, mais ce qui rend cette salle de bain exceptionnelle, c’est l’immense baie vitrée qui offre une vue imprenable sur les immeubles de San Francisco, laissant entrer la lumière du jour et un sentiment de liberté infinie.
La pièce baigne dans la lumière dorée du soleil couchant, créant une atmosphère douce et apaisante. Devant le grand miroir encastré dans le mur au-dessus du double vasque, je me déshabille lentement, mes vêtements glissant silencieusement le long de ma peau. Me voilà nue, vulnérable face à mon propre reflet. Mon regard s’attarde sur les cicatrices qui marquent mon corps, parmi elles, une se distingue, une longue et sinistre cicatrice en forme de zigzag, s’étirant de ma poitrine à mon dos, passant par mon ventre et mes côtes. Une cicatrice douloureuse que je cache à la vue du monde. J’aimerais la recouvrir un jour d’un tatouage de dragon, une créature forte et majestueuse qui dissimulera cette partie vulnérable de mon être.
Je m’immerge délicatement dans la baignoire, la chaleur de l’eau enveloppant ma peau fatiguée. D’une main, je saisis le pommeau de douche, ouvrant le robinet. D’abord, un jet d’eau froid me frappe, puis l’eau chaude jaillit, comme un doux retour au printemps après un hiver glacial. Je décide de prendre une douche rapide, redoutant de sombrer dans l’oubli et de m’endormir dans ce havre de chaleur et de quiétude.
Je laisse l’eau s’écouler le long de mon corps, un ruisseau bienfaisant qui emporte avec lui la fatigue de la journée. L’effet est si réconfortant que j’en oublie même de me savonner, je pose le pommeau de douche avec précaution, coupant l’eau pour partager le gel douche à la senteur enivrante de mangue. Mes gestes sont frénétiques, recouvrant chaque centimètre de ma peau de mousse parfumée. Puis, sous le ruissellement chaud, je me débarrasse de cette mousse légère qui enveloppait mon corps, me laissant revigorée et prête à affronter le monde à nouveau.
Les événements de cette nuit tourbillonnent dans mon esprit, la figure de cet homme innocent me hante. Sa famille doit le chercher, désespérée et désemparée. Quant à ce meurtrier, quelles sont ses motivations obscures ? Je tente en vain de déchiffrer son dessein, mais les réponses échappent à mes pensées errantes. Et pour ajouter à l’énigme, ce message étrange reçu, mais met-il destiné ?
Cela serait de la folie s’il était réellement pour moi
Lentement, je décide de mettre fin à ma douche, laissant l’eau s’écouler une dernière fois avant d’attraper mon peignoir moelleux. En sortant, mes yeux recherchent le réconfort de la présence de Nala. Elle se repose paisiblement sur son coussin préféré, sa respiration régulière, signe de calme maintenant que je suis de retour.
Je traîne mes pieds dans ma chambre, l’endroit où j’ai passé d’innombrables heures debout, rêvant et cauchemardant. La chambre est mon sanctuaire, une amie silencieuse et un cocon où mes démons ont du mal à me rattraper. Je l’observe avec un sentiment de redécouverte, les tons apaisants de marron beige enveloppent la pièce, le lit suspendu au plafond, les fils qui le soutiennent ornés de végétation. Les murs sont recouverts de photos et de leds, créant une ambiance chaleureuse et réconfortante, une armoire en bois rustique, semblable à celle de ma cuisine, est encastrée dans le mur, et à travers les grandes baies vitrées, San Francisco se déploie majestueusement devant moi.
Enfin, je m’éloigne du seuil de ma porte, revêtant ma nuisette avec douceur, me laissant tomber délicatement sur le lit moelleux. Je me glisse sous la couette tel un papillon dans son cocon, me laissant emporter dans les bras bienveillants de Morphée, espérant trouver la paix dans le monde des rêves.
Je m’éveille d’un sommeil profond et, subitement, je tente de bouger ma tête, mais un mal de crâne atroce se déclenche, me clouant sur place. Je suis allongée sur une plaque métallique froide, semblable à celles que l’on trouve dans les hôpitaux. Mes mains et mes pieds sont entravés par des ceintures serrées, m’empêchant de me libérer de ce cauchemar oppressant.
Ma peau est couverte de sueur, mon corps semble prisonnier de cette surface glacée. À mes côtés, gît une femme dans un état similaire au mien, vêtue seulement d’une culotte. Mes yeux, embués de larmes et de peur, se présentent sur elle, découvrant son visage marqué par les hématomes et les pleurs. Son corps tout entier est meurtri. À travers mon trouble de vision, je distingue une silhouette s’approcher d’elle, tenant une lame acérée dans sa main. L’horreur s’empare de moi alors que je suis totalement impuissante face à la scène qui se déroule devant mes yeux.
La jeune femme finit par se tourner vers moi, ses yeux empreints de douceur malgré la cruauté de la situation. Elle me chuchote avec ses dernières forces, sa fragilité résonnant dans l’obscurité glaciale :
« - Leyah , souffle-t-elle, promets-moi que quoi qu’il arrive, tu sortiras d’ici et tu vivras ta vie comme on l’a rêvé, tu vivras pour nous.
Ses paroles me glacent l’âme. La personne qui la retient captive s’amuse, sadique, à tracer des cercles menaçants avec la lame autour de ses tétons. Un mince filet de sang perle, témoignant de la cruauté de son agresseur.
- C’est mignon, n’est-ce pas ? ricane l’agresseur, lui assénant un coup de poing qui la fait hurler de douleur. Puis, se tournant vers moi, il me toise avec un sourire démoniaque. À ton tour, mon diamant, susurre-t-il, savourant chaque syllabe de mon nom. Comme on dit le meilleur pour la fin. »