Chapter 1
**🌌 CHAPITRE 1 : L'ATTERRISSAGE**
Le terminal 2 de l’aéroport d’Incheon brillait sous des lumières blanches, presque agressives. Pour moi, Kiayra, petite meuf venue de loin avec ses rêves en bandoulière, c’était comme débarquer sur une autre planète. Je traînais mes deux valises énormes, celles qui contenaient toute ma vie : quelques vêtements, des photos de famille, et cette détermination de fer que mes parents m'avaient transmise. Ma peau marron, riche et sombre, contrastait violemment avec les murs immaculés et les visages pâles qui défilaient autour de moi. Je sentais les regards peser sur moi. Certains étaient curieux, d'autres méfiants, mais je restais la tête haute.
— **Wesh, Kiayra, calme tes battements de cœur**, me dis-je à mi-voix en français. **T’es là maintenant. T’as fait le plus dur, t’as traversé l’océan.**
Pourtant, le plus dur ne faisait que commencer. La barrière de la langue m’a percutée dès le premier guichet. Les symboles sur les panneaux, ce fameux **Hangul**, ressemblaient à des dessins mystérieux. Heureusement, j'avais mon téléphone et une application de traduction qui tournait en boucle. J'ai fini par trouver le bus pour Séoul. À travers la vitre, je regardais défiler les gratte-ciel, les ponts immenses et les néons publicitaires. C'était magnifique, mais terriblement intimidant.
**La cage à lapins**
Mon logement était ce qu'on appelle ici un **Goshiwon**. En gros, une chambre minuscule où tu ne peux même pas faire trois pas sans cogner le mur. Quand j'ai ouvert la porte, j'ai eu un choc.
— **C’est la hess totale ici ou quoi ?** murmurai-je en jetant mon sac sur le lit étroit.
C'était propre, mais tellement petit. Une table, un lit, un mini-frigo. C'était ma nouvelle réalité. Je n'étais pas venue ici pour le luxe, j'étais venue pour charbonner, pour gagner cette maille qui permettrait à mes parents de vivre dignement. J'ai ouvert ma fenêtre, une petite lucarne qui donnait sur une ruelle sombre. Le froid de Séoul s'est engouffré, piquant mes joues.
Soudain, je me suis souvenue de ce soir, au pays, sous le grand arbre derrière la maison. J'avais vu cette étoile filer dans le ciel d'ébène. J'avais fermé les yeux et murmuré : *"Fais-moi partir, fais que je réussisse là-bas."* L'étoile avait exaucé mon vœu, mais elle ne m'avait pas prévenue que la solitude serait aussi glaciale.
**Le premier combat**
Le lendemain, je n'ai pas perdu de temps. Grâce à une connaissance d'une connaissance, j'avais un rendez-vous dans un entrepôt logistique à la périphérie de la ville. Le patron, un homme sec qui ne souriait jamais, m'a regardée de haut en bas.
— **Foreigner? Strong?** (Étrangère ? Forte ?) a-t-il lâché dans un anglais approximatif.
— **Yes, boss. I work hard. No problem.**
Il m'a jeté un gilet orange fluo. Le travail consistait à trier des colis lourds qui arrivaient sur des tapis roulants à une allure de fou. C'était physique, c'était épuisant, mais c'était mon ticket d'entrée.
C'est là, vers 22 heures, alors que mes bras commençaient à trembler de fatigue, que je l'ai aperçu pour la première fois. Il était de l'autre côté du tapis. Un grand gars, les cheveux noirs un peu en bataille sous sa casquette, les vêtements de travail tachés de graisse. Il portait des caisses avec une aisance incroyable, mais ses yeux... ses yeux semblaient porter la même fatigue que les miens.
À un moment, un colis a glissé du tapis et a failli m'écraser le pied. Il a bondi avec une rapidité de ninja pour le rattraper juste à temps. Nos regards se sont croisés.
— **Gwaenchana?** a-t-il demandé.
Je l'ai regardé, perdue. Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Je savais juste qu'il venait de me sauver d'une belle blessure.
— **Euh... Merci ? Thank you ?** bafouillai-je.
Il a esquissé un demi-sourire, un truc discret mais qui m'a réchauffé le cœur plus que mon café tiède. Il a hoché la tête et s'est remis au boulot sans dire un mot de plus. Je ne savais pas encore qu'il s'appelait Min-ho, ni qu'il allait devenir mon étoile dans cette ville de béton.
**Le retour au calme**
En rentrant cette nuit-là, mes muscles hurlaient. Dans le métro presque vide, je voyais mon reflet dans la vitre. Une fille noire, seule à l'autre bout du monde, les mains sales mais les yeux brillants. Je pensais à ce gars de l'entrepôt. Pourquoi m'avait-il aidée ?
Je me suis couchée sans manger, trop épuisée. Juste avant de sombrer dans le sommeil, j'ai repensé à mon étoile filante. Elle brillait toujours quelque part, j'en étais sûre.
À suivre.....