Réveil confus et culpabilité
Des bruits lointains me parvinrent, comme à travers l’eau. Des voix. Des pas. Un souffle agacé.
J’essayai d’ouvrir les yeux, mais mes paupières semblaient scellées par du plomb. Mon corps était lourd, trop lourd. Mes jambes, des enclumes.
Oh mon Dieu… qu’est-ce qui m’arrive ?
Mon crâne tambourinait violemment, chaque pulsation me donnait l’impression que ma tête allait exploser. J’essayais de parler, mais mes lèvres ne m’obéissaient pas. Un son rauque m’échappa, méconnaissable.
Puis j’entendis mon nom.
— Leïla…
Un écho. Lointain. Chargé d’une amertume tranchante. Même dans mon état, je la ressentais. Cette voix vibrait de colère. De dégoût.
Je tentai de rassembler mes souvenirs. Hier soir… Les filles. Le club. Les lumières violettes. La musique trop forte. Les rires. L’alcool. Beaucoup trop d’alcool.
Un strip-teaseur était entré. Je me souviens des cris excités autour de moi.
Puis… plus rien.
Un trou noir.
La voix retentit de nouveau, plus proche, plus dure.
— Leïla.
Je me forçai à ouvrir les yeux. Le plafond au-dessus de moi tournoyait. La lumière m’aveuglait. Une silhouette floue se tenait debout face au lit. Immobile.
Et soudain —
Splash.
De l’eau glacée s’abattit sur mon visage. Je haletai, brutalement ramenée à la réalité.
— Tu es fou !
Je me redressai d’un coup, le cœur affolé. La pièce vacillait encore autour de moi. Je sentais un regard posé sur moi. Lourd. Accusateur.
Un frisson me parcourut l’échine.
Je baissai les yeux.
J’étais nue. Sous la couette.
Le sang quitta mon visage.
Non…
Mon regard glissa lentement vers la droite. Un torse nu. Musclé. Une peau chaude. Un tatouage que je connaissais parfaitement.
Mon souffle se coupa.
Je n’avais même pas besoin de voir son visage.
Damien.
Et la silhouette devant moi…
Sebastian.
Mon fiancé.
Mon cœur rata un battement avant de s’emballer violemment. L’air devint irrespirable.
Je venais de coucher avec son frère. La veille de notre mariage.
Des larmes brûlantes montèrent à mes yeux. Comment avais-je pu faire ça ? Comment avais-je pu être aussi monstrueuse ?
— Leïla.
Cette fois, son ton claqua comme une gifle.
Je levai enfin les yeux vers lui. Ses iris bleus, d’habitude si calmes, lançaient des éclairs. Il me regardait comme si j’étais devenue étrangère. Comme si j’étais sale.
Et le pire… c’est que je ne pouvais même pas lui en vouloir.
Je me dégoûtais moi-même.
Il ne cria pas.
Il ne posa aucune question.
Il se contenta de me fixer une dernière seconde… puis tourna les talons et quitta la chambre.
Le silence fut pire que des hurlements.
Je voulus le suivre, mais je réalisai à nouveau ma nudité. Je me levai précipitamment, enfilai un peignoir et sortis dans le couloir.
Trop tard.
Il n’était plus là.
Mes jambes tremblèrent. La réalité me frappa de plein fouet. Je m’effondrai contre le mur avant de glisser au sol.
Qu’est-ce que j’avais fait…
Je retournai dans la chambre pour m’habiller en vitesse. Je devais aller le voir. Lui expliquer. Implorer son pardon.
Derrière moi, le lit grinça.
— Salut, poupée.
La voix nonchalante de Damien me donna la nausée.
Je me retournai vers lui, les yeux encore humides.
— Eh… pourquoi tu pleures ?
— Pourquoi tu ne m’en as pas empêchée, Damien ?
Ma voix tremblait malgré moi.
Il arqua un sourcil, provocateur.
— Ça ne t’a pas plu ?
Je le fixai, horrifiée.
— Je suis censée épouser ton frère demain matin. Tu réalises ce que ça signifie ? Tu viens de détruire ma vie. Tu es mon meilleur ami…
— C’est toi qui m’as appelé, Leïla.
Il se leva, s’approchant de moi.
— Ne me touche pas.
Ma voix claqua, froide cette fois.
Il leva les mains, faussement innocent.
— Écoute, poupée…
— Non. À partir d’aujourd’hui, il n’y a plus de “poupée”. Il n’y a plus d’amitié.
Je passai devant lui sans lui accorder un regard.
— Adieu, Damien.
Et je quittai la pièce, le cœur brisé, consciente que rien ne serait plus jamais comme avant.