Là où la fleur ne poussait plus

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Résumé

Une histoire d'espérance à travers les épreuves de la vie. Après le décès de sa mère, Dongtian part s'isoler seul dans les montagnes Tian shan, se coupant ainsi du monde. Avec lui un hiver qui semble être éternel s'installe. Les jours passent, puis les mois, et l'hiver ne cesse pas. Cette froideur, Dongtian la vit aussi au plus profond de lui, là où son cœur s'est gelé de remords et de regrets. Pourtant, un jour Dongtian croise la route d'une mystérieuse femme qui se voit lui remettre un somptueux lotus blanc qui va remettre du soleil dans sa vie. Les fleurs alors reviennent et avec elles, un nouvel espoir pour ce jeune homme qui pensait avoir tout perdu.

Genre :
Fantasy
Auteur :
cnslancelot8759
Statut :
En cours
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1

Dongtian, allongé dans son lit, fixe depuis maintenant une heure le plafond de sa chambre. Il semble perdu dans des pensées bien tristes, à en juger par le regard mélancolique et la mine qu’il arbore. Il porte un T-shirt bleu marine plutôt délavé sur lequel chante le chanteur de AC/DC avec pour titre en une calligraphie stylisée « Thunderstruck ». C’est son groupe préféré depuis ses quinze ans, lorsque son ami Zhúfēng lui avait rapporté un de leur album de son retour d’un concert. Aujourd’hui, ce T-shirt n’est que le reflet d’une image lointaine et qui, alors qu’il broie du noir, s’efface et dont la musique enjouée du groupe laisse place à un requiem lugubre dans son esprit. 

Dongtian porte son regard sur la pile de CD qui traîne en vrac sur le sol de sa chambre et se remémore cette joie à écouter de la musique et à chanter des heures durant avec son ami. Il aimerait se raccrocher à se souvenir pour effacer la tristesse de ce matin qui le pèse. Cependant, rien n’y fait. Pas même ce souvenir. Et puis, en réalité, il se refuse par pudeur à penser à de telles choses joyeuses vu l’ampleur de la situation dans laquelle lui et sa famille sont actuellement.

Alors il se contente de regarder le plafond, la peinture bleue lui faisant penser à la mer et à son défunt père qui était pécheur.

Dongtian et son ami pouvait passer des heures à écouter cet album, essayant de chanter tant bien que mal en anglais, parfois même de manière improvisé, de leur accent chinois. Puis, Zhufeng et Dongtian se sont perdu de vue lors du déménagement.

Aujourd’hui, nous sommes au beau milieu de l’automne et les températures sont plutôt douces, malgré l’atmosphère glacial qui plane sur les lieux. La fenêtre entrouverte laisse passer le chant gai de quelques moineaux. Dongtian ferme un instant les yeux et essaie de chasser les idées sombres de son esprit par cette douce mélodie qui le berce, avant d’être rappelé à la réalité par la voix de sa petite sœur qui le hèle depuis le couloir.

« Dong ! viens ! On attend plus que toi.

Le jeune homme soupire. Il n’a pas vraiment envie d’y aller. Là dans sa chambre au moins, avec le chant des oiseaux, il échappe à la douleur qu’il tente voilà maintenant des jours de taire.

— Je sais que ce n’est pas facile, dit sa petite sœur, comme comprenant derrière la porte ce que son silence signifie.

— Mais fais-le au moins pour elle. Je serai à tes côtés pendant toute la cérémonie. »

Mei huā joue nerveusement avec les mèches de sa frange. Pour l’occasion, elle s’est coiffé d’un chignon qu’elle est parvenue à maintenir d’une broche ornée d’une pivoine, sa fleur favorite. Elle porte une robe traditionnelle blanche décorée de deux grues sur les hanches. Elle porte fard à paupière et rouge à lèvre en ce jour spécial, elle qui d’ordinaire n’est pourtant pas du genre à se maquiller.

Mais en ce jour, en cet instant solennel, elle a décidé de se faire belle car aujourd’hui elle assiste à la cérémonie mortuaire de sa mère. Elle veut être présentable pour elle, espérant qu’elle la voit de là-haut. De plus, la robe que Mei porte et celle que sa mère lui avait offert il y a de cela deux ans. La jeune femme s’est donc dit que cela ferait plaisir à la défunte.

Mei porte son attention sur l’une des grues brodées sur le pan de sa robe et se remémore alors le jour où étant enfant elle avait eu la chance d’en voir pour de vrai quand elle était parti en vacances avec sa famille. Son père connaissait bien les lieux à découvrir et aimait conduire sa femme et ses enfants en voyage. En pensant à son père, Mei a un léger pincement au cœur. Elle réalise que ça y est, elle et Dōng sont désormais orphelins.

Voilà plusieurs minutes qu’elle attend derrière la porte que son frère veuille bien sortir de sa chambre. Elle jette de temps à autre un léger coup d’œil en direction du salon où repose le cercueil de leur défunte mère.

La pauvre femme avait été retrouvée non loin de là, inconsciente dans une ruelle. Vers trois heures du matin, un sans-abris qui passait par là l’avait découverte et était allé chercher de l’aide, mais il était déjà trop tard.

Le médecin légiste avait conclu par une rupture d’anévrisme après auscultation.

Bai-lian tenait la seule épicerie du quartier dans lequel elle avait élu domicile voilà maintenant plus de dix ans, ayant déménagé de Pékin pour plus de tranquillité, ne supportant plus le vacarme assourdissant de la grande ville. Elle avait l’habitude de marcher et sa proximité avec les monts Tian shan qu’elle pouvait arpenter à loisir l’avait convaincu d’acheter leur maison dans cette région calme de la Chine.

Alors nous voici accompagnant Dongtian et sa petite sœur, ainsi que quelques convives autour d’un prêtre taoïste qui récite quelques prières afin de guider l’âme de leur mère vers l’au-delà.

Dongtian avait fini par sortir de sa chambre, après s’être apprêter pour cette bien triste occasion ; ses yeux encore rougis révèlent les minutes où il n’a pas su retenir les larmes qu’il, par fierté, avait voulu empêcher de couler. Dongtian aurait aimé montrer plus de force même dans cette situation, ne serait-ce que pour sa sœur, lui, étant l’ainé de la famille. Son regard se porte un instant sur cette dernière. Elle ne pleure pas, elle. Non, elle se contente d’écouter le prêtre qui cherche à réconforter la famille.

Une fois son discours terminé, il fait signe au jeune homme de s’avancer afin d’allumer l’encens. Du bois de santal avait été choisi pour ce jour car c’était l’essence favorite de leur mère.

Dongtian lâche la main de Mei et s’approche, la boule au ventre, de l’autel. Il s’arrête un moment devant la photo qui présente la défunte dans sa plus belle robe bleue dont les pans sont ornés de pivoines et souriant à la caméra. Elle semble pleine de vie. Difficile de croire que désormais elle est allongé là, dans son cercueil, cette fougue l’ayant quitté.

Il jette un regard en direction de sa sœur, cherchant de sa part un peu d’encouragement. Sa petite sœur comprend et lui envoie son plus beau sourire qui lui donne sur l’instant même du courage. Il revient vers le cercueil et l’autel, ferme les yeux et inspire un bon coup. Il sort de sa poche le seul briquet qu’il avait trouvé dans un tiroir de son bureau. Il allume l’encens et murmure timidement ses adieux. Il est rejoint par sa sœur, puis vient le tour des autres convives de porter leurs hommages à Bái lián.

Cinq heures de l’après-midi, la cérémonie est depuis maintenant deux heures terminé, et les derniers convives rentrent chez eux après avoir salué la famille.

retourne dans sa chambre et s’enferme. Il n’a point le cœur à rester dans le salon où, il y a quelques heures encore, reposait le corps sans vie de sa mère.

Les jours passent, et le jeune homme sort rarement de son antre. Sa sœur vient le voir de temps en temps pour tenter, en vain, de l’en sortir, mais Dongtian refuse tout dialogue. Il trouve que sans sa mère cette maison n’est plus. Même Mei ne parvient plus à lui changer les idées par ses paroles qui se veulent réconfortantes.

Puis les jours passent, et Mei n’essaie même plus de le convaincre. Elle avait même fini par se disputer avec lui, affirmant que son comportement ne faisait pas hommage à leur mère, elle qui avait été toujours pleine de fougue. Elle avait dit à son frère que c’était tout aussi douloureux pour elle, mais qu’elle au moins avait décidé de ne pas baisser les bras et de se battre contre cette souffrance qui l’accablait tant.

Un jour, Dongtian entre en dispute avec sa sœur pour la première fois et se montre fort violent verbalement. Le visage rougit par la colère et la honte, celle de ne pas savoir être assez fort comme le lui a reproché Mei. Il est censé être celui qui rassure dans les moments difficiles, qui montre l’exemple dans l’épreuve. C’est du moins ce que la vie lui a enseigné de faire. Voilà seulement, la vie, elle, s’était éteinte avec sa mère, et il ne comprend pas pourquoi ce n’est pas le cas pour sa petite sœur qui elle a encore la force de sourire malgré la douleur. Sa fierté en prend un coup et il ne le supporte plus. Aussi décidera-t-il de s’éclipser pendant quelques mois en montagne. Des mois dont il ne doute pas qu’ils deviendront des années.