Chapitre I — Le Créateur Déchu.
Il y a plusieurs milliards d’années, avant même la naissance des univers, les profondeurs du vide primordial étaient déjà peuplées d’anciennes entités dont l’existence précédait le temps lui-même.
Parmi elles se trouvait Vorthéon.
À cette époque, aucune étoile n’illuminait encore les ténèbres. Aucun monde ne parcourait l’immensité du cosmos, aucune vie n’avait encore vu le jour. Seul le silence éternel du néant régnait dans l’obscurité infinie.
Pourtant, tandis que les autres entités célestes contemplaient le vide avec sagesse et patience, quelque chose de différent grandissait en Vorthéon.
Une faim, une faim insatiable qui consumait lentement son être. Une faim de pouvoir, une faim de destruction. Mais aussi une faim de création.
Car malgré les ténèbres qui habitaient son âme, Vorthéon éprouvait une fascination profonde pour ce qui n’existait pas encore. Il observait le néant et imaginait ce qu’il pourrait devenir.
Des étoiles illuminant l’obscurité, des mondes regorgeant de vie ,des galaxies s’étendant à travers l’infini et des univers entiers façonnés selon une volonté capable de rivaliser avec l’éternité elle-même.
Puis vint le jour où les entités célestes décidèrent de transformer leurs rêves en réalité.
Grâce à la lumière originelle, une énergie ancienne née aux confins du vide primordial, elles entreprirent de façonner les fondations de l’existence. Voyant en Vorthéon une puissance exceptionnelle capable de stabiliser cette œuvre gigantesque, elles lui proposèrent une alliance sacrée.
Vorthéon accepta.
Aux côtés des êtres célestes, il participa alors à la naissance du tout premier univers.
Les premières étoiles illuminèrent l’obscurité, les premières galaxies émergèrent du vide et les premières lois de l’existence furent gravées dans la réalité.
Et pendant un temps, l’équilibre sembla régner sur cette nouvelle création.
Mais derrière cette harmonie naissante, une ambition bien plus sombre grandissait déjà dans les profondeurs de l’âme de Vorthéon.
Une ambition qui, un jour, allait ébranler les univers eux-mêmes. Pendant un temps, l’équilibre sembla régner sur les univers naissants.
Les êtres célestes contemplaient leur œuvre avec fierté. Là où régnait autrefois le vide, des galaxies illuminaient désormais l’obscurité infinie.
Vorthéon observait lui aussi cette création Mais contrairement aux autres Célestes, ce n’était pas l’harmonie qui attirait son regard. C’était le pouvoir.
Chaque étoile née du vide, chaque monde forgé par la lumière originelle, chaque fragment d’énergie qui donnait vie aux univers…
Tout cela représentait une force immense, une force qu’il désirait comprendre. Une force qu’il désirait posséder.
Plus les univers grandissaient, plus sa faim devenait difficile à ignorer. Il voulait davantage, plus davantage…
Puis, au cours d’une époque oubliée depuis longtemps, quelque chose entra dans son existence.
Une présence ancienne, silencieuse et Insondable. Nul ne sut jamais ce qui se produisit réellement. Mais lorsque Vorthéon réapparut, il n’était plus seul. À ses côtés, reposait une étrange lance noire parcourue de lueurs violettes. Une arme dont l’existence semblait défier les lois mêmes de la création.
Nyxaris.
Les Célestes ne comprenaient pas ce qu’elle était, mais lorsqu’ils croisaient son regard d’acier sombre, un malaise inexplicable s’emparait d’eux.
Comme si cette arme n’était pas simplement un objet, comme si quelque chose observait l’univers à travers elle.
Et peu à peu... Les premiers murmures commencèrent à résonner dans l’esprit de Vorthéon.
Les siècles passèrent. Les murmures de Nyxaris ne cessèrent de grandir. Au début, personne ne remarqua le changement.
Vorthéon demeurait l’un des êtres les plus puissants de la création, mais peu à peu, son regard se détourna de l’œuvre des Célestes. Là où ils voyaient des mondes à protéger, il ne voyait plus que des sources d’énergie inexploitées.
Là où ils cherchaient l’équilibre, il cherchait la domination. Puis les premiers phénomènes apparurent. Dans les régions les plus reculées du cosmos, certaines étoiles commencèrent à s’éteindre sans raison apparente.
Des systèmes entiers disparurent dans le silence et des failles obscures apparurent dans l’espace. Même les Célestes peinaient à comprendre ce qui se produisait. Une inquiétude grandissante se répandit alors à travers les univers naissants.
Et bientôt...
Tous les regards se tournèrent vers Vorthéon. Car partout où son ombre apparaissait, le néant semblait suivre.
Au début, les Célestes refusèrent d’y croire. Vorthéon avait participé à la création des univers et avait façonné les premières galaxies à leurs côtés.
Malgré les changements qu’ils percevaient en lui, beaucoup espéraient encore qu’il puisse retrouver le chemin qu’il avait autrefois emprunté.
Mais les siècles passèrent, et les signes devinrent impossibles à ignorer.
Des étoiles disparaissaient et des mondes entiers étaient retrouvés vidés de leur énergie. Partout où Vorthéon apparaissait, le vide semblait gagner du terrain.
Sa puissance grandissait sans cesse. Et avec elle sa faim…
Puis vint le jour où tout bascula.
Lors d’une confrontation dont les détails furent perdus à travers les âges, Vorthéon affronta l’un des leurs.
Un être céleste ancien. Le combat fut intense, très intense.
Lorsque la lumière s’éteignit, il ne resta rien de l’entité céleste. Ni corps, ni âme, ni la moindre trace de son existence…
Vorthéon l’avait absorbée. Le silence qui suivit fut plus terrifiant que n’importe quelle bataille.
Pour la première fois depuis l’aube de la création, les Célestes comprirent que celui qu’ils avaient autrefois considéré comme un allié était devenu une menace pour l’équilibre même des univers.
Alors, pour la première fois depuis la naissance de la création, les Célestes déclarèrent la guerre.
Le ciel cosmique s’embrasa, des armées de lumière traversèrent les galaxies et des étoiles furent utilisées comme armes.
Des mondes entiers s’effondrèrent sous la violence des affrontements.
Et au cœur de ce chaos, Vorthéon avançait seul avec Nyxaris à la main.
Partout où il passait, la réalité se fissurait sous la puissance du néant.
— Vorthéon ! Cria l’un des Souverains Célestes. Arrête cette folie avant qu’il ne soit trop tard !
Le regard du Créateur Déchu demeura impassible.
— Trop tard ?
Sa voix résonna à travers les dimensions.
— Vous ne comprenez toujours pas.
Il leva lentement Nyxaris.
— Tout ce que nous avons créé n’est qu’une infime partie de ce qui pourrait exister.
Une tempête cosmique explosa autour de lui.
— Je vais dépasser toutes les limites que vous avez imposées à cette création.
Les armées célestes chargèrent et nombre de lances de lumière traversèrent l’espace.
Mais Vorthéon balaya l’assaut d’un seul mouvement. Une onde de choc déchira des constellations entières.
— Tu condamnes les univers ! hurla un autre Céleste.
— Non.
Les lueurs violettes de Nyxaris s’intensifièrent.
— Je vais les libérer.
Le Céleste serra les poings.
— Libérer ?
Autour d’eux, des étoiles mouraient dans les tempêtes cosmiques.
— Tu ne libères rien, Vorthéon.
Sa voix résonna à travers l’éspace..
— Tu détruis des mondes.
— Tu consumes des étoiles.
— Des millions d’âmes disparaissent partout où tu passes !
Pendant un instant, le silence s’installa. Puis Vorthéon leva lentement les yeux vers les planètes en flammes.
— Parce qu’elles sont nécessaires.
Les murmures de Nyxaris semblèrent parcourir l’espace lui-même.
— Chaque âme, chaque étoile, chaque fragment d’énergie que j’absorbe me rapproche de mon objectif.
L’inquiétude traversa le regard des Célestes.
— Quel objectif ?
Pour la première fois, un léger sourire apparut sur le visage de Vorthéon.
— Quelque chose de plus grand que cette création imparfaite.
Son regard se perdit dans l’immensité du cosmos.
— Vous avez bâti des univers soumis au temps.
— À la souffrance et à la mort.
L’énergie violette de Nyxaris s’intensifia autour de lui.
— Moi...
— Je bâtirai quelque chose d’éternel.
— Quelque chose qui dépassera tout ce que vous êtes capables d’imaginer.
Le silence qui suivit sembla figer le champ de bataille tout entier, même les tempêtes cosmiques paraissaient s’être tues.
Les Célestes observaient Vorthéon avec un mélange de colère et d’incompréhension… L’être qui se tenait devant eux n’avait plus rien du créateur qu’ils avaient autrefois connu.
Puis l’un des Souverains Célestes leva sa lance de lumière vers le ciel.
— Alors il n’y a plus rien à sauver.
Son regard se posa sur Vorthéon.
— Que la lumière originelle soit témoin de ce jour.
Des d’ailes lumineuses se déployèrent à travers les galaxies. L’espace lui-même sembla s’illuminer sous la puissance des armées célestes.
— Pour la création !
Le cri résonna à travers les dimensions, puis les armées chargèrent. Des vagues d’énergie céleste s’abattirent sur Vorthéon comme une tempête divine.
Et pourtant, il ne bougea pas. Les attaques illuminèrent les ténèbres avant de converger vers lui.
Et lorsque la première lance atteignit sa cible, Nyxaris s’éveilla. Les lueurs violettes parcoururent sa surface comme des veines de lumière vivante.
Puis Vorthéon leva lentement Nyxaris. L’espace se fissura et une immense déchirure noire apparut devant lui. Les projectiles célestes furent engloutis les uns après les autres.
Comme si la réalité elle-même refusait de les laisser l’atteindre.
Les regards des Célestes se figea. Puis Vorthéon frappa, et la guerre cosmique commença.
Pendant plusieurs années, les flammes du conflit se propagèrent à travers les univers.
Des galaxies entières furent consumées et des mondes disparurent dans les tempêtes cosmiques. Partout où Vorthéon apparaissait, les armées célestes reculaient.
Même les plus puissants guerriers de lumière peinaient à lui résister. Les pertes s’accumulaient. Chaque bataille coûtait des milliers de vies, chaque victoire semblait dérisoire face à la puissance grandissante du Créateur Déchu.
Et plus la guerre se prolongeait, plus Vorthéon devenait fort.
L’énergie des étoiles mourantes, les âmes des mondes détruits… Tout alimentait sa puissance.
Et bientôt, les Célestes ne comptèrent plus leurs victoires. Ils comptèrent leurs morts. Dans les derniers royaumes encore debout, le doute commença à s’installer.
Pour la première fois depuis l’aube de la création, certains craignaient que la lumière puisse réellement disparaître. Alors, au cœur du Royaume d’Astraéon, les Douze Souverains Célestes se réunirent.
Autour d’eux, les blessures de la guerre marquaient déjà leur royaume. Des fragments d’étoiles dérivaient dans le ciel et des constellations elles-mêmes semblaient s’éteindre peu à peu.
Le silence régnait dans la salle des Souverains. Car tous connaissaient la vérité. La guerre ne pouvait plus être gagnée par la force.
— Chaque jour qui passe le rend plus puissant ! Déclara l’un d’eux.
— Nos armées s’effondrent.
— Nos royaumes tombent les uns après les autres.
Un autre baissa lentement la tête.
— Si nous continuons ainsi...
— L’existence elle-même disparaîtra.
Le silence retomba. Puis le plus ancien des Souverains leva les yeux. Son regard parcourut chacun de ses frères et sœurs.
— Alors il ne reste qu’une seule solution.
Aucun d’entre eux ne répondit car tous avaient déjà compris. Tous connaissaient le prix à payer. Et pourtant, aucun ne recula.
Ce jour-là, les Douze Souverains Célestes choisirent de sacrifier leur propre lumière afin de créer une puissance capable d’arrêter Vorthéon, même si cela devait leur coûter leur existence.
Au cœur du Royaume d’Astraéon, les douze entités levèrent leurs armes vers le ciel. Leurs ailes lumineuses déployèrent un éclat si intense que les ténèbres reculèrent à travers les galaxies voisines.
Puis ils unirent leurs pouvoirs, leurs lumières fusionnèrent, leurs âmes entrèrent en résonance. Puis peu à peu, une énergie nouvelle naquit au-dessus d’eux.
Une étoile. Une étoile sacrée dont l’éclat surpassait celui de toutes les constellations réunies. Sa lumière traversa les dimensions, et les derniers royaumes célestes levèrent les yeux vers le ciel.
Même les champs de bataille les plus éloignés furent baignés par son éclat. Au loin, Vorthéon interrompit sa marche. Pour la première fois depuis le début de la guerre, son regard se fixa sur autre chose que la destruction.
Sur Astraéon, sur cette lumière, sur cette menace…
— Enfin... murmura-t-il.
Les lueurs violettes de Nyxaris s’intensifièrent et les Douze Souverains levèrent alors leurs regards vers le Créateur Déchu.
— Que cette guerre prenne fin aujourd’hui !
L’étoile sacrée fut libérée et son passage déchira l’espace. Les dimensions tremblèrent. Les galaxies elles-mêmes semblèrent s’écarter devant sa puissance.
Puis elle frappa. Une explosion aveuglante engloutit Astraéon et les systèmes stellaires voisins. Pendant un instant, ll n’y eut plus que la lumière.
Lorsque l’onde de choc se propagea à travers le cosmos, des continents célestes furent arrachés à leur monde. Des palais millénaires s’effondrèrent et les montagnes sacrées d’Astraéon furent réduites en poussière.
La puissance de l’Étoile Sacrée dépassait tout ce qui n’avait jamais existé. Mais son prix était tout aussi terrible. Quelques souverains céleste qui avaient alimenté sa création furent consumés par leur propre lumière.
Plusieurs d’entre eux disparurent dans l’explosion. Leurs corps se transformèrent en poussière d’étoiles et leurs âmes furent dispersées à travers les dimensions.
Et parmi les survivants des Douze Souverains, plusieurs tombèrent à genoux. Leur lumière vacillait et leurs ailes autrefois éclatantes, étaient désormais fissurées et affaiblies.
Lorsque l’éclat finit par disparaître, le Royaume d’Astraéon n’était plus que l’ombre de lui-même. Là où s’élevait autrefois le plus grand royaume céleste de la création ne subsistaient désormais que des ruines flottant dans le vide.
Et Pourtant, malgré ce sacrifice, malgré les milliers de vies perdues, malgré la destruction d’Astraéon…
Une silhouette apparut au cœur du cratère cosmique.
Vorthéon.
Son armure était fissurée, des blessures marquaient son corps et du sang noir s’écoulait lentement dans le vide.
Pour la première fois depuis des millénaires, le Créateur Déchu avait été blessé. Mais il était toujours debout.
Le silence s’abattit sur les ruines d’Astraéon. Les Souverains observaient Vorthéon avec stupeur.
Leur plus grande arme, leur plus grand sacrifice, leur dernier espoir… Tout cela n’avait pas suffi.
Autour d’eux, le Royaume d’Astraéon n’était plus qu’un champ de ruines flottant dans le vide.
Des fragments de palais dérivaient parmi les étoiles brisées, plusieurs Souverains avaient disparu et d’autres peinaient encore à maintenir leur lumière.
Et pourtant, Vorthéon était toujours là.
Son armure était fissurée, son corps portait les marques de la bataille. Mais son regard demeurait inchangé.
Alors la guerre continua. Les siècles devinrent des millénaires. Les royaumes célestes tombèrent les uns après les autres. Les étoiles s’éteignaient, des mondes disparaissaient dans les profondeurs du néant.
Partout où Vorthéon apparaissait, la destruction suivait son passage. Et malgré les sacrifices des Célestes, malgré leurs armées et malgré les deniers Souverains, aucune victoire n’était définitive.
Car plus le conflit se prolongeait, plus la puissance du Créateur Déchu grandissait. Bientôt, il ne resta plus que quelques Souverains encore en vie. Les derniers gardiens de la lumière originelle.
Et lorsque les ultimes royaumes célestes furent réduits à l’état de ruines, ils comprirent enfin une vérité terrifiante.
Vorthéon ne pouvait pas être vaincu.
Alors, les derniers Souverains prirent une décision désespérée. Une décision qui allait changer à jamais le destin des univers.
Réunis au cœur des derniers vestiges de la création, les survivants contemplaient les ruines laissées par des millénaires de guerre.
Les galaxies autrefois lumineuses n’étaient plus que des cicatrices flottant dans l’obscurité. Les royaumes célestes avaient disparu. Les armées de lumière avaient été anéanties.
Et les quelques Souverains encore en vie savaient que leur temps touchait à sa fin.
— Nous avons tout tenté, déclara l’un d’eux d’une voix affaiblie.
— Nos armées.
— Nos royaumes.
— Nos sacrifices.
Le silence retomba.
Puis un autre Souverain leva lentement les yeux.
— Alors nous ne devons plus chercher à le détruire.
— Nous devons l’enfermer.
Les autres acquiescèrent. Car ils avaient tous compris la même vérité.
Tant que Vorthéon demeurerait libre, les univers ne connaîtraient jamais la paix. Alors, pour la dernière fois, les derniers Souverains unirent leurs lumières.
Mais cette fois, ce n’était pas pour créer une arme, c’était pour créer une prison. Une prison située au-delà de l’espace.
Au-delà du temps, Au-delà même de la réalité… Le Sanctuaire Astral.
Une dimension infinie composée de fragments d’univers détruits, de tempêtes cosmiques éternelles et de chaînes de lumière capables de traverser les dimensions elles-mêmes.
Les lois de l’existence y étaient instables. Le temps s’y brisait et l’espace s’y déformait. Même les étoiles semblaient y mourir en silence.
Et lorsque le Sanctuaire Astral fut achevé, les derniers Souverains attirèrent Vorthéon au cœur de cette prison cosmique.
Le Créateur Déchu croyait avoir remporté la guerre mais il ignorait qu’il avançait vers le seul piège capable de l’arrêter.
Les derniers Souverains laissèrent volontairement échapper les derniers vestiges de leur lumière originelle à travers les dimensions.
Une énergie pure, ancienne, infiniment puissante. Une énergie capable d’attirer même l’être le plus dangereux de la création.
Lorsque Vorthéon ressentit sa présence, les murmures de Nyxaris s’intensifièrent. Cette puissance dépassait tout ce qu’il avait absorbé jusqu’alors.
Les étoiles, les mondes, les âmes…
Rien n’était comparable à la lumière des derniers Souverains.
Persuadé que cette énergie lui permettrait d’accomplir son objectif, il suivit sa trace jusqu’aux profondeurs du Sanctuaire Astral.
Le piège était en place. Mais Vorthéon ne voyait déjà plus que le pouvoir qui l’attendait.
Et lorsqu’il pénétra au cœur de la prison cosmique, les derniers Souverains échangèrent un dernier regard.
Ils savaient ce qui allait suivre, ils savaient qu’aucun d’eux n’en réchapperait. Mais pourtant, aucun ne recula. Alors, dans un ultime sacrifice, ils libérèrent la totalité de leur lumière.
Puis le Sanctuaire Astral s’éveilla. Des chaînes cosmiques jaillirent à travers les dimensions, forgées à partir de la lumière originelle elle-même. Elles traversèrent l’espace, le temps et la réalité avant de s’enrouler autour du corps de Vorthéon.
Pour la première fois depuis la naissance des univers, le Créateur Déchu fut arrêté. Sa colère ébranla les dimensions et tempêtes cosmiques déchirèrent le Sanctuaire Astral.
Nyxaris hurla à travers le néant tandis que les chaînes de lumière se resserraient davantage mais malgré toute sa puissance, malgré sa rage et malgré les cris de la lance vivante...
Le sceau tint bon.
Et tandis que les derniers Souverains disparaissaient dans une explosion de lumière, Vorthéon fut condamné à errer éternellement dans les profondeurs du Sanctuaire Astral.
Prisonnier hors du temps, prisonnier au-delà de la réalité et prisonnier de sa propre ambition.
Mais au fil des éternités, quelque chose d’imprévu se produisit.
Un fragment de lumière originelle ; vestige du sacrifice des êtres célestes demeurait encore prisonnier au cœur du sceau divin.
Cette lumière entra lentement en conflit avec les ténèbres de Vorthéon, de cette collision entre la lumière céleste et le néant naquit une nouvelle existence.
Lyarha.
Contrairement à Vorthéon, elle ne fut pas consumée par la haine ou la domination. Elle portait en elle les ténèbres du néant, mais également une part de la lumière originelle ayant créé les univers.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux pour la première fois, même Nyxaris demeura silencieuse. Car Lyarha représentait quelque chose qui ne devait pas exister :
Un équilibre entre destruction et purification.
En découvrant sa fille, Vorthéon tenta de la façonner à son image, espérant faire d’elle l’héritière parfaite du néant cosmique.
Depuis les profondeurs du Sanctuaire Astral, il observait les univers à travers les fissures du sceau divin. Des mondes en guerre, des civilisations détruites, des étoiles consumées par le chaos qu’il avait laissé derrière lui.
Lyarha voyait tout.
Elle entendait les cris des mondes condamnés, elle contemplait les galaxies brisées par l’ambition de son père. Mais là où Vorthéon ressentait de la fierté, elle ressentait de la douleur.
Et plus elle observait les conséquences des actes de Vorthéon… Plus elle rejetait sa vision du monde. Car la lumière originelle qui vivait en elle, lui permettait de percevoir la souffrance des êtres vivants à travers les dimensions.
Jusqu’au jour où elle prit une décision impossible :
Fuir le Sanctuaire Astral. Mais quitter le Sanctuaire Astral était impossible car la prison divine avait été conçue pour enfermer même les êtres capables de détruire les univers. Aucun dieu, aucune entité, aucune force du néant n’aurait dû pouvoir s’en échapper.
Et pourtant, Lyarha n’était ni totalement née de la lumière, ni entièrement issue des ténèbres.
Elle était les deux.
Au fil des éternités, sa présence commença à perturber le sceau cosmique. Là où les chaînes du Sanctuaire repoussaient les pouvoirs de Vorthéon, elles réagissaient différemment face à elle. Comme si la prison elle-même hésitait à la considérer comme une ennemie.
Alors, dans le silence des profondeurs astrales, Lyarha apprit à écouter les vibrations du sceau divin. Elle découvrit des failles invisibles entre les dimensions, des passages instables créés par le conflit éternel entre la lumière originelle et le néant.
Et un jour, une brèche s’ouvrit. Une fissure infime dans l’espace et le temps.
Tandis que Vorthéon demeurait enchaîné au cœur du Sanctuaire Astral, Lyarha traversa la faille et disparut dans les univers extérieurs.
Pour la première fois depuis des milliards d’années, quelque chose avait réussi à quitter la prison divine. Mais dans les profondeurs infinies du Sanctuaire Astral, les chaînes de Vorthéon semblaient déjà commencer à se fissurer.
Et quelque part, au-delà des univers connus, le néant semblait répondre à son appel.