Grimorts - L'Esseulée Silencieuse

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Résumé

Alioth et Luria sont des cochers assez particuliers. C’est bien souvent des détenus ou des objets de valeur qu’ils doivent transporter. Mais cette fois-ci, il s’agit d’un prisonnier redoutable. Deux puissants soldats ressentent le besoin de les escorter. Leur destination est la Bahedal, soit la capitale d’Eridia elle-même. Et la route promet d’être mouvementée…

Genre :
Fantasy
Auteur :
Eclipse Watcher
Statut :
Terminé
Chapitres :
10
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 : Le Coche

Livada était une modeste ville particulièrement vivante sur ce début de printemps. Alors que les arbres fleurissaient, les habitants se pressaient pour effectuer leurs meilleurs affaires. La cité profitait avidement de sa situation géographique, se situant non loin de la grande capitale d’Eridia. 

Au milieu de cette vie fourmillante, deux guerriers savamment équipés discutaient avec un homme paraissant tenir une calèche portant une cellule ouvragée. Le premier se percevait de bien loin de part sa stature, son armure d’un argent rutilant mais surtout à cause des ses ailes d’un noir profond. Le second, celui qui paraissait le plus bavard devait être une sorte d’hybride mi-lièvre au pelage ébène. La conversation qu’ils tenaient avec l’homme face à eux paraissait enfin se conclure sur un accord.

Les pièces teintèrent alors qu’Alioth rattrapait la bourse que l’homme mi-lièvre venait de lui lancer :

« Et le reste du paiement arrivera une fois que la mission sera terminée.

- C’est entendu. »

Alioth entreprit de ranger l’argent dans la sacoche à sa hanche avant de reprendre :

« Vous pouvez mettre le prisonnier dans la cellule à l’arrière de la calèche et je m’occuperai de la sceller. »L’homme lièvre hocha la tête puis tourna le regard vers la massive armure ailée qui l’accompagnait. Cette dernière transportait sur son épaule un long corps fermement emmailloté dans du tissu et des cordes. Même sa tête était cachée dans un sac de jute. La guerrière se rendit vers le coche. Elle ouvrit la porte de bois et de fer avant d’y jeter sans vergogne la masse vivante qu’elle transportait. Alors que le son de la porte qui se refermait résonnait avec une certaine brutalité, Alioth s’y dirigea avec un petit trousseau de clefs en main. Il entreprit de verrouiller le battant fortifié avant d’y ajouter un cadenas massif, puis un second. Le soldat mi-lapin l’observait dans chacun de ses gestes, comme soucieux qu’un maximum de précautions soient prises. Ses yeux rouges couraient sur ce qui se présentait sous la forme d’un cachot de transport.

Il dit alors :

« Il déchirera sans doute ses liens quand il reprendra connaissance. Vous êtes sûr que votre petite structure le retiendra ? »

Alioth eut un rire franc :

« Vous posez ce genre de question après avoir donné l’avance ? »

Le lièvre au pelage noir le fixa avec insistance en attente de réponse. Alioth porta sa main à sa courte barbe avec un air réfléchi, avant de répondre tout en dissimulant une légère gène :

« Ne vous inquiétez pas pour ça. On en a transporté des créatures, des mages et des crapules. C’est pas celui-ci qui fera la différence. La calèche est à première vue en bois mais elle dispose de toute une armature en métal. »

Il s’approcha de son interlocuteur avant de pointer certains détails de la calèche :

« Et vous voyez ces runes gravées sur la structure ?

- Oui... je les vois. Ma collègue m’avait dit qu’elle y sentait une imprégnation puissante.

- C’est exactement ça ! Pour plus de précisions : elles retiennent l’usage de toutes formes de sorts entrant comme sortant, tout en fortifiant le cachot. Encore une fois, si on vous a conseillé nos services ce n’est pas pour rien. Vous pouvez compter sur nous. »

Les yeux ardents du lièvre noir se plissèrent avant de se porter sur l’unique cheval blanc destiné à tirer la diligence. Bien que de grande taille, l’animal ne semblait pas aussi robuste qu’un cheval de trait. Il se permit alors de constater :

« Vous n’avez qu’une seule jument pour tirer tout ça... »

Altioth sourit alors avec un air commerçant. Il ajusta son élégant chapeau orné d’une plume de faucon avant de rétorquer :

« Ce n’est pas une jument que vous voyez là. Mais une kelpie. Elle est plus puissante et redoutable que n’importe quel canasson, je peux vous le garantir !

- Hmm… Vous êtes un bon cocher pour domestiquer une bête pareille. »

Alioth eut un demi sourire. Bien qu’il sentit un instant son ego flatté, il tint à souligner l’erreur de déduction de son client :

« Alors... navré de vous décevoir Mr Quyon, mais ici je ne suis que le médiateur et le propriétaire du matériel. Si vous cherchez un cocher, il faudra vous adresser à la personne là-bas. »

Le soldat aux longues oreilles releva la tête vers la direction montrée, pour distinguer au loin une armure intégrale de couleur blanche qui traversait la foule. Elle revenait avec un seau à la main. Cette dernière ne semblait pas faire attention à la discussion en cours et ne parut même pas adresser un regard à l’homme lièvre et son acolyte aux ailes immenses. Après... il aurait fallu que le heaume incolore puisse avoir une visière pour distinguer un quelconque regard... L’étrange cocher se dirigea vers la kelpie et lui déposa le seau remplie d’eau fraîche. L’animal entreprit de boire à grosses gorgées.

L’homme lièvre croisa les bras d’un air satisfait :

« Bien. Comme convenu ma collègue et moi vous accompagnerons pour la route. Nous ne sommes pas à l’abri de subir une, voire plusieurs attaques... destinées à libérer le prisonnier.

- J’en déduis que nous avons un détenu de choix.

- Je parlerais plus d’un monstre qui a trop d’influence…, répondit l’homme-lièvre dans un soupire. Si ça ne tenait qu’à moi nous l’aurions liquidé immédiatement après l’avoir mis à terre, mais…

- Mais... ?

- Disons que le type qui nous avait prêté main forte lors de la capture est quelqu’un de particulièrement avide… et occupé. Toutefois nous n’aurions jamais pu vaincre ce démon sans lui. Il tient à ce que nous ramènerons ce détenu à Bahedal pour gagner plus de reconnaissance et la rançon maximale. Il devrait d’ailleurs nous rejoindre en cours de route. Jamais il ne s’autoriserait à être absent lors de notre entrée dans la capitale.

- De qui s’agit-il ? Sans vouloir être indiscret sur l’identité de votre puissant allié.

- Sargas Gladios »

Les yeux d’Alioth brillèrent d’étonnement. Il ne cacha pas son enthousiasme :

« Mais... c’est d’une légende dont vous me parlez, Mr Quyon !

- C’est cela…, répondit d’un ton morne le lièvre au pelage noir. Vous avez un endroit où poser du matériel ? Disons qu’on aimerait éviter de porter nous même les vivres ainsi que tout l’équipement du prisonnier.

- Oh oui ! Veuillez m’excuser. Il y a un grand coffre sous l’assise. Venez donc. »

Alioth fit le tour de la calèche, et souleva les deux sièges situés derrière la monture qui avait achevé de boire. L’homme lièvre et l’armure ailée entreprirent d’y laisser tomber plusieurs lourdes besaces avant que le propriétaire de la voiture ne referme le coffre caché, avant de le verrouiller également. Au moment où il redressa pour se retourner, Alioth sursauta :

« Ahh ! Luria ! Bon sang ! Je t’ai déjà dis que je n’aimais pas quand tu faisais ça ! Avec le vacarme de la ville je ne t’entends pas forcément ! »

En effet, il n’avait pas réalisé que la cochère s’était postée juste derrière lui, l’air de patienter. Elle venait d’accrocher le seau vide à un mousqueton surélevé destiné à cet effet et ne semblait pas d’avis à répondre à l’exclamation d’Alioth. Ce dernier réajusta son chapeau et reprit en soupirant :

« Enfin… J’en déduis que tu es prête… »

Ses yeux verts et pâles se tournent vers les deux clients :

« Si tout est bon pour vous, nous pouvons partir pour Bahedal. »

Les deux guerriers affirmèrent qu’ils pouvaient prendre la route.

Ainsi la cochère prit place sur l’une des assises. Alioth décida de débuter le voyage en compagnie de ses clients pour davantage discuter et sympathiser avec eux, tel un bon commerçant.