INTRODUCTION
« Les limites de mon langage sont les limites de mon monde »
- Ludwig Wittgenstein
« Au commencement était le Logos »
- Évangile selon Jean
INTRODUCTION
//Toute fin apporte un début
L’eau a coulé sous les ponts.
Cette phrase.
Elle est jolie d’une certaine manière, non ?
Dérisoire surtout.
Me fier au temps qui passe pour combler le trou béant qui occupe une partie de mon âme depuis si longtemps ?
Non. Impossible.
La vie n’est pas aussi simple.
Et je suis là, désormais rampant, les yeux clos, mais pas par choix.
Non.
Pas par choix.
Mais parce que quelqu’un, ou plutôt quelque chose, l’a voulu ainsi.
Ça a toujours été quelque chose.
Ça n’a jamais été rien du tout.
Ça.
Cette chose.
Ou cette absence de chose qui vous a tous dévorés petit à petit.
Tu l’entends, toi aussi, ce cliquetis incessant ?
Ce bruit.
Quand on était enfants, on nous enseignait que c’était le bruit du ciel. Le son naturel de la nature qui nous entoure.
Ce son que nous avons inconsciemment dissimulé lorsque nous avons construit nos fermes, que nous avons installé nos puits, fabriqué nos maisons, fondé notre village.
Attends.
Ne bouge pas trop.
Tu vas rouvrir tes plaies qui suintent déjà de pus.
Déjà…
Pourquoi ?
…
Ça ne devrait pas être aussi hasardeux.
Le temps ne devrait pas être aussi aléatoire.
Quelque chose a toujours cloché ici-bas.
Toi, tu t’en es toujours douté.
Et maintenant qu’on est là, sur le sol, allongés l’un à côté de l’autre, les yeux dans les yeux, j’y repense.
À toutes nos conversations profondes.
À tous nos blablas de notre enfance passée.
Tes yeux.
Tes yeux injectés de sang.
J’essaie de tendre la main vers ton visage, pour repousser une de tes mèches de cheveux rebelles comme je l’ai si souvent fait.
Mais elle n’est pas là.
Ma main.
Elle n’est plus là.
Je me tourne sur le dos pour observer le ciel.
Malgré les blessures, malgré les fêlures, tu m’imites.
Nous regardons le ciel ensemble, mon ange.
Ange ? Que signifie ce mot ? Qui l’a inventé ?
Est-ce parce qu’on a découvert la vérité que La Main nous a punis ainsi ?
Le ciel.
Avec ses nuages toujours à l’identique, suivant un rythme bien précis.
Bientôt, la nuit va arriver. Et le soleil, cette grosse boule jaune lumineuse fixe qui ne change jamais d’apparence, beau temps comme mauvais temps, va disparaître.
Il suivra précisément le même chemin. Se couchera derrière la même montagne. La seule qu’on connaisse.
La Montagne des Sacrifices.
Celle qu’on a créée pour que La Main reste clémente.
Pour qu’elle oublie de nous faire souffrir.
Je prends une grande respiration. Tout mon corps me fait mal.
Je m’entends prononcer ton prénom, dans un souffle court.
— Owen…
Tu te tournes vers moi.
Tes oreilles fonctionnent encore, c’est déjà ça de gagné.
Malgré la misère de ton corps de chair, tu me souris.
Tu te veux rassurant, je le sais.
Mais il est trop tard, Owen.
La Main nous a pointés du doigt.
On va mourir ici.
Au moins, on va mourir ensemble.
Ça ne me dérange pas de mourir à tes côtés.
Mais pas comme ça.
Non… pas comme ça.
Je m’imaginais, avec toi, les cheveux grisonnants, dans notre grand lit. Dans notre grande maison en pierre, réchauffée par le feu sans fumée de la cheminée.
Les feux devraient toujours dégager un peu de fumée.
Monde horrible…
Je ferme les yeux. Je sens le sang chaud qui continue de s’échapper de mon bras sans main.
Je suis prêt. Prêt à partir.
PREMIÈRE PHASE
//L’éveil de conscience
J « Lance la première phase. »
D « Oui ma chère! »