Derrière le Silence

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Résumé

Alma, infirmière dévouée et discrète, pensait avoir trouvé l’amour auprès de Marc, un homme charismatique et rassurant. Mais derrière les apparences d’un couple heureux se cache une réalité bien plus sombre. Peu à peu, les humiliations, la manipulation, l’alcool et la violence s’installent dans son quotidien, jusqu’à l’isoler complètement de ceux qu’elle aime. Prisonnière de la peur et du silence, Alma tente de survivre à une relation qui la détruit lentement. Entre souffrance, perte de soi et besoin de liberté, elle devra trouver la force de se reconstruire avant qu’il ne soit trop tard.

Genre :
Romance
Auteur :
ElyaNessar
Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 - Ce qu'elle pensait être l'amour

Lundi 18 avril 2005.


Le réveil vibra à 5h15. Alma ouvrit les yeux avec cette fatigue familière des infirmières qui vivent plus souvent au rythme des urgences qu’à celui du sommeil.

Pendant quelques secondes, elle resta immobile dans l’obscurité de sa chambre, le regard perdu vers le plafond blanc fissuré qu’elle connaissait par cœur. Dans la lumière pâle de la salle de bain, elle rassembla ses longs cheveux blonds en un chignon rapide, laissant quelques mèches retomber autour de son visage encore marqué par la nuit.

Un léger trait de mascara vint souligner l’éclat fatigué de ses yeux bleus, comme une tentative discrète de réveiller son regard avant le reste du monde. Puis elle enfila un large t-shirt confortable qui glissa sur ses épaules, attrapa son sac sans un bruit et inspira profondément avant de repartir soigner les autres, alors qu’elle-même n’avait pas encore eu le temps de se reposer.

Son corps était lourd. Comme chaque matin. Dehors, la ville dormait encore.

Dans la cuisine silencieuse, elle avala un café brûlant presque machinalement, les mains encore froides du réveil trop tôt. L’odeur du café fraîchement coulé remplissait la pièce tandis qu’elle grignotait rapidement une tranche de pain recouverte d’un morceau de fromage, debout contre le plan de travail. Ce petit-déjeuner improvisé faisait partie de ces habitudes simples qui l’aidaient à tenir, quelques minutes suspendues avant le tumulte du service, les couloirs éclairés aux néons et les visages fatigués qu’elle allait retrouver avant même le lever du soleil.

Son téléphone vibra sur le plan de travail.

Un message de l’hôpital :

Manque de personnel ce soir. Possibilité d’heures supplémentaires.”

Alma ferma les yeux une seconde. Elle savait déjà qu’elle accepterait. Comme toujours.

Parce qu’à force de soigner les autres… elle avait oublié comment prendre soin d’elle-même.

06h56

Elle traversait déjà les couloirs de son service. Alma travaillait dans ce service de transition de l’hôpital, un étage souvent oublié, où les patients étaient accueillis en sortant des urgences dans l’attente d’une place plus adaptée à leur pathologie dans un autre service. Certains n’y restaient que quelques heures, d’autres plusieurs jours, coincés entre l’incertitude d’un diagnostic et l’espoir d’être enfin pris en charge correctement. Les chambres se remplissaient sans cesse de nouveaux visages épuisés, de douleurs silencieuses, de familles inquiètes assises au bord des lits. Là-bas, tout allait vite, mais le temps semblait pourtant suspendu dans ces couloirs où personne n’était vraiment à sa place, sauf peut-être les infirmières qui tentaient, malgré la fatigue et le manque de moyens, d’apporter un peu d’humanité au milieu du chaos.

L’odeur du désinfectant. Les chaussures qui claquent sur le sol. Les voix basses. Les patients qui déambulent. Les petits déjeuners à servir, les prises de paramètres vitaux, les soins d’hygiènes à effectuer...

Tout allait vite.

Trop vite.

— Chambre 12 en douleur !

— La 8 a vomi son traitement.

— La famille du Monsieur X demande à vous voir.

Alma hochait la tête. Enchaînait. Respirait à peine.

Elle souriait aux patients.

Toujours.

Même quand elle sentait ses jambes trembler sous sa blouse.

Parce que dans ce métier… on apprend à tenir.

Même quand on s’écroule à l’intérieur. Même quand on est fatigué.

12h23

Elle s’accorda enfin quelques minutes dans la salle de pause.

Elle retira son masque de son visage lentement.

Son visage portait les marques des élastiques.

Une collègue s’assit près d’elle.

— Tu devrais lever le pied un peu.

Alma eut un léger rire fatigué.

— Et dormir quand ? En 2035 ?

La collègue sourit tristement.

— Sérieusement, Alma… tu tires trop sur la corde.

Elle baissa les yeux vers son café froid.

À 19h00, son service devait se terminer.

Mais à vingt heures, elle était encore là.

Puis vingt-et-une heures.

Un patient avait fait un malaise. Une famille pleurait dans un couloir. Une aide-soignante venait de craquer dans les vestiaires.

Alors Alma resta.

Comme toujours.

Quand elle sortit enfin de l’hôpital, la nuit était tombée depuis longtemps.

La pluie avait commencé à recouvrir les rues d’un voile brillant.

Elle inspira profondément.

L’air froid lui brûla presque les poumons.

Elle aurait dû rentrer. Dormir.

Disparaître sous une couette pendant deux jours.

Mais au lieu de ça… elle marcha.

Sans réfléchir.

Comme si son corps refusait de retourner immédiatement au silence de son domicile.

Sur le chemin du retour, le petit bar situé à quelques mètres de chez elle, était ouvert. Elle entra.

Une vieille musique jazz flottait doucement dans la pièce.

Le serveur leva les yeux.

— Bonsoir Madame.

— Bonsoir…

Sa voix était rauque de fatigue.

Elle s’installa près de la vitre.

Et pour la première fois de la journée… elle s’autorisa à ne rien faire.

Pas parler.

Pas courir.

Pas sauver quelqu’un.

Juste respirer.

Elle observait la pluie glisser sur les vitres lorsqu’une voix interrompit doucement ses pensées.

— Excusez-moi… cette place est prise ?

Elle leva les yeux.

Un homme se tenait devant elle.

Veste sombre humide de pluie. Regard calme.

Il n’était pas particulièrement impressionnant.

Pas le genre d’homme qu’on remarque immédiatement.

Mais il dégageait quelque chose de rassurant.

Alma regarda les nombreuses tables libres autour d’eux.

— Euh… non.

Il esquissa un léger sourire.

— Merci.

Il s’assit face à elle.

Un silence.

Pas gênant… Juste étrange.

Puis il regarda discrètement sa blouse dépassant de son manteau.

— Longue journée ?

Elle souffla un rire fatigué.

— Ça se voit tant que ça ?

— Un peu.

Elle hocha légèrement la tête.

— Je suis infirmière.

— Ah…

Il baissa les yeux quelques secondes.

Puis ajouta doucement :

— Alors merci.

Elle fronça les sourcils.

— Merci ?

— Pour ce que vous faites.

Cette phrase la désarma plus qu’elle ne l’aurait cru.

Parce que personne ne disait jamais ça.

On applaudissait parfois.

On se plaignait souvent.

Mais remercier sincèrement… rarement.

Elle détourna légèrement les yeux.

— Vous êtes le premier à me dire ça aujourd’hui.

Il la regarda quelques secondes.

Ni avec insistance et encore moins avec drague.

Juste avec attention.

— Alors les autres sont idiots.

Elle eut un petit rire.

Un vrai.

Court.

Mais sincère.

Et cela faisait longtemps.

Le serveur apporta leurs boissons.

— Marc.

Elle releva les yeux.

— Pardon ?

Il tendit légèrement la main.

— Marc.

Elle hésita une seconde avant de serrer doucement sa main.

— Alma.

Ses doigts étaient chauds. Le contact dura à peine une seconde.

Mais quelque chose… quelque chose vibra discrètement dans sa poitrine.

Comme une sensation oubliée.

Celle d’être vue.

Vraiment vue.

Il se tenait en retrait comme s’il ne voulait pas déranger.

—Ça doit être dur de faire ce métier, dit-il.

Elle haussa les épaules.

—On s’habitue.

Il secoua la tête.

— Non… on encaisse.

Elle resta silencieuse. C’était exactement ça.

—Et toi ? Demanda-t-elle.

— Paysagiste, rien à voir avec ton quotidien.

Ils parlèrent longtemps ce soir-là.

Pas de grandes confidences.

Pas encore.

Juste des morceaux de vie. Des phrases simples.

Mais avec lui… elle ne ressentait pas ce besoin constant de se protéger. Alma se méfier énormément des hommes en communauté.

Et c’est précisément ce qui la fit baisser la garde.

Parce que les histoires les plus dangereuses… ne commencent presque jamais dans la peur.

Elles commencent dans le soulagement.

Cet homme avait cette présence rare, discrète mais impossible à ignorer. Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, retombaient avec naturel sur son front, comme s’il revenait d’une longue journée balayée par le vent. Une barbe fine dessinait les contours de son visage, renforçant l’élégance de ses traits sans leur enlever leur douceur.

Mais c’étaient surtout ses yeux qui troublaient. D’un brun profond, presque noisette sous la lumière, ils semblaient capables de passer d’une intensité déstabilisante à une tendresse inattendue en un simple regard. Lorsqu’il souriait, une fossette discrète apparaissait au coin de sa joue, donnant à son allure sérieuse quelque chose de terriblement humain.

Il était grand, les épaules larges, le port calme de ceux qui n’ont rien à prouver. Sa chemise sombre épousait naturellement sa silhouette, laissant deviner un corps entretenu sans ostentation.

Pourtant, malgré sa beauté évidente, ce n’était pas ce qui marquait le plus chez lui.

C’était sa manière d’écouter.