Chapter 1
A chaque fois, j’ai hâte de la retrouver.
Ma femme. Je cours dans le palais, de plus en plus vite, jusqu’à arriver dans ses appartements.
J’y trouve son fidèle garde, Theon, qui reste immobile et reste à regarder devant lui, comme si il ne me voit pas. Voilà comme ça qu’il est, en général.
Quand je toque et que je m’annonce, elle ne répond pas. Comme d’habitude.
J’ouvre la porte, et je reste à la regarder.
Elle est sur le lit, les yeux plongés dans un livre,comme toujours.
En général, quand je vais lui rendre visite, elle lit.
Elle porte une chemise de nuit qui met en évidence son ventre grossi.
Elle est enceinte…de moi.
Elle porte l’héritier.
Il doit être un garçon.
Et il le sera.
Sinon…une fille rapprocherait les princes de sang du trône.
Et pourrait enclencher une véritable révolte.
Cela pourrait être vraiment dangereux.
Pour moi.
Mais évidemment cela le serait pour elle.
Le statut d’une impératrice est solidifiée quand elle met au monde un héritier au trône.
Sinon, elle ne compte pas.
Sinon, sa chance de diriger les affaires du pays est presque impossible.
Asra est tombée enceinte quelques semaines après notre première nuit ensemble.
Après tout, j’allais la rejoindre toutes les nuits, en essayant d’être le plus discret possible.
Parce que après tout, elle était censée être enceinte, et la religion solaire déconseille d’avoir des rapports lorsque la femme est enceinte, peu importe si la grossesse est visible ou pas.
Mais évidemment, les gens jasent. Ils jaseront toujours.
Certains disent qu’elle n’est pas enceinte.
Que parce qu’elle a avorté, elle ne peut plus porter quoi que ce soit.
Les rumeurs sur son passé abondent toujours.
Et sont fortement amplifiés par des gens de la cour impériale, les pamphlets affluent.
Qui ?
Voici une excellente question.
Et je ne connais partiellement la réponse.
Parmi les princes de sang, j’écarte Alfad. Alfad, après tout, a pu épouser sa servante grâce à l’insistance d’Asra, et est reconnaissant. Non, ce n’est pas lui.
Cela pourrait être Elenia.
Mariée à un prince du sang alors qu’elle aurait pu épouser l’empereur, elle a la rage.
Cela ne peut pas être son mari, Emeri.
Il n’a aucune ambition.
Cela ne pourrait également pas être la femme d’Alfad, Astria.
Elle est complètement superficielle.
Donc, qui ?
Peut être Albion.
Il a toujours été le plus dangereux des princes de sang.
Celui qui me ressemble.
Ambitieux, beau, charmant, amateur de femmes.
Voilà là où la ressemblance s’arrête.
Il est un vrai snob qui hait les parvenus.
Et il n’aime pas Asra pour cela, parce qu’il estime que les gens doivent rester à leur place.
Et la place d’Asra n’est pas sur un trône, pour lui.
Pour lui, sa place est sûrement mariée à un noble au rang inférieur, comme elle.
Une fille de baron n’épouse pas un empereur.
Je dis ça, mais il y a tellement de gens qui ne l’aiment pas.
Qui sont contre elle.
Contre nous.
Contre notre mariage.
Contre notre…amour ?
Est-ce que je peux le dire ? Que je l’aime ?
Cela fait quatre mois depuis la nuit que nous avons passé.
Je voulais être rassuré en me disant que peut être qu’après avoir connu son corps, hé bien je me passerais d’elle, comme à peu près toutes les autres. Mais peu importe le nombre de fois où j’ai pu avoir ce corps que je voulais tant, cela n’a rien changé. Cela a intensifié mes sentiments pour elle.
Je me suis mise à me sentir plus proche d’elle.
Et vivant auprès d’elle, je me suis mis à avoir hâte de la voir.
A sourire dès que je la vois.
A vouloir l’embrasser, la tenir dans mes bras et être avec elle tout le temps.
Pourquoi ? Qu’est ce qu’elle a que les autres n’ont pas ?
Elle est elle, voilà tout, et personne d’autre ne peut être Asra.
Personne ne se regarde dans son mirroir autant qu’elle.
A part moi, peut être.
Peu de personnes n’est aussi rempli de charisme qu’elle.
Peu de personnes n’a une conversation aussi fine, une telle culture, un tel charme, et une telle beauté.
Elle m’hypnotise.
Plus je suis avec elle, et plus je tombe amoureux.
Je ne vis plus que pour quand je la vois, après des heures harassantes de travail dans mon Conseil.
Pour quand je peux sentir ses bras autour de moi, et … bien sûr, je rigole. Oui, il y a du vrai dans ce que j’ai dit, mais il y a son premier amour devant la porte. Et elle, elle reste insaissisable.
Je serais idiot de tomber amoureux d’une fille qui est peut être amoureuse d’un autre homme, et qui m’a épousé par intérêt. Non, je fais tout cela dans le but qu’elle tombe amoureuse de moi.
Parce que après tout ce temps, cela m’intrigue qu’elle ne soit toujours pas tombée amoureuse de moi. Elle se comporte avec moi comme avant.
-Hé, tu va me regarder comme ça encore longtemps ?
Ca fait peur.
On dirait un vieil obsédé.
Elle lève tout de suite la main.
-Et ne dis pas oui, je suis obsédé, par toi.
-Tu prévois même ce que je dis maintenant ?
-Parce que tu es prévisible.
Elle me regarde avec un air exaspéré.
-Tu es belle quand tu me regardes comme ca.
Tu es toujours belle.
Tu es la plus belle.
Je cours l’enlacer, avant de m’asseoir à ses côtés dans le lit.
Elle me laisse une place.
C’est devenu une habitude maintenant.
Dès que j’ai une pause, je viens la retrouver.
Elle me sourit, et je m’assois à côté d’elle.
-Qu’est-ce que tu lis ?
-Oh, ça ? C’est un livre d’éducation ?
C’est lui qui l’écrit.
Tu sais, il y a plein de bonnes chances dedans.
J’aimerais éduquer notre enfant ainsi.
Je veux être proche de lui.
Je veux être vraiment présente pour lui.
Mes parents étaient plutôt distants, comme la plupart des parents nobles.
J’hoche la tête.
-Mon père ne m’a jamais accordé la moindre attention significative lorsque j’étais plus jeune et ma mère n’était pas autorisée à se mêler de mon éducation, et était loin de moi en général.
Je ne ferais jamais comme mon père.
Je veux être meilleur que lui.
Un meilleur père.
Et un meilleur mari.
Un meilleur empereur.
Un meilleur tout.
Je te le promets.
Pendant un instant, elle ne dit rien.
-Je suis sûre que tu seras parfait.
Un bon père, je veux dire.
-Et les autres choses que j’ai dit.
Tu le seras aussi. Ecoute, tu seras meilleur.
Bien meilleur.
Tu es déjà meilleur.
Mais tu pourrais être un mari encore meilleur si tu me disais ce qui se passe.
-De quoi tu parles ?
-Je sais que tu as des pouvoirs magiques.
Et pas les pouvoirs d’un noble lambda.
Tu as un différent type de magie.
Beaucoup plus puissant.
-Je ne sais pas de quoi tu parles.
-Oh si, tu sais. Et tu me mens.
Tu me caches tant de choses.
Tu as dit que tu me dirais tout.
Oui, tu es incroyable, tu as été si gentil, si prévenant, si doux, presque comme une différente personne. Comme si tu pouvais enfin t’autoriser à ne plus être l’horrible personne arrogant que tu dois toujours prétendre être. Sans toi, je serais vraiment perdue.
Mais tu continues à me cacher des choses.
Je veux que tu sois honnête.
Je sais également que tu me caches les pamphlets pour moi.
Et tu évites de discuter gouvernement, alors que c’est un sujet qui m’intéresse.
Ecoute, quoi que tu aies, peu importe la magie que tu as.
Tu as pensé aux conséquences que ca pourrait avoir sur moi ?
Sur l’héritier ?