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Tome 1 — Les Fragments de l'Oubli

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Résumé

Kawin Chanthara, jeune homme androgyne au charme étrange, vit entre les silences du monde. Depuis toujours, il ressent un vide qu'il ne sait pas nommer, un appel qu'aucune voix n'a jamais comblé. Mais tout change le jour où il croise Soraphat , calme troublant, regard trop fixe... et Akarin, impulsif, brûlant, presque douloureux. Leurs présences ravivent en lui des rêves anciens, des symboles oubliés, et des émotions trop vastes pour n'être qu'humaines. Quand une prophétie murmure les noms "Sorën" et "Lys", Kawin bascule. Il découvre qu'il n'est pas un simple mortel : il est le Médiant oublié d'un rituel sacré, celui qui aurait dû unir Akarin et Soraphat... avant que les Anciens ne brisent le cercle. Alors qu'il lutte pour rester lui-même, Kawin sent le passé revenir - brûlant, violent, terriblement beau. Mais qui est-il vraiment ? Kawin, Sorën ou Lys ? Et qu'arrive-t-il lorsqu'on aime deux âmes qui s'aimaient avant que vous ne naissiez ?

Genre :
Fantasy/Romance
Auteur :
Park Carrie
Statut :
En cours
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

La légende des trois liés

Je rentre enfin de ma journée de cours. Je suis complètement exténué. Il y a cinq ans, je n'aurais jamais pensé que des études de droit seraient aussi épuisantes.

Je rentre tout juste dans mon appartement situé en plein cœur de Siam Area, un quartier de Bangkok. Il est situé au 1er étage d'un immeuble moderne. J'ai la clim, ce qui m'aide un peu quand même pendant l'été thaïlandais où les températures varient entre 30 et 34°C malgré que ce soit la saison des pluies.

Je rentre mon code de sécurité pour déverrouiller la porte d'entrée de mon appartement. Je soupire de soulagement une fois rentré chez moi. Je pose mon sac en cuir noir de cours contre mon bureau en verre après avoir enlevé mes chaussures en rentrant. Je jette un rapide coup d'œil à ma petite cuisine ouverte avant de secouer la tête, je n'ai pas la force de me faire à manger ce soir. Je pense que je vais tout simplement commander à manger.

Je me pose sur mon petit canapé et avant que je ne m'en rende compte je m'effondre de fatigue contre les coussins sur lesquels je suis assis.

Je tombe. Le vent n'existe pas, le sol non plus et pourtant je ne cris pas. Ma chute semble interminable dans un noir si intense qu'il semble vivant. La panique me traverse d'abord, brutale, animale. Mon cœur cogne, mes côtes se serrent.

Puis autre chose prend sa place. Une certitude. Je ne suis pas seul ici, quelque chose se tient dans l'obscurité. Quelque chose m'attend. Non, ça m'a toujours attendu.

La lumière surgit d'un coup. Pas une lumière venue d'en haut ou d'ailleurs. Une clarté sans origine, répandue partout à la fois. Le noir disparaît, remplacé par une étendue blanche, infinie, sans ciel ni terre.

Je vois flou. Comme si ce lieu refusait encore de choisir sa forme. Au loin, deux présences se dessinent. L'une calme, l'autre brûlante. Mais je les oublie presque aussitôt, parce qu'entre elles... il manque quelqu'un.

Je ne vois rien à cet endroit. Rien que du vide et pourtant... c'est là que mes yeux reviennent sans cesse. Là que mon souffle se bloque. Là que mon cœur se tord. Comme si l'absence avait un visage que j'étais le seul à ne pas reconnaître.

Les deux présences existent. Le manque, lui, appelle. Je le sens plus nettement que tout le reste. Il pulse. Faiblement. Péniblement. Comme un battement de cœur que l'on aurait interrompu trop tôt.

Je porte une main sur ma poitrine. La douleur y naît au même instant. Un creux immense, impossible, s'ouvre en moi. Je manque d'air.

Non.

Je manque de quelque chose d'autre. Quelque chose qui aurait dû vivre en moi depuis toujours.

Une voix fend le silence. Elle vient de partout à la fois. Ancienne. Nombreuse. Inhumaine.

— Le cercle ne doit pas se compléter.

Je ne comprends pas les mots. Mais mon corps, lui, les rejette. Une rage immédiate me traverse. Pourquoi empêcher quelque chose d'exister ? Pourquoi condamner ce qui cherche à naître ?

Le vide frémit. Je le vois presque. Une épaule. Une main. Une silhouette trop claire pour tenir en place. Puis tout se brouille à nouveau. Comme si le monde lui-même refusait de le laisser apparaître.

Je tends la main, instinctivement, vers cette place vide. Vers cette présence absente. Vers celui que je ne connais pas. Ma paume rencontre le néant. Et pourtant... j'ai la sensation fugace d'avoir touché des doigts glacés.

A nouveau une voix retentit dans mes oreilles sans réelle provenance. Elle ne parle pas fort, c'est comme un chuchotement tendre. Et malgré la tendresse évidente, elle pèse plus que la précédente voix à mes oreilles.

— Sor...

Le mot se casse avant même d'exister complétement.

Les trois lettres me transpercent. Je ne le connais pas et pourtant... je le reconnais. Mes jambes cèdent presque sous le choc.

Le vide se rapproche. Ou peut-être est-ce moi qui tombe vers lui. Autour de moi, tout tremble.

Les deux autres présences se figent, lointaines, presque secondaires. Elles ne comptent plus. Rien ne compte plus. Que cet espace manquant.

Que cette forme inachevée. Que cette douleur impossible.

Je sens des larmes sur mes joues sans savoir pourquoi. J'ai envie de courir vers lui. De le protéger. De le retenir. De lui demander pourquoi il me manque autant.

Le monde craque. Une fissure immense traverse la lumière. Le vide hurle sans son et quelque chose en moi hurle avec lui.

Une dernière syllabe tombe dans l'espace brisé. Presque tendre. Presque désespérée.

— ... Lys...

Tout disparaît.

Je me réveille en sursaut sur mon canapé.

Ma gorge me brûle. Mon cœur cogne comme s'il voulait sortir de ma poitrine.

Je porte la main à mon visage. Mes doigts sont humides. J'ai pleuré dans mon sommeil.

Je reste immobile, incapable de reprendre mon souffle. Une seule pensée tourne en moi, absurde et certaine : j'ai perdu quelqu'un, quelqu'un que je n'ai jamais rencontré.

Et dans le silence de mon pauvre appartement d'étudiant, le vide ne me quitte pas. Il attend. Comme s'il savait que je finirais par revenir à lui.

Celui qui se souvient

Un frisson parcourt mon corps sans prévenir. Je me redresse d'un coup.

Le collier brûle ma peau. Je baisse les yeux. Le symbole de Sorën luit d'un rouge ancien entre les trois marques anciennes. Un bref rire m'échappe.

Ironique. Epuisé. Blessé.

Vingt-quatre ans.

Vingt-quatre ans de silence... et te voilà enfin.

Je ferme la main sur le pendentif. Je te sens revenir. Et si tu t'es réveillé... Nyros le sentira aussi.

Mais cette fois, je ne laisserai personne t'arracher à moi. A nous.

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