CHAPITRE 1 : UN NOUVEAU DEPART
Ada fixait les portes de son nouveau lycée lorsque son père tenta de briser le silence pesant qui régnait dans la voiture fraîchement garée.
— Nous sommes arrivés, répéta-t-il d’une voix détachée.
— Je t’ai entendu la première fois, répondit-elle sèchement, sans quitter le bâtiment des yeux.
Devant eux s’élevait un vaste ensemble de bâtiments aux façades de briques claires. De hautes fenêtres reflétaient la lumière du matin. L'entrée principale était grande ouverte et laissaient entrer un flot ininterrompu d’adolescents chargés de sacs à dos. Malgré l’animation qui régnait autour de l’établissement, Ada avait l’impression de contempler une forteresse.
Elle poussa un soupir l’air angoissé. Son ventre se noua et sa bouche devint soudainement sèche.
Son père ignora son malaise. Il attrapa son sac sur la banquette arrière et le posa brusquement contre elle.
— N’oublie pas ton sac.
Ada referma ses doigts sur ledit bagage. Le poids lui sembla plus lourd qu’à l’accoutumée. Elle jeta un regard irrité à son père, agacée par son manque de tact et cette attitude désagréable qui ne le quittait jamais.
— Essaie de ne pas me décevoir cette fois.
Elle détourna les yeux.
La perspective de quitter une prison pour une autre la tourmentait. Elle abordait cette journée avec une appréhension sourde. Pour se donner un peu de courage, elle avait publié quelques minutes plus tôt une photo de sa rentrée sur les réseaux sociaux. Elle n’y avait récolté qu’une avalanche de commentaires haineux et humiliants.
“Pourquoi changer les bonnes vieilles habitudes ?”pensa-t-elle avant de supprimer sa publication.
Il fallait qu’elle se rende à l’évidence : les réseaux sociaux n’étaient plus faits pour elle. Ses détracteurs continueraient à la harceler jusqu’à ce qu’elle finisse par craquer. Du moins, c’était ce qu’ils espéraient.
Elle fut pourtant assaillie par un certain nombre de questions, craignant que l’histoire se répète à nouveau ; ou pire encore, que le harcèlement dont elle était victime dans son ancienne école se répande jusqu’ici.
Son cœur se serra. Cette épreuve l’avait obligée à se construire une carapace. Mais le comble était de constater que ses blessures n’avaient guère cicatrisé. En regardant les portes de sa nouvelle école, elle se demandait si elle en aurait la force.
Ada était une jeune femme d’une beauté saisissante. Ses longues tresses encadraient un visage expressif aux yeux profonds. Sous son blouson de cuir noir, elle portait un crop top à fines bretelles. Un jean ample et une paire de baskets complétaient sa tenue. Derrière son allure assurée se cachait cependant une fragilité discrète.
Elle ouvrit finalement la portière, prête à affronter l’inconnu, lorsque son père lui attrapa brusquement le bras.
— Je ne plaisante pas. Je m’attends à ce que ton comportement soit exemplaire.
Elle ne répondit pas. Elle tenta de sortir du véhicule mais son père resserra légèrement sa prise pour l’obliger à écouter.
— Le chauffeur passera te chercher après les cours. Il te ramènera directement à la maison. Il n’y aura pas de détour ni d’arrêt en chemin. Je m’en suis assuré.
— Je dois y aller. Tu ne voudrais pas que je fasse mauvaise impression dès mon premier jour, pas vrai ?
— Passe une bonne journée, ma chérie, répondit-il avec une ironie à peine dissimulée.
Ada claqua la portière derrière elle.
Lorsqu’elle estima la voiture suffisamment éloignée, elle leva son majeur en direction du véhicule sans le moindre remords. Puis elle se tourna vers le lycée.
La cour bourdonnait d’activité. Des conversations se croisaient dans tous les sens, mêlées aux éclats de rire et aux sonneries de téléphones. Quelques enseignants surveillaient déjà les allées et venues des élèves depuis les marches de l’entrée principale.
Son cœur n’y était pas. Sa volonté non plus.
Mais avait-elle vraiment le choix ?
À cette simple pensée, une réponse limpide s’imposa à elle.
“Le lycée craint”.
Malgré tout, elle avança d’un pas décidé.