Prélude : Deux Mondes
02h00. Hôpital public, service de réanimation néonatale.
Le seul bruit qui brisait le silence de la nuit était le bip régulier du moniteur cardiaque. Dans la pénombre, Hina posa doucement sa main contre la paroi de la petite couveuse. À l'intérieur, un nourrisson né avec plusieurs semaines d'avance dormait paisiblement.
L'infirmière resserra son gilet sur ses épaules. Elle frissonnait. Depuis quelques mois, la direction avait baissé le chauffage dans les couloirs et les salles de repos pour faire face à l'explosion des factures d'électricité. L'hôpital manquait de tout : d'argent, de matériel, de bras.
Hina ferma un instant les yeux, écrasée par la fatigue de sa garde à rallonge. Mais quand elle regarda de nouveau le bébé à travers le plastique protecteur de l'incubateur, un sourire tendre étira ses lèvres. Pour eux, elle était prête à tout supporter. Elle donnait toute son énergie pour protéger ces vies minuscules, peu importe les sacrifices personnels.
08h00. Quartier d'affaires, 40ème étage.
Haruma ajusta le nœud de sa cravate sombre en se regardant dans le reflet de l'immense baie vitrée. Sous ses pieds, la ville s'éveillait sous une pluie battante.
Sur son luxueux bureau, un seul dossier était posé en évidence. En grosses lettres, on pouvait y lire : Hôpital Public - Restructuration énergétique.
En tant que commercial de haut niveau, Haruma ne laissait aucune place aux sentiments. Son quotidien était fait de chiffres, de négociations implacables et de contrats colossaux. L'hôpital était au bord de la faillite à cause de ses dépenses énergétiques ? C'était l'occasion rêvée pour leur vendre un contrat très strict, extrêmement rentable pour son entreprise.
Il attrapa le dossier d'une main assurée. Il ne connaissait rien au monde de la santé et cela lui importait peu. Il s'y rendait pour gagner, pour imposer ses règles et repartir avec une signature.
Deux mondes diamétralement opposés s'apprêtaient à entrer en collision. L'un luttait pour la vie avec le cœur, l'autre imposait sa loi avec cynisme. Il ne manquait plus qu'une étincelle pour mettre le feu aux poudres.