La Jeune rebelle
La nuit sur le Territoire Extérieur n'avait rien de poétique. Elle était lourde, poisseuse, coupée seulement par le bourdonnement des projecteurs de la haute muraille de SKIPLAND. Se faufiler ici, c'était un art. Un art que je pensais maîtriser sur le bout des doigts. Pourtant, alors que je m'apprêtais à contourner le énième checkpoint de ce territoire qui m'était interdit, une voix familière brisa le silence, juste derrière mon oreille.
- Coucou Asa !
Un frisson glacial me parcourut l'échine. Je me figeai, les yeux écarquillés sous ma capuche grise.
Asa: Mais... C'est pas juste. Pas encore lui!
Je m'étais faite toute petite, j'avais calé mon pas sur le bruit du vent, j'avais presque arrêté de respirer. Comment ce type faisait-il pour me repérer à chaque fois ? Ce garde n'avait définitivement rien de normal. Il me débusquait toujours avant même que ses collègues n'aient tourné la tête. Je me retournai lentement. Face à moi, Akira.
L'un des gardiens de la grande muraille du territoire de SKIPLAND. Blond, l'œil bleu perçant, un anneau d'or brillant à l'oreille qui captait la lueur des projecteurs, et ce sourire provoquant plaqué sur les lèvres. Il arborait l'uniforme noir des forces d'élite avec une nonchalance qui m'exaspérait au plus haut point.
Akira: Alors ma belle, comment vas-tu ? lança-t-il en penchant légèrement la tête.
Akira: Je vois que tu es toujours en train d'essayer de t'infiltrer dans le territoire intérieur... Tu es téméraire, ma rebelle à moi. C'est l'une des choses qui m'attire le plus chez toi, tu sais ?
Mes joues s'empourpèrent instantanément sous mon masque de tissu. Je détestais l'effet qu'il avait sur moi. Je détestais encore plus qu'il le sache.
Akira: Oh... Je crois que je sais!, continua-t-il en réduisant dangereusement la distance entre nous, un éclat malicieux dans le regard.
Akira: Tu es venue pour me voir, n'est-ce pas ? C'est trop mignon de ta part.
Asa: Ne te fais pas d'illusions, Akira ! répliquai-je d'une voix que j'espérais ferme.
Asa: Et puis quoi encore ? Je ne suis pas là pour toi, crétin !
C'était là ma plus grande faiblesse. En plus d'être une fille recherchée par tout le territoire avec une tête mise à prix, je traînais un défaut ridicule : une mémoire de poisson rouge. Pour éviter de me perdre dans les dédales de la forêt , je devais toujours me trimballer avec un bout de papier sur lequel était notée mon adresse secrète. Pas très malin pour une rebelle, je l'accorde.Soudain, le regard d'Akira glissa vers ma sacoche en bandoulière. Un coin blanc en dépassait. Mon sang ne fit qu'un tour.
Akira: Et dis-moi, qu'est-ce qu'il y a dans ton fameux sac, Asa ?
Asa: J'ai pas l'intention, ni l'envie de te dire ce qu'il y a dedans ! Et puis d'ailleurs... pourquoi tu es aussi près... ? Ça me gêne, Akira !C'est frustrant... Vraiment gênant !
Il laissa échapper un rire doux, presque tendre, qui me déstabilisa complètement.
Akira: Mais c'est que tu es mignonne tout plein lorsque tu rougis ! T'es trop adorable, ma belle.
Je reculai d'un pas, cherchant désespérément une issue des yeux. L'obscurité de la forêt derrière moi me tendait les bras.
Asa: Recule, recule !Répétai-je, le souffle court.
Asa: J'ai tout sauf envie de traîner avec toi !
Akira planta ses yeux bleus dans les miens. Son sourire se fit plus doux, presque complice.
Akira: Ça alors... Voyez-vous ça ? Asa, tu es peut-être froide de caractère, mais pour mentir, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi pitoyable.
Il jeta un coup d'œil furtif par-dessus son épaule, vers les faisceaux des projecteurs qui se rapprochaient, puis se tourna de nouveau vers moi.
Akira: Allez, file ! Avant qu'on ne te trouve.
Je ne me fis pas prier. Je tournai les talons et m'enfonçai en courant parmi les arbres sombres, le cœur au bord des lèvres. La frustration et l'adrénaline se mélangèrent dans ma gorge, m'arrachant un cri rageur qui se perdit dans la nuit :
Asa: AAAAAHHHHH !!! Quel cafard !!!
Je courais à en perdre haleine, persuadée d'avoir sauvé ma peau une fois de plus. Mais emportée par la panique, je ne sentis pas le léger glissement dans ma poche. Je ne vis pas le petit morceau de papier blanc voltiger doucement avant de se poser sur le sol humide de la forêt.
L'erreur était faite. Et dans mon monde, une erreur se payait toujours le prix fort.