Le retour à la maison
Maggie descendit du vieux pick-up Ford de son papa. Elle contempla le bar de son frère Colby avec un sourire. Après six ans passés à New York, elle était enfin de retour chez elle, en Géorgie. Elle avait hésité à retourner dans la banlieue de Savannah où elle avait grandi. Finalement, elle avait choisi de rejoindre son frère à Capeside. C'était une petite ville balnéaire habitée par des locaux, mais aussi un lieu de vacances pour ceux qui tombaient dessus par hasard. Leurs parents y avaient acheté une maison peu après l'installation de Colby. Malheureusement, ils étaient tous deux décédés en l'espace de quelques années. Leur père avait succombé à un cancer. Leur mère l'avait suivi quelques mois plus tard dans un accident de voiture, dont les enquêteurs n'avaient pas pu exclure l'hypothèse d'un suicide.
Elle avait obtenu une licence en travail social avant de partir pour New York. Elle avait pourtant vite compris que ce métier était déprimant et stressant. Elle avait commencé à travailler comme barmaid le soir pour arrondir ses fins de mois. Quand Colby avait évoqué l'idée de vendre la maison de leurs parents, restée vide depuis quatre ans, elle s'était dit qu'il lui fallait du changement. Après tout, Colby se mariait l'année prochaine avec Dee, l'une de ses meilleures amies, et elle était demoiselle d'honneur. C'était difficile de participer aux préparatifs en étant si loin. La Géorgie lui manquait. Elle n'en pouvait plus de l'agitation permanente de la ville. C'était une fille de la campagne, une vraie de vraie.
Elle verrouilla sa portière et jeta ses clés dans son sac. Elle entra ensuite dans le Sandy Point Speakeasy par la porte arrière pour échapper à la chaleur du début d'été. Elle se rendit dans le bureau de son frère qui était en train de faire ses comptes. Elle coinça son sac dans l'un des petits casiers et fit tourner le cadenas pour le mettre en sécurité. Son frère se leva et passa un bras autour de ses épaules. Il l'attira contre lui et l'embrassa sur le sommet du crâne.
« Ça fait du bien de te revoir à la maison, petite sœur », dit-il en souriant. Elle lui donna un petit coup de coude dans les côtes.
« Je crois que tu m'as un peu manqué aussi, frérot », lui répondit-elle avec un sourire.
Il lui serra les épaules une dernière fois avant de l'emmener vers le bar. Il lui présenta Liz, sa chef barmaid. Les deux femmes se serrèrent la main et discutèrent quelques minutes avant de se mettre au travail. Liz sortit la carte de leurs cocktails maison et lui expliqua les recettes. Maggie prit des notes sur un petit carnet avant de se lancer. Le plus dur serait de mémoriser les dosages. Elle avait déjà beaucoup d'expérience grâce au bar où elle travaillait à New York.
À six heures du soir, le bar était déjà plein à craquer. C'était un vendredi soir. L'endroit résonnait du bruit des verres sur le comptoir et des boules de billard qui s'entrechoquaient. On entendait les rires des clients joyeux et de la musique country qui sortait du jukebox. Maggie ne chômait pas. Elle servait des bières à la pression, des shots et des cocktails fruités pour les dames. Quand elle eut un moment pour souffler, elle se sentit enfin chez elle. Certes, elle vivait dans la maison de ses parents, mais elle n'y avait jamais habité auparavant. La maison avait besoin de travaux avant leur décès et était restée vide longtemps. Elle allait pouvoir se l'approprier facilement. Elle était surtout reconnaissante que Colby ait remis le vieux camion de papa en état de marche. Elle n'avait pas de voiture quand elle vivait en ville.
Elle fut tirée de ses pensées lorsqu'un homme au charme brut s'installa au bout du bar. Il portait un jean usé et un t-shirt noir délavé avec un logo de bière qui moulait son torse musclé. Il avait aussi une casquette des Braves d'Atlanta. Elle attrapa une carte et se dirigea vers lui. Elle remarqua son teint hâlé, ses tatouages sur tout le bras gauche et sa carrure solide. À voir ses mains, c'était clairement un manuel, sûrement un mécanicien. Elle nota aussi, au passage, qu'il ne portait pas d'alliance.
« Salut, je m'appelle Maggie. Je vous sers quelque chose à boire ? » demanda-t-elle poliment. L'homme leva les yeux de son portable. Il détailla la jeune femme brune d'un mètre soixante-deux. Ses yeux marron plongèrent dans ses yeux verts avec un petit sourire narquois.
« Maggie, hein ? Tu dois être la nouvelle. Je vais devoir te dresser comme j'ai fait avec les autres », dit-il en haussant un sourcil.
« Je ne me dresse pas comme un chien. Mais si vous demandez gentiment, je vous servirai peut-être un verre », répondit-elle avec son plus beau sourire. Il était beau, mais c'était un sacré connard. Elle se sentait légèrement insultée. Son attitude lui donnait des frissons, et pas des bons. Elle comprenait mieux pourquoi il n'était pas marié.
« Oh, une petite chieuse arrogante. J'aime ça. » Il se mordilla la lèvre en la fixant, essayant de la cerner. Liz arriva avec son double whisky pur et posa le verre devant lui.
« Laisse-la tranquille, Kai. C'est une pro, elle sait se défendre derrière un bar. » Liz lui lança un regard noir. « Tu veux la même chose que d'habitude ? » demanda-t-elle. Il acquiesça. « Un cheeseburger au bacon avec des frites », dit-elle en regardant Maggie. « Saignant. »
Maggie fit un signe de tête et adressa un autre sourire de façade à Kai avant d'aller taper la commande sur l'ordinateur. Elle détestait ce genre de type qui se croit supérieur aux femmes. Elle le voyait dans sa façon de parler et de la reluquer comme un morceau de viande. Même de dos, elle sentait son regard peser sur elle.
« Lâche-lui la grappe, Kai. C'est la sœur de Colby », murmura Liz, juste assez fort pour qu'il entende.
« Eh bien, on risque de se voir souvent, alors ? Vu qu'on sera tous les deux au mariage. » Il s'arrêta et regarda à nouveau Maggie derrière Liz. Ses yeux se posèrent sur son cul parfaitement rebondi. Son nœud tressaillit à cette vue. Il l'imaginait déjà sous lui. Elle avait l'air d'avoir du tempérament. Ça devait être un sacré bon coup.
« Je connais ce regard, Kai. N'y pense même pas ! » le gronda Liz. Il rigola dans sa barbe. « Elle est hors limites. »
« Ah bon ? Qui a dit ça ? » Il détacha son regard du superbe spécimen qu'il admirait pour fixer Liz.
« Tu as vraiment envie d'expliquer à l'un de tes meilleurs amis comment tu as sauté sa sœur avant de la jeter comme un vieux mouchoir ? »
« Tu parles de moi comme si je n'avais aucun principe. » Il but une gorgée de whisky avec un sourire narquois.
« Bien sûr que si. Si ça a des nichons et un beau cul, tu es prêt à fourrer n'importe quoi », grogna Liz en lui lançant un dernier regard noir avant de s'éloigner pour servir d'autres clients.
Après avoir passé la commande de Kai, Liz suggéra à Maggie de prendre une pause dehors. Elle appréciait que Liz ait remarqué qu'il l'avait un peu déstabilisée. Elle avait besoin de se reprendre avant de retourner au charbon. Elle s'assit sur le banc à l'arrière du bar. Colby la rejoignit quelques minutes plus tard. Il alluma une cigarette et tira quelques bouffées avant de lui tendre. Elle aspira une longue bouffée et recracha la fumée sur le côté. Fumer était une sale habitude qu'elle ne voulait pas reprendre, mais de temps en temps, la nicotine lui calmait les nerfs.
« Liz t'apprécie. C'est un exploit car elle déteste la plupart des filles que j'embauche. » Colby lui sourit. Elle était appuyée contre le mur tandis qu'il se tenait penché en avant, les coudes sur les genoux.
« C'est parce que je lui ai prouvé ce soir que je savais bosser. Et puis, je suis la petite sœur du patron, elle est obligée de m'aimer », plaisanta Maggie. Ils rirent ensemble.
Ils passèrent les cinq minutes suivantes à discuter de la maison de leurs parents. Colby devait l'aider à changer quelques fenêtres le lendemain. Une fois sa cigarette éteinte, ils rentrèrent. Il lui annonça qu'il voulait lui présenter quelqu'un. Ils retournèrent derrière le bar et il la mena vers le bout du comptoir. Elle comprit tout de suite ce qui allait se passer quand Kai leva les yeux vers eux en souriant à Colby. Elle se retint de lever les yeux au ciel par respect pour son frère. Elle grimaça intérieurement quand Kai se leva. Les deux hommes se serrèrent la main et se tapotèrent le dos pour se saluer.
« Mags, je te présente l'un de mes meilleurs potes, Kai Montgomery. Kai, voici ma petite sœur, Maggie », fit Colby. Maggie afficha un sourire forcé et lui tendit la main. Elle dut lutter pour ne pas lui broyer les doigts.
« C'est un plaisir de te rencontrer, Maggie. Colby parle souvent de toi. C'est bien de pouvoir enfin mettre un visage sur le nom », dit Kai avec un sourire et un signe de tête.
« Je ne peux pas en dire autant de vous, mais le plaisir est pour moi, je vous assure. » Maggie lui décocha son plus beau sourire de façade.
Quelqu'un appela Colby et il s'éclipsa. Kai vida son verre. Elle en attrapa un autre sous le bar, y mit quelques glaçons et servit un nouveau double whisky.
« Tu apprends vite. On finira peut-être par s'entendre », dit-il avec un sourire arrogant.
Maggie s'appuya sur le bar. Elle fit en sorte de mettre sa poitrine en valeur dans son débardeur uniforme décolleté. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle voulait déstabiliser ce type et le faire ramer. Elle savait qu'un geste inattendu ferait l'affaire. Elle lui fit signe du doigt d'approcher. Elle vit ses yeux plonger dans son décolleté ; elle le tenait. Elle s'approcha assez près pour qu'il sente son souffle chaud sur sa joue mal rasée, puis contre son oreille.
« Wouf », murmura-t-elle d'une voix sensuelle. Elle s'écarta en lui lançant un clin d'œil avant de s'éloigner. Quand elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, il souriait tout seul en buvant son verre. Il s'était trompé de fille s'il pensait pouvoir jouer avec elle.
Kai resta encore une heure environ à observer les moindres faits et gestes de Maggie. D'habitude, il ne s'attaquait jamais aux filles du coin. C'était plus simple de coucher avec une inconnue qu'on ne reverrait jamais. Il n'avait pas eu de relation sérieuse depuis sa jeunesse dans l'armée. Il était jeune et naïf à l'époque. Il avait compris la leçon : il était mieux seul. Il regarda Maggie se baisser pour ramasser un chiffon. Sa queue tressaillit à nouveau. Pour cette fille, il pourrait faire une exception. Elle l'avait déjà rendu tout dur en lui murmurant à l'oreille tout à l'heure.
Une fois l'addition réglée auprès de Liz, il sortit. Il s'appuya contre le pare-chocs arrière de son Ram 2500 Laramie récent tout en fumant une cigarette. Il regarda le ciel étoilé en profitant du calme et sourit sincèrement. Il adorait cette ville. Sa famille vivait à moins d'une heure de route, ses affaires marchaient fort et son groupe de musique donnait régulièrement de bons concerts. Il avait tout ce qu'il lui fallait dans la vie.
Il prit son temps pour rentrer par les petites routes de campagne. Le trajet durait vingt minutes. Il laissa les vitres baissées pour profiter de l'air frais de la nuit. Il était un peu éméché. Même s'il savait s'en sortir avec la police d'habitude, il préférait ne pas se faire arrêter. Il se gara derrière son garage où se trouvait son appartement à l'étage. En montant les marches, il entendit Duchess pousser un petit aboiement. Il ouvrit la porte et appela sa vieille chienne de Saint-Hubert. Il s'appuya contre la rampe du petit porche pendant qu'elle allait faire ses besoins dans le champ derrière le bâtiment.
Une fois que Duchess fut rentrée, il ferma la porte à clé pour la nuit. Il prit une bière dans le frigo et jeta la capsule. Il s'assit un instant dans son fauteuil pour retirer ses lourdes bottes. Il les posa sur le côté avant d'aller dans la salle de bain. Il posa sa bière sur le comptoir avant de se déshabiller et d'uriner. Ensuite, il régla la température de la douche et entra sous l'eau pour rincer sa journée. Sous l'eau chaude, il sentit ses muscles se détendre. Il s'appuya contre le mur en soupirant longuement, laissant le stress s'évacuer.
La semaine avait été longue. Il travaillait aussi le samedi jusqu'à quatorze heures. Sa sœur l'aidait à mi-temps pour l'administratif, ce dont il était reconnaissant. Mais comme souvent entre frères et sœurs, ils s'étaient disputés plusieurs fois cette semaine. Ça l'avait épuisé. Il s'entendait plutôt bien avec ses deux sœurs en général. Mais dès que sa mère voulait le faire changer d'avis sur quelque chose, elle utilisait ses sœurs pour faire pression. Cette semaine, elle avait décidé qu'il devait acheter une maison et se poser. Il était pourtant très bien là où il était. Elle aurait dû savoir qu'il ne cédait jamais s'il n'en avait pas envie. Tout le monde savait qu'il était têtu comme une mule.
Après sa douche, il s'essuya et noua une serviette autour de ses hanches. Il utilisa son rasoir électrique pour raser sa barbe de quelques jours, puis mit un peu d'après-rasage. Il finit sa bière d'un trait et jeta la bouteille avant de se brosser les dents. Il contourna Duchess, qui était affalée dans son panier, et jeta sa serviette sur une chaise avant de se glisser sous les draps. Il soupira en cherchant une position confortable. En fermant les yeux, ses pensées revinrent très vite vers Maggie.
Malgré tous ses efforts pour la chasser de ses pensées, il se sentit bientôt terriblement excité en pensant à elle. Il brûlait de l’imaginer sans vêtements, de goûter sa peau et son sexe, de la voir se mettre à genoux pour prendre sa bite dans sa petite bouche, avant de la baiser jusqu'à l’épuisement. Le fait qu'elle soit la sœur de Colby et donc intouchable ne faisait que renforcer son désir. Elle était le fruit défendu qu'il crevait d’envie de croquer, alors qu'il ne l'avait rencontrée que quelques heures plus tôt.
Le lendemain matin, Maggie se réveilla alors que les rayons du soleil perçaient à travers les stores. Elle sourit en entendant le chant des oiseaux. Le silence qui régnait autour d'elle la fit sourire de plus belle. À la ville, elle n'avait jamais réussi à bien dormir avec tout ce remue-ménage sous ses fenêtres. Cela ne faisait que quelques semaines qu'elle était revenue, mais elle dormait déjà mieux qu'en plusieurs années. Elle s'étira longuement avant de repousser ses couvertures. Elle se leva et ouvrit les stores pour admirer les environs. Une autre magnifique journée d'été s'annonçait.
Elle troqua son pyjama contre un short en jean et un t-shirt gris à la coupe décontractée. Elle savait que Colby passerait d'ici une heure pour l'aider avec les fenêtres, comme ils en avaient convenu la veille. Après s'être brossé les dents, elle attacha ses cheveux et descendit dans la cuisine pour préparer du café. Elle ouvrit la porte de derrière, ne laissant que la moustiquaire fermée pour que la brise circule librement au rez-de-chaussée. Elle savoura la chaleur du soleil qui inondait la pièce. Le Sud lui avait manqué.
Elle finit son café et son sandwich juste avant que son frère ne frappe à la porte d'entrée. Elle posa sa tasse et son assiette dans l'évier et alla l'accueillir avec une accolade. Maggie était soulagée que son frère soit aussi bricoleur. Elle n'osait même pas imaginer ce que lui coûteraient les réparations et les rénovations de la maison. Ils travaillèrent d'un bon pas et s'arrêtèrent un peu après treize heures. Maggie prépara ensuite des sandwichs pour le déjeuner. De toute façon, ils devaient tous les deux partir au bar dans deux heures.
« — J'espère que tu es prête pour ce soir. Le bar est plein à craquer quand il y a de la musique, surtout avec le groupe qui joue ce soir », prévint Colby en mordant dans son sandwich.
« — Je pense pouvoir gérer. Être barmaid à New York était bien pire, les clients sont tellement pointilleux là-bas. Ici, la plupart des gens veulent juste une bière ou un shot. » Maggie leva les yeux au ciel.
« — Rappelle-toi seulement à quel point le pays te manquait quand tu étais là-bas. On n'est peut-être pas de la haute, mais on sait faire la fête. Je me souviens t'avoir portée jusqu'à la maison après des feux de camp parce que tu étais tellement bourrée que tu avais fini par tomber dans les pommes », lui rappela-t-il avec un petit sourire en coin. « Tu faisais plus la fête que n'importe quelle fille de ma connaissance. »
« — C'était il y a longtemps », soupira-t-elle avec un léger rire. « J'aime à croire que j'ai tourné la page. » Elle marqua une pause. « C’est quoi le nom du groupe qui joue ce soir ? »
« — The Boondock Brothers. C’est le groupe de Kai », répondit-il. Elle poussa un gémissement et renversa la tête en arrière vers le plafond. « Qu'est-ce qu'il y a ? Il n'a pas fait une bonne première impression ? » taquina-t-il. Elle le fusilla du regard.
« — C’est une vraie plaie. Quel porc ! Je ne comprends même pas comment vous avez pu devenir amis. Ce mec a l'air d'être un vrai connard », lâcha-t-elle sans détour.
« — Kai n'est pas si méchant. Il est juste un peu brut de décoffrage. Le pauvre gars en a bavé ces dernières années. »
« — Et ça lui donne le droit de traiter les femmes comme des chiennes ? » répliqua Maggie, visiblement peu convaincue par l'excuse.
« — Écoute, Kai est un gars super. Il tient une boîte sérieuse, il est fidèle en amitié et en famille. C'est l'une des rares personnes à qui je confierais ma vie. Il a juste quelques problèmes avec le beau sexe. Il ne me l'a jamais dit clairement, mais il s'est engagé dans l'armée juste après le lycée. Je crois qu'il tenait beaucoup à quelqu'un qui l'a blessé au point de lui laisser des cicatrices », expliqua Colby.
« — Ça ne l'oblige pas à se comporter comme un con avec toutes celles qui ont un vagin », marmonna-t-elle en retour.
« — Je lui parlerai », répondit-il en levant les mains en signe de défaite. « Je lui dirai de se tenir tranquille. »
« — Je peux me défendre toute seule, merci bien », lança-t-elle avant de se lever pour débarrasser son verre d'eau vide. « Ce n'est pas parce que c'est un connard que je ne peux pas le gérer. »
« — Donne-lui juste une chance. Je te jure qu'il n'est pas aussi terrible qu'il en a l'air. Tu n'as jamais entendu dire qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture ? »
« — Je juge le livre d'après le résumé, et c’est un mauvais bouquin », ironisa Maggie, ce qui fit rire son frère.
Le reste de l'après-midi passa à toute allure et Maggie se retrouva de nouveau derrière le bar à enchaîner les verres. L'endroit était bondé et résonnait des discussions des clients venus s'amuser ce samedi soir. Elle n'eut même pas le temps de prêter attention à Kai et son groupe qui s'installaient sur la petite scène au fond. Dès le premier accord de guitare, les verres suspendus se mirent à trembler et des vibrations envahirent le parquet usé.
Une heure après le début du concert, le rythme se calma un peu pour le personnel. La foule commençait à être éméchée et se concentrait sur la musique. Maggie s'appuya contre le comptoir tout en regardant le groupe mettre le feu. Ils jouaient beaucoup de reprises country récentes et de grands classiques du rock. Même si elle s'en voulait, elle ne pouvait s'empêcher de dévorer Kai des yeux. Ce mec transpirait le sexe, même si c'était un sale prétentieux.
Son regard s'attarda sur son jean gris, serré juste comme il fallait. Sa grosse boucle de ceinture argentée apparaissait derrière sa guitare à chaque fois qu'il pivotait. Il portait un débardeur noir qui mettait en valeur ses bras musclés et tatoués, faisant pâmer toutes les femmes à ses pieds. Sa mâchoire était couverte d'une barbe de quelques jours. En fixant ses lèvres charnues, elle ne put s'empêcher d'imaginer leur contact sur sa peau. Elle se figea brusquement quand ses yeux croisèrent les siens. Elle comprit qu'il l'observait pendant qu'elle le détaillait.
Kai lui adressa un clin d'œil. Maggie sentit le rouge lui monter aux joues et ses jambes manquèrent de se dérober. Leurs regards restèrent soudés tandis que sa voix grave et masculine charmait la salle, sans qu'il ne rate une seule note. Sa respiration s'accéléra et son cœur se mit à cogner dans sa poitrine sous l'intensité de ce regard. Il ne détourna les yeux qu'à la fin de la chanson pour haranguer la foule.
Maggie cligna des yeux plusieurs fois pour revenir à la réalité. Des clients attendaient déjà leurs boissons. En se tournant vers eux, elle se rendit compte que son corps avait réagi au regard lubrique de Kai. Ce n'étaient pas seulement ses joues qui étaient brûlantes. Le frottement de son jean contre ses lèvres déjà chaudes et trempées devint une distraction difficile à ignorer pendant le reste de son service.
Le groupe joua jusque tard dans la nuit et les clients s'attardèrent de longues heures après la fin. Alors que les gens commençaient à partir, Liz et un autre barman restèrent au comptoir tandis que Maggie faisait des allers-retours avec la réserve pour réapprovisionner les étagères. Lors de son troisième voyage, elle entra dans la pièce du fond et déplaça quelques cartons. Elle sursauta quand la porte se referma derrière elle. En entendant le verrou tourner, elle se mit immédiatement sur ses gardes. Elle eut la chair de poule et chercha du regard un objet pour se défendre contre ce qu'elle imaginait déjà être un tueur en série. Elle saisit un cutter sur une étagère alors que des bruits de pas approchaient derrière une pile de cartons. Elle sortit la lame au moment où Kai apparut au coin, un sourire aux lèvres.
« — Putain de merde, tu m'as foutu une frousse de tous les diables ! » s'exclama Maggie en posant la main sur son cœur qui battait à tout rompre. Kai éclata de rire. Il lui prit doucement le cutter des mains, rentra la lame et le reposa sur l'étagère.
« — Qu'est-ce que tu comptais faire avec ce truc, au juste ? » la taquina-t-il, ce qui lui valut une bousculade en plein torse.
« — Qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ? » cria-t-elle. Il sourit et continua de s'approcher d'elle, la coinçant contre le mur.
« — J'ai une proposition à te faire », dit-il d'une voix basse. Il posa ses mains sur ses hanches. Par réflexe, elle plaça ses mains contre son torse pour résister, mais elle ne parvint pas à le repousser.
« — Une proposition ? » couina-t-elle presque. Son visage était si proche du sien qu'elle sentait la chaleur de sa peau et l'odeur du whisky dans son haleine. Elle sentit ses seins gonfler et l'excitation l'envahir à nouveau. Il sourit en la plaquant contre lui, une main sur sa hanche et l'autre appuyée contre le mur, près de sa tête.
« — Je n'ai pas arrêté de penser à toi depuis la première seconde où je t'ai vue. » Elle sentait son souffle sur son cou et son oreille alors qu'il murmurait. « Tu as une idée de l'état de ma gaule quand je te regardais hier soir depuis le bar ? »
« — Kai », commença-t-elle doucement en essayant de le repousser, « je crois qu'on sait tous les deux que c’est une très mauvaise idée. »
« — J'ai bien vu comment tu me regardes, comme tu me déshabilles avec tes yeux », continua-t-il. Il prit sa main pour la guider vers la bosse dans son jean, celui-là même qu'elle trouvait si serré. Il pressa la paume de Maggie contre son énorme bite durcie. « Le fait que je ne devrais pas te vouloir me donne encore plus envie de toi. »
« — On ne peut pas », tenta de protester Maggie. Avant qu'elle ne puisse en dire plus, ses lèvres s'écrasèrent goulûment sur les siennes. Elle se laissa emporter par l'instant et lui rendit son baiser. Elle ne réalisa qu'elle avait commencé à le caresser que lorsqu'il poussa un grognement contre sa bouche, avant de se reculer pour reprendre son souffle.
« — Tu vas vraiment nier que tu en as envie toi aussi ? » demanda-t-il alors qu'il embrassait son cou. Elle dut lutter pour ne pas gémir. Rassemblant toutes ses forces, elle finit par le repousser.
« — Arrête ça tout de suite. Je ne peux pas te piffrer, alors qu'est-ce qui te fait croire que je coucherais avec toi ? » lança-t-elle pour se justifier. Il sourit et s'approcha à nouveau. Elle détourna le regard pour faire croire qu'elle n'était pas intéressée. Il lui prit le menton entre le pouce et l'index pour la forcer à le regarder en face.
« — Dis-moi honnêtement que tu n'es pas excitée là maintenant, et je te laisse tranquille », suggéra-t-il d'une voix rauque. Ses joues s'empourprent encore. Il ne lui laissa pas le temps de réfléchir et glissa sa main sur son entrejambe, à travers son short. « Tiens donc, j'avais raison », sourit-il. Elle ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire. Elle se reprit aussitôt, mais il l'avait déjà vu. « Ne lutte pas, Maggie. Il n'y a pas de mal à admettre qu'un homme te fait de l'effet. » Il commença à la masser et le gémissement qu'elle retenait lui échappa enfin.
« — On ne peut pas », souffla-t-elle en fermant les yeux, la tête renversée contre le mur. « Et si quelqu'un l'apprend ? »
« — Personne n'a besoin de le savoir », répondit-il en insistant sur ses caresses.
Juste au moment où Maggie allait céder, la poignée de la réserve s'agita. Colby cria que la porte était verrouillée. Maggie ouvrit brusquement les yeux et regarda Kai qui affichait toujours son sourire en coin si sexy. Colby cria à nouveau. Elle déglutit avant de répondre qu'elle arrivait tout de suite. Kai emmêla ses doigts dans ses cheveux pour l'attirer vers lui une dernière fois. Il l'embrassa fougueusement, forçant le passage de sa langue dans sa bouche brûlante. Par réflexe, elle répondit à son baiser un court instant avant de le repousser à nouveau.
« — Réfléchis à ma proposition. On pourrait se faire grimper aux rideaux, bébé », murmura-t-il avec un clin d'œil avant de s'écarter.
Maggie se passa les mains sur le visage pour retrouver sa contenance. Kai ramassa quelques caisses de bière empilées près de la porte et l'ouvrit. Colby le regarda d'un air curieux. Kai lui offrit son sourire charmeur auquel personne ne résistait.
« — Désolé, l'ami. Je suis venu aider pour porter les trucs lourds et j'ai dû heurter le verrou en attrapant les caisses derrière la porte », expliqua Kai.
« — Pas de souci. Merci pour le coup de main, mon frère », répondit Colby, totalement convaincu. Maggie attrapa rapidement quelques bouteilles d'alcool et prit une grande inspiration avant de faire face à son frère. Elle lui adressa un sourire avant de retourner au bar.