1 De retour à la maison
Brian
L'autoroute est bizarrement déserte sur la route de ma ville natale. Je jette un coup d'œil dans le rétro de ma Fat Boy et j'accélère. Le rugissement du moteur me fait sourire. Je salue le gars dans le vieux pick-up que je viens de semer.
Le vieux va me passer un savon parce que je roule trop vite, mais ce n'est pas un saint non plus. Je n'aurai qu'à lui dire que j'étais affamé. Ce ne sera pas un mensonge, je n'ai rien avalé depuis ce matin. Comme par hasard, mon ventre gargouille. Je me concentre plutôt sur les champs de maïs à perte de vue et sur le ciel gris orageux.
Si j'ai de la chance, j'aurai le temps de piquer un petit roupillon avant d'aller au Temple. C’est juste une clairière dans les bois, à la sortie de la ville. Mac lui a donné ce surnom il y a des années, et c'est resté.
Je souris encore en pensant à mon pote d'enfance. Le mec n'a aucune idée de mon retour. Personne ne le sait d'ailleurs. Je veux voir la tête de ces enfoirés quand je vais débarquer par surprise à leur petite réunion.
Plus qu'un kilomètre. Ce paysage familier me noue l'estomac. Je rendais visite au vieux aussi souvent que possible, mais ce n'était pas pareil.
Maman est déjà là, dans son nouvel appart. Je me demande si elle va dîner avec nous. Elle et papa s'entendent bien, il n'y a pas eu d'insultes ni d'histoires. Ils ont juste pris leurs distances, et moi, j'avais besoin de quitter le bled.
Si j'avais su que la ville et les gars me manqueraient autant, je serais resté. J'aurais laissé maman traverser le pays toute seule. Elle était heureuse d'enseigner là-bas, mais j'espérais qu'elle en aurait marre de ce trou perdu et qu'elle voudrait revenir.
Ma Fat Boy entre dans mon quartier. J'ai besoin de me dégourdir les jambes et j'ai le cul en compote. Peu importe le nombre de virées, je ne me fais pas à ce siège. Mac dirait que je suis une pussy. J'ai trop hâte de serrer ce connard dans mes bras.
Notre maison est un peu plus loin dans la rue. Le vieux n'est pas dans le jardin, il doit bricoler au garage. Dès que je pose le pied à terre, je détache mon casque. Je passe mes doigts dans mes cheveux noirs en bataille. Je devrais sûrement les couper, mais les filles adorent tirer dessus. J'aime trop cette merde pour me priver de ce plaisir.
Je me fais craquer les épaules en montant les marches en bois du porche. « Papa ! » je crie en frappant du poing contre la porte.
Elle s'ouvre à peine une seconde plus tard. Ce géant de paternel me file une tape derrière la tête avant de me prendre dans ses bras et de me taper dans le dos. « Bienvenue à la maison, fiston. »
« Ça fait du bien d'être de retour. » Je lui fais un clin d'œil en le détaillant. Il est toujours aussi costaud, grand et tatoué qu'avant, et ses yeux pétillent de la même façon. Mon père a la quarantaine, il est assez jeune pour faire tout ce qu'il veut. Mon frère et moi, on a eu de la chance avec nos parents. J'aimerais que tous mes potes puissent en dire autant.
Le vieux désigne la Fat Boy d'un signe de tête. « Rentre tes affaires. J'imagine que tu as faim. »
« Faim comme un loup », je râle, ce qui me vaut une autre tape d'Axel O’Brien.
« Je suis le seul qui jure ici, pigé ? Bande de petits cons, vous ne comprenez jamais rien. Occupe-toi de la bécane et ramène ton cul à la cuisine. Je crève la dalle, moi aussi. »
« Et maman ? »
« Elle a son club de lecture. Elle passera demain. Tu as intérêt à ne pas avoir la gueule de bois. »
« Je ne promets rien. » Je hausse les épaules et je sors. Je récupère ma sacoche de selle blindée en un rien de temps et je laisse la Fat Boy au garage. Je rentre et je grimpe l'escalier vers mon ancienne chambre.
Le vieux n'y a pas touché. Les posters de mes groupes préférés sont toujours aux murs. J'ajouterai un poster de Jimmy, mon grand frère, la superstar.
Mes affaires atterrissent sur le tapis. Défaire les bagages attendra. Quand mon père a faim, il n'a aucune patience.
J'enlève mes vêtements de cuir et je les balance sur le lit. J'ouvre mon sac pour en sortir un jean propre et un t-shirt noir tout simple.
Je m'apprête à m'habiller quand je remarque du mouvement à l'une des fenêtres de la maison d'à côté. Elle était vide depuis des années parce que les proprios ne trouvaient pas de locataires. Mac disait que cette baraque était hantée, alors que moi, je pensais juste qu'il y avait trop de travaux.
En enfilant mes manches, je me note de demander au vieux qui sont les nouveaux voisins. J'espère que c'est une fille canon. Ça pourrait être très amusant.