1.
Sa main était posée sur la table quand j’ai enfin osé parler. Et elle a tremblé. Il y a eu ça, le tremblement, le petit sursaut de surprise, puis l’immobilité incertaine, l’immuabilité qui forçait déjà son chemin jusqu’à la surface. Elle m’a fait peur, cette main sur la table, le tressaillement bref et soudain. Parce que je savais bien ce que cela voulait dire. Oui, je savais pertinemment que c’était le début de la fin.
Il a tourné la tête vers la fenêtre. J’ai vu son regard se poser sur une goutte de pluie qui glissait le long de la vitre, ses yeux suivaient le mouvement, la descente lente, interminable presque ; cette déclivité, cette pente. Tout s’est passé en silence. Et moi, j’avais tellement peur que je me tenais le ventre, je me sentais faible, j’avais mal partout. Une terreur pareille, je le sais par expérience, devient une sensation physique.
La goutte de pluie est venue s’écraser contre le rebord de la fenêtre. Il m’a regardé de nouveau en penchant la tête légèrement sur le côté, comme s’il me voyait pour la première fois. Ses sourcils étaient froncés, ses lèvres tiraient vers le bas. Quelque chose s’est brisé en moi, à ce moment-là. Je me suis levé, j’ai ouvert la bouche pour m’excuser, pour m’extirper du moment, de la chambre, de la situation. Mais sa main a attrapé la mienne, ses longs doigts enlaçant mon poignet, et il a dit, doucement :
« Reste, s’il te plait. »