Elite San Antonio
Note de l'auteure : Ceci est le premier jet de Slice of Life que j'ai écrit il y a des années. Cette histoire n'a pas bénéficié du travail d'édition qu'elle mérite, mais j'espère qu'elle recevra, à l'avenir, un service d'édition complet.
« Merci infiniment d'être venus à Elite San Antonio, et j'espère que vous avez passé un moment agréable parmi nous. Bonne soirée, Monsieur et Madame Porter », dit Arianna avec un sourire crispé.
Elle avait enchaîné une double vacation ce jour-là, et ses pieds étaient en feu, la faute à ses escarpins en cuir verni Chanel. En temps normal, Arianna n'aurait jamais osé s'offrir quelque chose d'aussi coûteux, mais une collègue l'avait orientée vers un site de dépôt-vente de luxe proposant des prix raisonnables sur des vêtements et des chaussures de grandes marques. Le point positif, c'était qu'Arianna pouvait payer en plusieurs fois, ce qui lui évitait de compter ses sous à la fin du mois.
Elite San Antonio était un country club dernier cri, tout nouveau dans la ville, et tous ceux qui avaient la chance d'en être membres avaient les poches pleines, du pouvoir et un ego de la taille du Texas. Par coïncidence, le propriétaire attendait du personnel qu'il soit à la hauteur de ce standing.
« Merci, Arianna. Comme toujours, votre service était impeccable », sourit M. Porter en lui tendant la main.
« Je vous en prie. Est-ce que je vous verrai, vous et Madame Porter, la semaine prochaine, à la même heure ? » demanda Arianna en lui serrant la main.
« Bien sûr, ma chère, à notre heure habituelle. Prenez soin de vous, Arianna. »
« Bonne soirée, Madame Porter. N'oubliez surtout pas le cours de yoga demain à 9 h avec Mme Hendricks et Mme Murphy », lui rappela Arianna.
« Merci beaucoup pour le rappel. Je serai là ! »
Arianna termina ses politesses et s'effondra sur sa chaise dès que le couple eut franchi les portes doubles en arc au style rustique. Elle regarda dans le creux de sa main et fut ravie d'y trouver le billet de 50 $ bien net, quoique plié, dont M. Porter l'avait gratifiée.
Son nez se fronça de dégoût quand elle remarqua qu'il avait glissé un petit mot à l'intérieur du billet lui demandant de l'appeler.
Gérer les avances constantes des membres était le seul inconvénient du poste de réceptionniste d'Arianna. On attendait aussi parfois d'elle qu'elle joue les concierges personnelles, bien que cela ne figurât pas dans sa fiche de poste. Arianna se faisait draguer du moment où elle arrivait le matin jusqu'à ce qu'elle termine sa journée et soit en sécurité dans sa voiture. Il n'y avait eu qu'un seul cas où un membre était allé trop loin. Il était ivre, extrêmement vulgaire, et l'avait tripotée avant d'être mis à la porte. Une part d'Arianna se sentait dégoûtée et violée par ce comportement, mais il s'était excusé le lendemain et lui avait remis un chèque de 5 000 $ pour prouver sa « sincérité ».
Arianna avait rapidement accepté le chèque et l'avait informé que tout était pardonné. Elle ne voyait pas d'inconvénient à accepter ce dédommagement tant que cela lui permettait de payer ses factures et d'avoir un toit. L'argent constituait aussi un excellent apport pour ses économies universitaires. Pour être honnête, elle espérait que cela se reproduise pour obtenir un autre chèque. Arianna n'était pas une pute, mais elle ne crachait pas sur une occasion pareille.
Arianna aurait aimé dire que seuls les hommes étaient obsédés par sa peau, mais elle était abordée par beaucoup de femmes qui voulaient s'amuser un peu ou souhaitaient faire un plan à trois avec elle et leur mari. Arianna les éconduisait évidemment ; cependant, elle n'avait pas pu refuser Mme Klein, qui lui avait demandé un massage.
Ce massage était assorti d'un pourboire de 1 000 $, et Arianna n'avait pas besoin de scissorer ou de lui bouffer la chatte. C'était une victoire, selon elle.
Arianna venait de terminer le lycée et prévoyait d'aller à l'université. Elle comptait sur le fonds d'études que ses grands-parents, aujourd'hui disparus, lui avaient laissé pour financer ses quatre prochaines années. Elle avait été acceptée dans une école correcte et on lui avait attribué une colocataire. Arianna avait acheté un nouvel ordinateur portable et
d'autres fournitures, impatiente d'entamer ce nouveau chapitre de sa vie.
Ce n'est qu'une semaine avant la rentrée que ses parents l'avaient appelée dans le salon pour lui confouer qu'ils avaient dépensé toutes ses économies dans des voyages en Louisiane pour des virées au casino. Aucun mot ne pouvait exprimer le sentiment de trahison qu'Arianna ressentait de la part des deux personnes censées l'aimer et prendre soin d'elle. Si elle ne pouvait pas faire confiance à ses propres parents, à qui pouvait-elle se fier ?
Arianna pleura toute la nuit en se connectant au site de l'université, annulant tous ses cours et se désinscrivant. Elle envoya un e-mail à sa colocataire pour lui expliquer qu'un imprévu était survenu et qu'elle ne serait pas des leurs cette année. Arianna était au moins reconnaissante d'avoir décidé d'attendre avant d'acheter ses manuels, au cas où elle les trouverait à la bibliothèque de l'école. Un souci de moins.
Dégoûtée par l'égoïsme de ses parents, Arianna refusa de rester une journée de plus sous leur toit. Le lendemain, elle rassembla le peu d'économies qu'elle avait tirées de son petit boulot et trouva un joli studio à louer à un prix raisonnable, charges comprises. Le seul problème était que son emploi à temps partiel dans la librairie du coin ne suffirait pas à payer le loyer. Arianna avait un mois pour trouver un poste, sinon elle se retrouverait à la rue.
Il ne fallut pas longtemps à Arianna pour tomber sur l'annonce en ligne pour le poste de réceptionniste à Elite SA. Elle améliora aussitôt son CV et envoya sa candidature. Quelle ne fut pas sa surprise de recevoir un appel le jour même, la convoquant pour un entretien dès le lendemain.
Arianna accepta, puis fut saisie d'effroi en réalisant qu'elle ne savait pas quoi porter. Elle n'avait jamais mis les pieds dans un country club, mais elle en avait assez entendu pour savoir qu'une tenue chic, stylée et professionnelle était de rigueur.
Arianna opta pour une robe fourreau noire avec des manches en résille ajustées aux poignets. Elle compléta sa tenue avec des escarpins noirs et des clous d'oreilles en diamant. Arrivée vingt minutes en avance, elle fut sidérée par les rangées de voitures de luxe garées dans l'enceinte.
Ses parents étaient des pourris d'avoir dilapidé ses économies, mais au moins, elle avait une voiture correcte. Sa Honda Civic 2017 faisait un peu épave à côté de la Bentley garée à côté, mais ça aurait pu être pire.