Prologue
On dit que le sommeil est un refuge.
Je n'y crois plus.
Il fut un temps où fermer les yeux signifiait oublier la journée, laisser les soucis derrière soi et retrouver un peu de paix.
Aujourd'hui...
Fermer les yeux est devenu la partie la plus difficile de mes journées.
Depuis plusieurs semaines, je me réveille plus fatigué que lorsque je me suis couché.
Les médecins parlent de stress.
Ma mère pense que j'étudie trop.
Mon père me répète qu'un homme de mon âge ne devrait pas avoir l'air aussi épuisé.
Ils ont tous une explication.
Moi...
Je n'en ai aucune.
Parce que chaque nuit, je vis une vie qui n'est pas la mienne.
Je vois des personnes que je n'ai jamais rencontrées.
J'entends leurs conversations.
Je partage leurs peurs.
Leurs regrets.
Leurs mensonges.
Leurs silences.
Puis je me réveille.
Et je les écris.
Au début, je croyais simplement faire des rêves étranges.
Jusqu'au jour où j'ai découvert que certaines de ces personnes existaient réellement.
À partir de ce moment-là, je n'ai plus jamais considéré mes nuits comme des rêves.
J'ai commencé à écrire.
Chaque matin.
Sans exception.
Dans un simple carnet noir.
Je ne sais pas pourquoi je fais cela.
Je ne sais pas pour qui je l'écris.
Je ne sais même pas si quelqu'un le lira un jour.
Je sais seulement qu'à chaque fois que je termine un récit et que je relis mes notes quelques jours plus tard...
Je tombe parfois sur une phrase qui me glace le sang.
Une phrase écrite avec mon écriture.
Mon stylo.
Mon encre.
Et pourtant...
Je suis incapable de me souvenir de l'avoir écrite.
Au début, j'ai pensé que la fatigue me jouait des tours.
Aujourd'hui...
Je ne cherche plus à comprendre.
Je me contente d'écrire.
Parce que si un jour j'oubliais tout cela...
Alors ces vies disparaîtraient avec moi.
Si vous avez ce livre entre les mains...
Ce n'est pas parce que j'ai voulu raconter l'histoire des autres.
C'est parce qu'en racontant leurs fautes...
J'ai fini par rencontrer les miennes.
Que Dieu nous pardonne.








