Chapitre 1 - Premier Frisson d'Automne
C'est enfin le premier jour de l'automne, ma saison préférée !
Se réveiller en pensant à ce détail est agréable et me promet de passer une bonne journée. Mon humeur est au beau fixe aujourd'hui, ce qui pourrait être déroutant pour mon entourage qui a l'habitude de me voir faire la gueule.
Je ne suis pas souriante de base, plutôt introvertie, j'aime être dans ma bulle, rester dans mon coin et me mélanger le moins possible avec les gens. La raison ? Il n'y en a pas, c'est comme ça ! Ah, si peut-être que mes activités extrascolaires ont un lien avec mon manque de sociabilité. La plupart du temps je suis une étudiante du lycée de Nocthaven le "Nocthaven High School". Un lycée dans le standard de notre société, il est LA zone de rencontre entre les jeunes du secteurs et des petites villes avoisinantes. Il se dit que ce que tu feras durant ces années lycées déterminera ce que tu deviendras demain. En gros, le capitaine de l'équipe d'hockey sur glace pourra probablement entrer dans l'une des meilleures fac du pays et devenir un entrepreneur riche et méritant — surtout quand papa est présent derrière pour allonger le pognon —, la capitaine des cheerleaders pourra s'accomplir en épousant un bel homme d'affaire avec qui elle engendrera d'autres mini pom-pom girl qui iront, elles aussi, au lycée de Nocthaven pour y secouer les pompons bleu et blanc de l'école. Je ne suivrai pas ce chemin là, déjà parce que je ne suis la capitaine de rien du tout, même pas de mon groupe de copines — heureusement, on est bien au-dessus de ça ! — et je ne suis même pas sûre de ce que je voudrais, ou "pourrais", avoir comme avenir. Je suis un peu paumée en ce moment.
Sinon, l'autre moitié de mon temps, je suis une chasseuse, comme toute ma famille et cela depuis des générations. Nous sommes les Jensen, bien connus des autres chasseurs puisque nous sommes une des familles les plus anciennes, bien que de décennie en décennie notre famille s'éteint à petit feu. Autrefois les enfants Jensen étaient bien plus nombreux. Aujourd'hui il n'y a plus que mon père, ma belle-mère, mon frère et moi. Une petite famille de chasseurs habitant à la sortie de la ville au fin fond de l'immense forêt de Blackwood.
Être chasseuse, je ne le vis pas bien, je n'aime pas être l'esclave de cette mission que je n'ai pas choisie. Je peux critiquer les pétasses du lycée, les clans et les rôles que chacun se sont trouvés, mais parfois je les envie, car eux, ils ont pu choisir ce qu'ils voulaient devenir. Je suis destinée à suivre les traces de mes ancêtres pour chasser et tuer les créatures surnaturelles empruntant la route de Nocthaven et cela pour toute une vie, qu'elle soit courte ou longue. Pour info, juste comme ça, la durée de vie des Jensen est souvent assez courte, on a un petit côté "tête brûlée" qui a desservi pas mal de tontons et tatas.
J'ai été élevé comme ça en tout cas ! A Noël je commandais des Barbies, je recevais des carreaux d'arbalète. A thanksgiving nous ne mangeons qu'après avoir réussi une chasse, c'est notre tradition. A mon dernier anniversaire j'ai eu un arc à poulie, au prochain j'espère avoir une voiture pour arrêter d'aller au lycée à pied. Le pire dans tout ça, c'est que j'adore en fait ! Je suis conditionnée et je ne me vois pas vivre autrement et aimer autre chose, pourtant j'aimerais et c'est un réel travail que je dois faire sur moi-même pour arriver à décrocher de la seule chose que je ne connaisse.
Mais bon, ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer ce travail. Je dois aller au lycée, c'est le dernier jour de la semaine et c'est tant mieux. J'aime bien le lycée pourtant, mais j'aime encore plus les grasses matinées. J'éteins mon réveil sur mon smartphone et me lève, non sans peine. Quelques étirements et un frottement rapide des yeux auront suffi à me faire émerger. Comme à mon habitude, je me prépare directement dans ma chambre avant de descendre à la cuisine pour petit-déjeuner avec mes parents et mon frangin. Il dort encore, Alex doit sûrement commencer sa journée un peu plus tard. Il travaille à l'épicerie du centre, ça dépanne et lui permet de se faire un peu d'argent car être chasseur ne rapporte pas un centime. En passant devant sa chambre, je me réjouis de tambouriner à sa porte pour l'emmerder. Je ne suis pas gentille, mais je suis de bonne humeur aujourd'hui au cas où vous auriez oublié. J'entends mon frère grogner.
— Lyra, laisse ton frère dormir ! rale Norah, ma belle-mère, depuis la cuisine.
Ma mère est décédée lorsque j'étais plus jeune. Rien à voir avec un monstre ou une chasse, elle était malade et mon père s'est remarié par la suite faisant de Norah une nouvelle chasseuse ou une nouvelle victime dans la famille Jensen.
Après avoir descendu l'escalier de la maison, j'arrive à la cuisine pour manger mon petit-dej préféré : des céréales duo choco. Un mélange de céréales très sucrées et surement très chimiques au chocolat au lait et au chocolat blanc. Norah est seule dans la cuisine, mon père est déjà au travail.
— Oh, mais tu as l'air de très bonne humeur. Quelque chose à fêter aujourd'hui ? demande Norah.
— C'est l'automne, j'adore cette saison ! dis-je en souriant, c'est rare !
— Pourquoi aimes-tu autant l'automne ?
— Alors déjà je n'aime pas la chaleur et ne suis pas fan des grands froids donc cette saison est parfaite, c'est l'entre-deux. Et franchement Norah, c'est beau l'automne quand les feuilles changent de couleur avant de tomber ! répondé-je. "C'est beau l'automne quand les feuilles changent de couleur avant de tomber" non mais je me crois dans un téléfilm romantique avant Noël ou quoi ? Je ne suis pas de nature romantique, en réalité je n'y connais rien et je n'y ai jamais goûté. Je n'ai jamais eu de petit-ami, je n'ai jamais été amoureuse.
— Et bien, mange tes céréales et ne traine pas trop pour ne pas être en retard au lycée jeune fille !
— Si j'avais une voiture, je ne serais plus jamais en retard au lycée tu sais ? ajouté-je, sourire en coin. Une nouvelle occasion de glisser dans la conversation mon désir d'indépendance. En plus, c'est réel, pour aller au lycée j'ai trente minutes de marche. En voiture je pourrais y être en moins de dix minutes.
— Vois ça avec ton père ! dit Norah en soupirant une fois de plus.
Un coup d'œil rapide sur mon téléphone suffit à me rendre compte qu'une fois de plus, je suis presque en retard. Je termine mon repas rapidement, me lève et quitte la pièce avant de déposer un baiser tendre sur la joue de ma belle-mère. Un baiser sûrement accompagné d'une belle trace de lait encore frais. Norah est gentille, je l'aime bien même si elle ne remplacera jamais ma mère. Elle a sa place dans cette famille et dans mon coeur, elle a sauvé mon père de la solitude et de la dépression qui le rongeaient depuis le décès prématuré de ma mère. Indirectement, elle nous a sûrement aidés mon frère et moi, car mon père n'est pas l'être le plus tendre et le plus agréable qui existe sur terre. Durant ces années de tourments, il était encore plus dur et froid qu'aujourd'hui. Il avait perdu sa femme qui était et restera l'amour de sa vie mais ne pensait pas qu'Alex et moi avions perdu notre mère ce jour là. Il s'était renfermé sur lui-même et s'était plongé (en nous amenant avec lui) dans des parties de chasse toujours plus nombreuses et dangereuses. Elle me manque tellement.
Je sors de la maison l'esprit assombri par ce souvenir, mais regarder les sapins et les bouleaux de la forêt, rougis par la saison, suffit à laisser une chance à ma bonne humeur de rester encore un peu avec moi.
La longue marche du matin commence par traverser quelques kilomètres de forêt avant de rattraper la grande route qui mène à l'entrée de la ville. Je suis l'une des rares personnes du lycée à ne pas avoir de voiture ou qui ne prend pas les transports en commun. Il y a quelques semaines, Haley, une de mes amies à réussi à récupérer le tas de boue de son père. Donc avec un peu de chance, je vais la croiser à l'entrée de la ville ou à l'angle de la rue menant au lycée pour que je puisse terminer le dernier kilomètre avec elle dans son pick-up.
Un coup de klaxon brutal me tire de mes pensées, comme une gifle sonore. La chance me sourit, c'est Haley qui est pile à l'heure pour me récupérer au passage. Elle s'arrête à côté de moi et ouvre sa fenêtre.
— Salut beauté, c'est combien ? Comme à son habitude, Haley surfe sur la carte de l'humour et j'aime cet aspect de sa personnalité. On a toujours besoin de gens solaires et positifs dans nos vies. Elle est CE soleil qui me réchauffe et elle fait du bien !
— Trop cher pour toi pétasse ! m'empressé-je de répondre en ouvrant la portière de son bolide. Ce tas de boue est vieux, il pue, mais putain qu'est-ce qu'il est pratique ! La musique tourne à fond, un son récent de R&B écrit et chanté par, sûrement, une ancienne pom-pom girl d'un lycée ringard, qui ne sait pas accorder les temps de conjugaison, même quand elle parle simplement d'amour. Je grince des dents, je n'écoute pas les mêmes musiques que mon amie. Je préfère écouter un son comme Lonely Day de System Of A Down ou un vieux Linkin Park, le nu metal ça c'est mon truc ! Je suis dans sa voiture et accepte cette règle : ma voiture, mes chansons ! Même si ça ne m'enchante pas.
Nous arrivons au lycée et y retrouvons Kat, Katherine pour les intimes, ma troisième et dernière amie de Nocthaven. Toutes les trois, nous nous connaissons depuis presque trois ans. Notre amitié a commencé lors de nos premières années lycée. Malgré tous les mauvais plans que j'ai pu leur faire, elles sont restées à mes côtés et acceptent ma petite part sombre et mystérieuse.
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La journée de lycée se termine.
Les jours raccourcissent en même temps qu'on avance vers l'hiver.
Désormais les soirs, j'arrive chez moi à la nuit tombante. Ce n'est pas pour m'en déplaire, les couleurs et l'ambiance sont si belles.
Au bout du sentier, j'aperçois ma maison. Une vieille bâtisse familiale difficile à entretenir. La toiture est fatiguée, mais chaque année nous résistons aux fuites et aux vents qui arrachent des morceaux de tuiles. La façade est grisée par le temps mais décorée de lierres et d'autres végétaux grimpants. Elle ressemble à un manoir et malgré tous ses défauts elle reste une maison charmante.
J'entre dans mon antre et entends la voix grave de mon père.
— C'est sa première victime ! Il y en a au moins un !
Ça sent la chasse !
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Pour le moment, que pensez-vous de Lyra et de sa famille ?
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