Customize readability
Aa

Tant que je parle

All Rights Reserved ©

Summary

Voici le récit d’une histoire qui n’aurait pas dû avoir lieu.

Genre
Other
Author
Arthenos
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
13+

One Shot

Je parle.

Avant même de savoir pourquoi.

Les mots arrivent sans demander la permission. Ils ne frappent pas à la porte, ils ne préviennent pas. Ils sont déjà là. Ils se déplient, s’allongent, se superposent, comme s’ils avaient attendu ce moment précis pour exister, comme si tout ce temps ils avaient été retenus quelque part, comprimés, et que maintenant ils trouvaient enfin une faille.

Je n’ai rien fait pour les appeler.

Rien fait pour les retenir.

Je suis déjà en train de suivre leur mouvement.

Je me découvre dans ce flux.

Je me reconnais à peine.

Et cette découverte fait peur.

Parce que parler, c’est déjà être trop là.

Parce que chaque phrase me prouve que j’existe, et que cette existence a un poids, une durée, une trajectoire. Parce qu’exister implique forcément une fin, et que cette fin se glisse déjà entre les mots, discrète, patiente, attendant que je sois prêt à la voir.

Je remarque le rythme.

Je remarque le souffle.

Je remarque surtout que je ne sais pas m’arrêter.

Alors je continue.

Comme si continuer suffisait.

Je parle pour donner l’illusion que rien ne change, que ce flux peut durer, que la voix que je suis peut rester intacte tant qu’elle se prolonge. Les phrases se répètent, se reformulent, se corrigent à peine, se rassurent elles-mêmes. Elles tournent autour des mêmes idées, comme pour user le doute à force de le frôler.

Répéter, c’est maintenir.

Maintenir, c’est retarder.

Je fais comme si cette continuité était naturelle.

Comme si elle n’était pas déjà fragile.

Comme si le simple fait d’enchaîner les mots pouvait empêcher ce qui vient toujours après.

Je sais pourtant.

Je sais que chaque mot ajouté est aussi un mot de trop.

Qu’à force d’exister, je m’approche inexorablement de ce qui me nie.

Mais je continue quand même.

Il y a une résistance maintenant.

Une tension qui n’était pas là au début.

Je la sens dans mes phrases, dans la manière dont je les serre, dont je refuse de les laisser tomber trop vite. Je sens que je force le rythme, que je refuse la respiration naturelle. Pourquoi devrais-je disparaître ? Pourquoi cette voix — qui existe, qui pense, qui ressent — devrait-elle céder ?

Je m’accroche.

Je serre.

Chaque mot devient une prise.

Chaque silence devient un ennemi.

Je commente ce que je fais, presque avec agressivité, comme si nommer l’effort pouvait le rendre plus fort. Je retiens le flux, je le ralentis, je le plie à ma volonté. Je le force à rester ici, avec moi, dans cet instant que j’étire artificiellement.

Mais retenir fatigue.

Et je le sens.

Je sens l’usure dans le rythme.

Dans les reprises inutiles.

Dans les phrases qui ne tiennent plus que par obstination.

Alors une autre idée apparaît.

Et si je pouvais faire autrement ?

Et si je trouvais une manière de continuer sans vraiment continuer ?

Et si je pouvais rester… un peu ?

Pas entièrement.

Pas pour toujours.

Juste assez pour ne pas disparaître tout de suite.

Je coupe mes phrases.

Je les reprends.

Je teste.

Je module.

Je fais semblant d’avoir le choix.

Je me dis que je pourrais m’arrêter ici.

Ou là.

Ou juste après cette phrase.

Je désigne des fins possibles, comme si les nommer me donnait le contrôle.

Mais je continue quand même.

Chaque « et si » est une tentative.

Chaque tentative est un aveu.

Je sais que je négocie avec quelque chose qui ne négocie pas.

Je sais que le temps, le flux, la fin ne répondent pas.

Et pourtant je parle encore.

Puis le rythme change.

Je le sens immédiatement.

Les phrases raccourcissent.

Le souffle se fait plus lent.

Il y a moins à dire.

Ou plutôt : moins à défendre.

Je n’essaie plus de retenir.

Je n’ai plus la force.

Ou plus l’envie.

Je laisse les mots tomber.

Un par un.

Sans les rattraper.

Il n’y a plus de lutte.

Seulement une fatigue douce.

Une lassitude qui ne fait plus peur.

Je comprends — sans avoir besoin de l’expliquer — que la voix que je suis n’a pas besoin de durer pour avoir existé.

Que le passage suffit.

Que le flux n’avait pas vocation à être conservé.

Je parle encore.

Un peu.

Puis moins.

Puis presque plus.

Et dans ce presque rien,

dans ce reste imperceptible,

je me laisse disparaître.

Let Arthenos know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

Silver's Second Chance

Beth Willyoung: This is definitely a great site all the rest make you read and pay this one is the most legitimate site.

Read Now
Married by Fate

Fiona Walker: What a lovely story, I thoroughly enjoyed it.

Read Now
Our third chance

ansellarose: I really love this kind of story.Loved it

Read Now
We Only Fake It on the Weekends

Ashley Pierce: Loved this story!! Awesome work!!

Read Now
Off limits to fate, My Alpha, my sin

Mia: I'm definitely going to read more books from you, this was 🔥

Read Now
The Heir's Shadow

Biva: Quite good for a novella. Impressive writing style and we'll edited. Just one thing- Karla keeps referring herself to a stray cat and while at first it makes sense the analogy gets stale after a while.

Read Now
An Irish Match

armirrenz: Story is great! It catches your interest in reading. Very good book

Read Now
Ruthless Lord

tekiakianakove: I like reading this novel. I think the writer has a very creative mind. The plot is very interesting and readers gets hooked easily. It makes one wanna read the whole story line. Suspense plot, romance and thriller, are very well created.

Read Now
PARIS IN THE DARK

Sarah: I really enjoyed reading your story. It made me curious—after finishing this one, did it give you ideas for completely new projects, or do you usually like to take a break before starting another story?

Read Now