PROLOGUE
Ce roman fait partie de la série La Supercherie de la Femme Moderne.
PROLOGUE
— Papa, t’es trop con !
La phrase a claqué dans l’habitacle comme une gifle que je n’ai pas vu venir. Je regarde Marie, ma fille. Elle a seize ans, le regard noir et la mâchoire serrée. Dehors, la pluie s’écrase contre le pare-brise, brouillant les lumières de la ville.
À son âge, si j’avais osé lâcher le quart de cette phrase à mon père, j’aurais ramassé une paire de claques avant même d’avoir fini de prononcer le dernier mot. Il m’aurait rappelé “qui commande” à grands coups de semonces. Mais les temps ont changé. Heureusement, peut-être. Je n’ai jamais levé la main sur mes enfants, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Surtout qu’au fond de moi, une petite voix me souffle qu’elle a raison.
À bientôt cinquante ans, je suis devenu cet homme que je méprisais autrefois : un homme mou.
Je vis avec Michèle. Ma troisième compagne, mais celle-là, je ne l’ai pas épousée.
Deux divorces m’ont vacciné, le papier ne protège de rien.
Michèle, c’est la force de la nature, le volcan qui m’a sauvé après le naufrage Clémence. Mais avec les années, la tornade est devenue une tempête qui décide de tout, tout le temps. Et moi ? J’ai glissé dans le rôle du spectateur de ma propre vie. Par gentillesse, je l’ai laissée prendre les rênes. Par fatigue, je l’ai laissée abuser de ma patience.
Marie me regarde avec ce mélange d’amour et de dégoût que les adolescents réservent aux idoles déchues. Elle adore sa belle-mère, c’est vrai, mais elle déteste voir son père se liquéfier. Pour elle, je ne suis plus le pacha d’autrefois, ni même le bâtisseur qui a monté sa boîte de fret maritime. Je suis devenu un pantin, un type qui s’écrase pour ne pas faire de vagues.
Même pour sa garde, j’ai fini par céder. Quand il a fallu discuter avec sa mère, j’ai préféré “ne pas faire d’histoires”. J’ai dit que c’était mieux pour elle de rester là-bas, par commodité, par équilibre... mensonge. La vérité, c’est que je n’avais plus la force de me battre. J’avais laissé le terrain aux autres, pensant que le silence m’apporterait la paix.
— Tu dis rien ? reprend Marie, les larmes aux yeux. Regarde-toi, papa. Elle te mène par le bout du nez et toi, tu souris en disant merci. T’es devenu transparent.
Elle a raison. Le mensonge de la supériorité masculine que mon père m’avait inculqué s’est effondré, mais à sa place, il n’y a pas encore d’homme debout. Juste un type qui conduit sous la pluie, traité de con par sa fille, et qui se demande à quel moment il a cessé d’exister.
Je démarre, elle a oublier d'acheter une tarte et du pain pour aller dine chez ses amies ou je suis esclus et moi j' y vais .
Je m’arrête devant la boulangerie. Les essuie-glaces grincent.
— Je reviens, je dis doucement.
— T’es vraiment trop con, répète Marie en détournant le regard vers la vitre embuée.
Je sors de la voiture. La pluie froide me cingle le visage. En marchant vers la boutique, je sens le poids de ces trente dernières années.
J’ai fui le mensonge de la supériorité masculine pour tomber dans le piège de l’effacement total.
Je ne suis plus un tyran, c’est vrai.
Mais je ne suis plus rien du tout.









Ça promet 🙈🙈❤️❤️