Chapter 1
Je hurle. Mon cœur se déchire et je me demande vraiment comment j'ai fait pour être si aveugle. Je ne veux plus jamais le revoir. Je me mets soudainement à courir de toutes mes forces sans pouvoir m'échapper, mes poumons en feu. Mes pieds atteignent l'eau et je me rends compte que nous sommes piégés. Je m'écroule au sol, abattu par cette pensée.
Une semaine plus tôt. Mes amis sont tous chez moi pour organiser un voyage avant qu'on ne se quitte pour commencer nos études supérieures. On rigole quand l'un de nous propose de partir en Crète. On le regarde tous avec des étoiles dans les yeux. On se met à taper les prix d'un voyage pour une semaine là-bas. Je trouve des vols pas chers et on se dit qu'on va loger chez l'habitant si on peut, sinon dans des auberges de jeunesse. Je réserve 5 billets à mon nom Romy, à celui de mon copain : Mark, à celui de ma meilleure amie : Julie, et à ceux des deux amis de mon copain : Jules et Tom. Tout le monde décide de rentrer chez lui sauf mon petit ami.
On s'installe sur le canapé devant notre série du moment. Son téléphone n'arrête pas de sonner, mais je n'y prête pas attention au départ. La sonnerie continue comme ça longtemps et il répond à ses messages de temps en temps. Je lui demande si c'est quelque chose d'important et s'il veut que je mette en pause la série. Il me dit que tout va bien et éteint son téléphone. On a toujours été un couple qui se base sur la confiance, donc je n'ai aucun problème s'il ne veut pas me parler de ses textos. Enfin, c'est ce que j'essaie de me persuader sans regarder son téléphone. Je savais déjà, quand je l'ai rencontré il y a 1 an, qu'il plaît à beaucoup de filles. Mais il m'a choisi moi alors je ne m'inquiète pas plus que ça, me dis-je intérieurement.
Il rentre chez lui et on se promet de s'appeler pour parler du voyage en détail.
Je vais me coucher, car il se fait tard. J'ai trouvé un job à mi-temps pour le début des vacances jusqu'au voyage prévu. J'aide à préparer les commandes au drive. Souvent je ne fais que la matinée ou l'après-midi, mais en ce moment, pour financer le voyage, je fais plus des journées entières.
7 heures du matin, je me lève à contrecœur pour aller bosser. Je prends les clés de ma petite voiture qui commence à tomber en miettes même si je l'ai que depuis quelques mois. Elle appartenait déjà à quelqu'un avant moi, son propriétaire est décédé et sa famille a décidé de la vendre. C'est comme ça qu'on s'est rencontré et depuis, on file le parfait amour, elle ne m'a jamais lâché.
J'arrive au parking des employés et me dirige vers la porte de derrière quand je vois mon amie du travail qui se grille un pétard. Manon a l'habitude de m'en proposer une ou plusieurs taffes que je ne refuse jamais. C'est devenu notre rituel avant de commencer une matinée ou une après-midi quand on est ensemble.
─ Tiens, prends une taffe, j'ai presque tout fumé. Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ?
─ Je ne comprends pas, je ne suis pas en retard. Tu as regardé l'heure ? Il n'est que 7 h 50 et on commence toujours à 8 heures. Tu t'es juste dit que tu allais fumer sans moi. Quelle égoïste tu fais. Je lui dis en prenant son mégot des mains.
─ Tu te fous de moi, ça fait un an que tu ne payes pas une seule taffe et tu oses me traiter d'égoïste ! me répond-elle sur la défensive.
Je lui fais un regard indigné en levant mon sourcil.
─ Tu peux parler, c'est moi qui paye tous les briquets depuis un an ! Et je ne t'ai jamais laissé en rade. D'ailleurs, tiens, en voici un paquet parce qu'après cette semaine, je pars en vacances comme je te l'avais dit.
Elle regarde le stock dans mes mains avec des gros yeux. Finalement, elle se décide à me les prendre, mais m'en laisse deux car faut dire que ça fait beaucoup d'un seul coup et que ça me sera utile. Je ne sais pas dans quelles circonstances, mais je reprends les deux et on part ensemble en rigolant.
Je souffle tout l'air de mes poumons, car pour la troisième fois de la journée, un client n'était pas satisfait d'un produit ou de mon temps à venir le servir. Les clients sont rois, je veux bien, mais il y a des limites. J'estime que ma limite est de ne pas me faire changer des bananes qui ont une seule petite tâche noire sur l'une d'elles. Quel manque de tact, j'ai vraiment bataillé cinq minutes avec la dame qui ne voulait pas lâcher. Finalement, j'ai appelé mon supérieur et il s'est expliqué avec elle, mais elle a réussi à obtenir ce qu'elle voulait.
Enfin, la pause de midi est arrivée. On emporte tous nos plats préparés au micro-onde. À chaque midi, la queue pour réchauffer nos plats est horriblement longue. On s'installe à notre table et on mange en silence, trop fatigués de la matinée. On reprend vite fait et l'après-midi est tout aussi épuisante que la matinée.
Me voilà dans ma voiture beige décolorée en train d'appeler mon petit ami. Il décroche et on parle de nos journées.
J'arrive chez moi, toujours au téléphone, et on dévie notre conversation vers le voyage.
─ Tu as bien dit à tes parents qu'on part dans quelques jours ? Je ne veux pas avoir de problème avec eux, lui dis-je.
─ Oui, ne t'inquiète pas, ils sont d'accord. Tant que je leur envoie des messages pour savoir où je suis.
─ Ah d'accord. Et tu as réfléchi à ce que tu veux visiter là-bas. J'ai pensé qu'on peut aller visiter en bateau les petites îles aux alentours.
─ Pourquoi pas, ça pourrait être bien, je n'y ai pas vraiment pensé.
Je lui dis de ne pas s'inquiéter et que je demanderai aux autres ce qu'ils veulent faire. On se dit bonne nuit et on raccroche.
J'ai commencé à vivre seule dès la fin du lycée, donc il y a un mois. J'ai trouvé un appartement là où je vais faire mes études et j'y suis resté pour l'installer et faire tout pour que je puisse y vivre dans quelques mois. Mes parents payent le loyer et me font entièrement confiance à ce sujet et pour gérer la nourriture et toutes mes dépenses. Ils savent que je travaille à côté pour financer le voyage puisque ça fait quelque temps qu'on leur en parle. Je vais me coucher pour finir ma semaine au drive et pouvoir partir avec mes amis. Je m'endors aussitôt que ma tête touche l'oreiller.








