Chapitre 1 - L'Entretien
Vincent Wilslow –Prologue
Vous imaginez ? Moi, un pauvre geek. Adolescent boutonneux, lunettes de myope, transpirant chaque fois qu’une fille daignait poser les yeux sur moi – ce qui arrivait rarement. Mais elle, elle était différente. La jolie fille maladroite qui faisait rire tout le monde sans le vouloir. Celle qui renversait son verre, qui trébuchait sur rien, qui rougissait pour un oui ou pour un non. Celle qui ne m’a jamais, pas une seule fois, regardé.
Elle passait devant moi comme on passe devant une vitrine. Sans s’arrêter. Sans un frémissement. J’étais un fantôme. Un décor. Un “ah oui t’es dans ma classe ?” alors qu’on partageait la même salle depuis trois ans.
Et pourtant, je l’aimais. Je l’aimais comme seul un geek peut aimer une fille qui ne sait même pas qu’il existe. Je rêvais d’elle la nuit. Je la regardais en cachette le jour. J’apprenais ses gestes, ses rires, ses petites habitudes. J’étais amoureux comme on est amoureux à seize ans : salement, bêtement, désespérément.
Alors j’ai fait le grand saut. Une rose rouge. Une seule. La plus belle que j’avais trouvée. Je la lui ai offerte au bal de fin d’année, le cœur battant, les mains moites. Elle a pris la rose, elle a souri, elle a dit “merci c’est gentil”.
Puis elle l’a donnée à sa copine. Cinq minutes plus tard. Sans se retourner. Sans un regard pour moi. Sans comprendre qu’elle venait de piétiner un cœur d’adolescent.
Ce jour-là, j’ai fait une promesse. Pas une grande déclaration dramatique. Juste un petit serment, au fond de ma chambre, devant mon écran d’ordinateur : un jour, elle me verra. Un jour, elle saura qui je suis. Et ce jour-là, elle paiera pour chaque seconde où elle a fait comme si je n’existais pas.
Ironie du sort. Ou vengeance.
Aujourd’hui, elle est dans mon ascenseur. Dans ma société. Elle porte un costume trop grand, elle tremble, elle rougit, elle bafouille. Elle ne sait pas que je l’ai attendue. Que j’ai monté cet empire, brique par brique, ligne de code par ligne de code, pour qu’elle atterrisse un jour devant moi. Pour qu’elle soit enfin à ma portée.
Elle ne sait pas qu’elle est ma cible. Ma proie. Ma vengeance.
De seigneur... si seulement j’avais su que ce serait aussi amusant, je me serais lancé bien plus tôt. La regarder se décomposer sous mon regard, perdre ses moyens, brûler sans que je la touche – c’est un plaisir que je n’aurais jamais imaginé.
Je vais te pervertir, ma jolie. Lentement. Jusqu’à ce que tu ne saches plus où commence le jeu et où finit le désir. Jusqu’à ce que tu te demandes si tu es ma prisonnière... ou si tu as toujours voulu l’être.
Signé Vincent Wilslow *(7/08/20)*
Point de vue : Romy
Premier jour.
De mon premier boulot.
Avec mon premier costume.
(Trop grand pour moi.) un détail
Dans un ascenseur avec un bel homme.
Bordel. Si c’est pour faire des heures sup en tête à tête avec un homme comme ça tous les jours... la vie de rêve.
Je crois que j’aurai pas dû me bourrer la gueule hier. Parce que là, dans cet ascenseur qui monte tranquillement, je suis en train de mater ce type comme si c’était le dernier homme sur Terre et que j’avais une mission de survie. Mon regard glisse sur son costume, sur ses épaules, sur ses mains, sur sa mâchoire. Il est canon. Gravement canon. L’odeur de son parfum me monte à la tête. Je flaire. C’est pathétique. Je flaire un inconnu dans un ascenseur. Mon cerveau est en train de faire des acrobaties pour justifier ce comportement de chienne en chaleur, mais il n’y a aucune justification. C’est juste lui. Il dégage un truc.
Il est grand. Très grand. Je dois lever la tête pour croiser son regard. Il a des yeux sombres, presque noirs, avec une lueur amusée dedans. Ses cheveux sont parfaitement coiffés. Son costume noir est tellement bien coupé qu’on dirait qu’il a été cousu sur lui. Il dégage une confiance qui me met mal à l’aise. Et pas dans le bon sens. Enfin si. Dans le bon sens. Un sourire à peine esquissé flotte sur ses lèvres, et ça me fait fondre.
Je suis en train de le dévorer des yeux — et je sais qu’il a vu. Il a TOUT vu. Mes yeux qui s’attardent sur sa bouche, sur ses mains, sur l’entrejambe de son pantalon. Il a tout vu. Et il me regarde avec un sourire en coin qui me fait regretter de pas m’être levée plus tôt pour mettre du rouge à lèvres. Enfin non. Même avec du rouge à lèvres, j’aurais dit une connerie. Je suis comme ça. La panique me fait délirer.
— Vous avez fini de me mater ? dit-il d’un ton...
Sa voix est grave. Rauque. Un peu moqueuse. Oh mon dieu. Je suis dans une romance. Je rêve. Bordel.
— Non, jamais.
Attends. Une, deux. Allô la Terre, ici la Lune. Bordel, c’est quoi mon problème ? Je viens de dire ça à voix haute ! C’est sorti tout seul. J’ai pas eu le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre. Non. Je me suis juste entendue dire ça. Je rougis jusqu’au oreille merde...faut que je me rattrape !!!
— Pardon ? dit-il avec un sourire.
Non. Bordel. Pourquoi j’ai dit ça ? Mon cerveau est en grève. Il est parti en vacances sans moi. Il a pris un billet pour les Maldives et il m’a laissée toute seule avec ma bouche qui parle toute seule. Il me regarde comme si j’étais un livre ouvert. Un livre un peu tordu, mais ouvert quand même.
— Non mais je suis désolée... je pensais... enfin... je me sentais petite par rapport à vous, alors... ahah...
Oh non. Putain. Des arguments de merde. À l’aide. Je suis en train de m’enfoncer. Je creuse ma propre tombe avec des mots. J’aurais mieux fait de me taire, d’ouvrir grand les yeux et de laisser tomber la bave. Mais non. Il faut que j’ouvre la bouche. Tout le temps.
— Votre taille ? demande-t-il en haussant un sourcil.
Mais qu’est-ce qu’il raconte aussi ? Comment ça “ma taille” ? Moi j’en ai pas... Je suis une meuf.
— Bah j’en ai pas, dis-je, un peu troublée.
Il me regarde. Il penche la tête. Il a un sourire. Un petit sourire. Moqueur
— Bah évidemment, tout le monde en a une ! dit-il, comme si c’était une évidence.
Attends. Quoi ? Non mais il est sérieux ? Il croit que j’ai une bite ? Il est au courant que je suis une meuf, si ? Il a vu mes seins ? Mais il a dit “tout le monde en a une” comme si c’était universel. Comme si chaque être humain sur terre était né avec un accessoire entre les cuisses.
— Euh, moi j’ai pas de bite, je dis.
La phrase sort. Toute seule. Comme une traîtresse. Je la regarde s’échapper de ma bouche et je ne peux rien faire pour la rattraper. Elle flotte dans l’air de l’ascenseur. Elle résonne contre les parois métalliques. Elle s’installe entre nous comme un troisième passager malvenu.
Oh non. Je rougis. Pas un petit rouge. Pas un rouge timide. Un rouge apocalyptique. Un rouge qui envahit mes joues, mes oreilles, mon cou, probablement mes chevilles. Un rouge qui a sa propre signature dans l’espace. Un rouge que les astronautes doivent voir depuis la station spatiale.
Qu’est-ce qui m’arrive ? Putain, je suis complètement... Je suis une catastrophe ambulante. Je suis une bombe à retardement. Je suis la pire première impression de l’histoire des premières impressions.
— Je veux dire... 1m80 ! je corrige, la voix étranglée par la panique.
1,80 mètre. Le chiffre sort comme une bouée de sauvetage. Je m’y accroche. Je l’agite comme un drapeau blanc. La taille, bordel. Pas la bite. La TAILLE. Ma hauteur. Ce que je mesure. 1,60 en réalité, mais il ne sait pas. Il ne saura jamais. Je vais vivre avec ce mensonge. Je vais dire que je fais 1,80 jusqu’à ma mort.
Il rigole. Un rire franc, grave, chaud, qui fait vibrer l’ascenseur. Un rire qui roule dans la cage d’escalier, qui met des étoiles dans mes yeux. Ses yeux s’illuminent, ses épaules tremblent un peu. Il a une belle façon de rire. Une façon qui donne envie de dire encore plus de conneries pour l’entendre encore.
— Panique pas, dit-il. Tu viens juste de commencer ton entretien.
Mon entretien. Ahah. S’il avait commencé comme ça, je serais déjà virée. Je rigole toute seule en sortant de l’ascenseur, mes talons qui claquent sur le marbre comme un compte à rebours avant la prochaine catastrophe. Clac. Clac. Clac..
Non mais c’était dingue. Plus jamais je bois. Je suis crazy même à jeun. Enfin bref. Je fais même pas 1m80, je fais 1m60.
Pourquoi il a souri comme s’il savait quelque chose que j’ignorais ? Et surtout, pourquoi il me suit, ce con ?
Il marche derrière moi, ses pas lourds et assurés qui résonnent dans le couloir.
Oh mon dieu, ma vie est un chaos. Je suis à peine arrivée que j’ai déjà réussi à me ridiculiser devant un inconnu — qui en plus me suit comme si j’étais sa proie. Sa proie. Le mot résonne dans ma tête et fait vibrer quelque chose au fond de mon ventre. Un truc que je ne veux pas analyser. Pas maintenant. Pas avec lui derrière moi.
Mes jambes tremblent un peu. Mes mains sont moites. Mon cœur bat trop vite. Je suis une catastrophe sur deux pieds. Une bombe à retardement. Un accident qui n’attend qu’à se produire.
Mais il me fait trop penser à quelqu’un, je te jure. De mon enfance. Ce sourire en coin. Cette façon de me regarder comme s’il me connaissait depuis toujours. Comme s’il savait des choses sur moi que moi-même j’ignore. Non, c’est impossible. C’est juste mon cerveau qui me joue des tours à cause de la gueule de bois. Je suis en train d’halluciner.
Bon, faut que j’arrête de le regarder, sinon il va me dire que je le mate trop. Il va me faire une réflexion. Il va me dire “vous avez fini de me mater ?” et je vais encore répondre “non jamais” et creuser ma propre tombe. Alors je marche droit devant moi. Je suis concentrée. Professionnelle. Je suis une employée modèle. Je ne vais pas me retourner. Je ne vais pas...
Je regarde derrière.
Bing. Aïe.
— Mais fais attention, bordel ! je dis en me frottant le front.
Je viens de me prendre une porte vitrée. Une PORTE VITRÉE. Qui laisse une porte vitrée ouverte en plein milieu d’un couloir ? C’est un piège. C’est un test. Je suis dans une émission de télé-réalité. Je me vois déjà : “Romy, la stagiaire qui se prend toutes les portes”.
Quelle journée de fou. Bordel.
Il se moque de moi en plus, le mec derrière. Je l’entends rire. Ce rire grave, chaud, qui me fait rougir jusqu’aux oreilles. Ce rire qui fait vibrer quelque chose au fond de mon ventre. Un truc chaud. Un truc interdit. Un truc que je ne veux pas reconnaître parce que c’est trop tôt, trop bizarre, trop tout.
— Tu serais pas la nouvelle miss maladroite ? dit-il.
Sa voix. Cette voix. Je la connais. Je l’ai déjà entendue. Mais où ? Dans un rêve ? Dans un souvenir ? Je ne sais pas. Mais elle fait des dégâts. Elle fait des vagues dans mon ventre.
Je lui lance un regard de morte. Une vraie. Le regard de “ferme ta gueule ou je te tue”. Mais mon visage doit être rouge comme une tomate, parce qu’il rit encore plus fort. Ce con ! Il se tient les côtes. Ses yeux brillent. Il est magnifique quand il rit. Bordel, pourquoi il est magnifique ? Pourquoi il est pas moche et méchant ? Ça serait tellement plus simple.
— On va bien s’amuser, toi et moi, dit-il.
Sa voix est plus basse. Plus proche.
Puis il va je ne sais où, ses pas s’éloignant dans le couloir. Il disparaît derrière une porte. Une porte en bois massif. Une porte qui claque doucement.
Non. J’espère jamais le revoir.
C’est juste un type. Un type qui me suit dans les couloirs. Un type qui me fait rire. Un type qui me fait rougir. Un type qui me dit “on va bien s’amuser” avec une voix qui promet des choses interdites.
Je lui fais des doigts d’honneur dans son dos, histoire de me venger un peu. Parce que c’est tout ce que je peux faire. Il se retourne. Panique. Je rougis. Vite. Je fais un cœur avec mes doigts.(pour me rattraper) Il rigole, puis disparaît au bout du couloir.
Je souffle. Je relâche une tension que je ne savais pas avoir. Mon corps tout entier se détend. Mes épaules descendent. Mes mâchoires se déverrouillent. J’expire. Longuement.
— Entrez.
C’est parti pour mon entretien.
J’entre...Ça doit être lui, le PDG. Il me regarde par-dessus ses lunettes.
— Vous êtes engagée, dit-il.
Je le regarde, bouche bée. Comment ça ?
— Sans entretien ? je demande, la voix étranglée.
— Vous l’avez eu, votre entretien avec le patron.
Comment ça ? Mais... QUOI ?!
(chapitre suivant 16h demain)









tres interessant sa promets bcp de chose
Hou là là... Je sens qu'on va encore bien s'amuser ici :3
PDG encore, mais dans une toute autre ambiance. J'aime beaucoup les débuts !
Un grand plaisir de retrouver ton écriture chaude et qui nous fait bien rire en même temps :3
<3