LA COMMANDE AU COSMOS
AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR
Ce livre n’est pas un roman ordinaire. Ce que vous tenez entre vos mains est avant tout une invitation à regarder la réalité autrement, à remettre en question certaines limites que nous avons acceptées sans même nous demander si elles étaient réellement les nôtres.
Depuis des siècles, on nous raconte l’histoire d’Aladdin et de sa lampe merveilleuse. On nous a appris que l’homme n’avait droit qu’à trois vœux, comme si nos possibilités étaient nécessairement limitées et que la vie ne pouvait nous offrir qu’un nombre précis d’occasions avant de refermer définitivement ses portes. Mais si cette limite n’existait pas ? Et si le véritable « Génie » n’était pas enfermé dans une lampe, mais se trouvait plutôt dans cette capacité que nous avons tous de demander, de croire, d’agir et surtout de reconnaître les possibilités qui apparaissent lorsque nous cessons de nous considérer comme prisonniers de notre situation actuelle ?
À travers le parcours de Marc, je vais vous faire découvrir une manière différente de regarder nos désirs et nos ambitions. Trois principes guideront son chemin : savoir précisément ce que l’on souhaite, apprendre à croire en une possibilité avant d’en avoir la preuve et, surtout, avoir le courage d’agir lorsque la bonne occasion se présente.
Que vous appeliez cette force l’Univers, Dieu, votre intuition, votre conscience supérieure ou simplement cette part de vous-même qui refuse d’abandonner, le nom importe finalement moins que ce que vous choisissez d’en faire. Le « Génie » ne dort peut-être pas dans une lampe magique. Il réside peut-être dans cette partie de vous qui ose encore imaginer une vie différente alors que tout, autour de vous, semble vous convaincre que rien ne changera.
Vous découvrirez au fil de ces pages que nos pensées et nos croyances influencent profondément notre manière de percevoir le monde. Elles déterminent ce que nous remarquons, ce que nous osons entreprendre et les occasions que nous sommes capables de saisir. Il ne s’agit pas d’attendre passivement qu’un miracle tombe du ciel, mais de savoir ce que l’on veut, de s’y préparer et d’être suffisamment attentif pour reconnaître les portes qui s’ouvrent lorsque nous commençons enfin à avancer.
Votre souhait n’est pas une garantie. Il est une direction. Et parfois, une direction suffisamment claire peut changer toute une vie.
Alors, avant de commencer, posez-vous simplement cette question : et si vous aviez le droit de demander beaucoup plus que ce que vous avez toujours cru possible ?
Le voyage de Marc commence ici.
Et peut-être que le vôtre aussi.
Stéphane Fortin
Le vieux carnet de cuir reposait au milieu de la table de bois brut, entre plusieurs factures impayées et une pile de lettres de mise en demeure dont les enveloppes froissées semblaient rappeler à Marc, à chaque regard, l’état précaire dans lequel il se trouvait. La lumière grise de la fin de journée entrait difficilement par la fenêtre de son appartement, donnant à la pièce une atmosphère froide et silencieuse.
Marc regarda ses mains. Elles tremblaient légèrement.
Toute sa vie, il avait eu l’impression d’être un spectateur. Il avait toujours cru que la chance était une ressource rare, distribuée avec parcimonie à quelques privilégiés pendant que les autres devaient se contenter de survivre avec ce que le hasard voulait bien leur laisser. Depuis son enfance, on lui avait répété qu’il fallait être réaliste, accepter ses limites et ne pas trop espérer, parce que les grandes réussites appartenaient généralement aux autres.
Il avait fini par le croire.
Plus encore, il avait commencé à penser qu’il n’avait droit qu’à quelques véritables occasions dans une vie et que, s’il les laissait passer, il devait ensuite en accepter les conséquences. L’histoire d’Aladdin et de ses trois vœux lui revenait souvent à l’esprit. Trois occasions seulement. Trois possibilités de changer son destin. Et si ces occasions avaient déjà été gâchées par ses erreurs, ses mauvaises décisions ou les années passées à avoir peur ?
Pourtant, depuis sa rencontre avec le vieil homme la veille, quelque chose refusait de quitter son esprit.
Ils s’étaient rencontrés par hasard dans une ruelle du Vieux-Québec alors qu’une pluie fine transformait les vieux pavés en miroirs sombres. L’homme lui avait parlé avec une assurance étrange, presque déroutante, comme s’il connaissait Marc depuis toujours.
« Le chiffre trois est une invention des hommes pour limiter leur propre peur de l’abondance, mon garçon, lui avait-il dit. Le Génie ne compte pas les grains de sable. Il possède le désert. »
Puis, après un bref silence, il avait ajouté :
« L’Univers n’est pas un juge assis sur un trône. Il est un espace de possibilités. Encore faut-il savoir ce que l’on cherche. »
Depuis cette rencontre, Marc ne cessait de repenser à ces mots.
Il prit finalement son stylo et le fit rouler entre ses doigts. Le poids du métal lui sembla soudain différent. Jusqu’à présent, cet objet n’avait été qu’un instrument parmi d’autres, quelque chose avec lequel il signait des chèques qu’il ne pouvait pas toujours payer. Mais ce soir-là, il représentait autre chose : la possibilité de mettre enfin des mots précis sur ce qu’il désirait réellement.
Marc ouvrit son carnet.
La première étape : demander avec précision
Il comprit alors pourquoi ses anciennes prières et ses souhaits étaient toujours restés aussi vagues. Il avait demandé à être heureux, à avoir davantage d’argent, à ne plus avoir de problèmes. Mais qu’est-ce que cela signifiait réellement ? Ces mots n’avaient aucune destination précise.
Cette fois, il allait essayer quelque chose de différent.
Il ferma les yeux et chercha à dépasser l’image de l’argent. Ce qu’il désirait réellement n’était pas une montagne de billets. L’argent représentait autre chose : la liberté de créer, la sécurité de ne plus vivre avec cette peur permanente du lendemain et la possibilité de consacrer son temps à ce qu’il aimait vraiment.
Peu à peu, une image se forma dans son esprit.
Il se vit assis devant une grande fenêtre donnant sur le fleuve. La lumière de fin d’après-midi baignait la pièce et se reflétait sur une table de bois clair couverte de feuilles, de livres et de carnets. Il imaginait l’odeur du papier neuf, le silence nécessaire pour écrire et surtout cette sensation de paix qu’il n’avait pas ressentie depuis des années.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il écrivit lentement :
« Je demande une vie dans laquelle ma créativité me permet de vivre librement. Je demande un espace de travail face au fleuve, un endroit où je puisse créer, écrire et développer mes projets. Je demande la clarté nécessaire pour reconnaître les occasions qui se présenteront à moi et le courage d’agir lorsqu’elles apparaîtront. »
Il relut plusieurs fois ce qu’il venait d’écrire.
Pour la première fois, son souhait lui semblait différent. Il n’était plus une plainte adressée au hasard. C’était une direction.
Marc posa le stylo et resta quelques instants à regarder la page.
Il ne savait toujours pas comment il allait sortir de ses dettes. Il ne savait pas comment il trouverait cet endroit face au fleuve ni qui pourrait lui offrir l’occasion qu’il attendait depuis si longtemps. Mais, pour la première fois, il avait défini ce qu’il cherchait.
Et peut-être que c’était déjà un début.
La deuxième étape : croire malgré le doute
Le silence de l’appartement fut bientôt interrompu par les pensées qui revenaient à la charge.
Comment cela va-t-il arriver ?
Comment vais-je payer mes dettes ?
Qui voudra encore me donner une chance ?
Et cette maison face au fleuve, où vais-je la trouver ?
Marc sentit son ancienne inquiétude reprendre doucement sa place. C’était toujours ainsi que cela commençait. Une petite question, puis une autre, jusqu’à ce que le doute devienne suffisamment important pour faire disparaître complètement le désir de départ.
Il se rappela alors les paroles du vieil homme.
« Le comment ne t’appartient pas encore. Ton travail consiste d’abord à savoir où tu veux aller. »
Marc eut un léger sourire.
Il comprit qu’il avait passé une grande partie de sa vie à attendre des garanties avant d’oser avancer. Il voulait connaître le résultat avant de faire le premier pas. Il voulait savoir que la porte s’ouvrirait avant même d’avoir posé la main sur la poignée.
Mais cette fois, il décida de faire autrement.
Il n’allait pas prétendre savoir exactement comment sa vie allait changer. Il allait simplement accepter qu’elle puisse changer.
— Je sais que quelque chose va changer, murmura-t-il.
La phrase lui parut presque ridicule lorsqu’il l’entendit dans le silence de la pièce. Pourtant, elle contenait quelque chose qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps : une décision.
Ce n’était pas une certitude magique. Ce n’était pas la promesse qu’un miracle allait se produire avant le lendemain matin. C’était simplement la décision de ne plus considérer son avenir comme définitivement condamné par son passé.
Et parfois, pensa-t-il, une décision suffit pour commencer à transformer une vie.
Le piège de la déception
Marc se leva et alla jusqu’à la fenêtre. La pluie continuait de tomber sur les toits gris de Québec. Rien, absolument rien, n’avait changé depuis qu’il avait écrit sa demande. Son appartement était toujours le même, les factures étaient toujours posées sur la table et son compte bancaire n’avait évidemment pas augmenté par magie.
Pendant quelques secondes, il ressentit une pointe de déception.
Puis il comprit que c’était précisément là que se trouvait le véritable piège.
S’il exigeait immédiatement une preuve pour continuer à croire en son projet, il risquait de renoncer avant même d’avoir commencé. Une idée ne devient pas réalité au moment où elle est imaginée ; elle doit d’abord être suivie d’actions, de rencontres, de décisions et parfois même d’échecs qui conduisent vers une direction différente.
Marc commença donc à envisager son souhait autrement.
Peut-être que le changement ne prendrait pas la forme qu’il imaginait. Peut-être que l’occasion arriverait par une personne qu’il ne connaissait pas encore, par un projet auquel il n’avait jamais pensé ou même par une porte qui se fermerait pour l’obliger à en pousser une autre.
Il n’avait pas besoin de connaître chaque étape.
Il devait simplement rester attentif.
La troisième étape : recevoir et agir
L’Univers, pensa Marc, n’allait probablement pas faire tout le travail à sa place.
Recevoir ne signifiait pas rester assis à attendre qu’un miracle apparaisse. Cela signifiait être suffisamment attentif pour reconnaître les possibilités lorsqu’elles se présenteraient et suffisamment courageux pour agir lorsqu’elles apparaîtraient.
Le vieil homme avait appelé cela « les murmures du Génie ».
Marc comprenait maintenant ce qu’il voulait dire.
Ces intuitions que l’on ignore parfois parce qu’elles nous obligent à sortir de notre zone de confort. Ces idées que l’on repousse pendant des années. Ces rencontres inattendues qui semblent insignifiantes sur le moment et qui, avec le recul, prennent une tout autre importance.
Il resta quelques instants immobile devant la fenêtre lorsqu’une idée lui traversa soudainement l’esprit.
Un ancien projet.
Une idée qu’il avait abandonnée plusieurs années auparavant parce qu’il avait jugé qu’elle était irréaliste.
Puis un nom lui revint en mémoire : celui d’un ancien associé qu’il n’avait pas osé contacter depuis longtemps.
Marc sentit immédiatement cette vieille résistance apparaître.
Il savait pourquoi il n’avait jamais appelé cet homme. Il avait peur du rejet. Peur qu’il ne se souvienne même plus de lui. Peur d’entendre qu’il n’avait plus rien à lui proposer.
Mais cette fois, il se demanda ce qui était réellement le plus dangereux : recevoir un « non » ou continuer à vivre exactement comme il l’avait toujours fait.
Il se leva, prit son téléphone et retrouva le numéro.
Son doigt resta quelques secondes au-dessus de l’écran avant qu’il ne se décide enfin à appuyer.
La sonnerie retentit dans le silence de l’appartement. Marc sentit son cœur accélérer tandis qu’il attendait une réponse, conscient qu’il venait peut-être de faire quelque chose de beaucoup plus important qu’un simple appel. Il venait de choisir l’action plutôt que la peur.
Lorsque quelqu’un décrocha enfin, Marc inspira profondément.
— Allô ?
Il ferma les yeux un bref instant avant de répondre.
Le premier pas venait d’être fait.
Après avoir raccroché, Marc resta debout au milieu de la pièce, son téléphone encore dans la main. Il ne savait pas ce que cet appel allait produire. Peut-être rien. Peut-être une nouvelle déception. Peut-être, au contraire, une possibilité qu’il n’aurait jamais rencontrée s’il était resté assis à attendre.
Mais pour la première fois depuis longtemps, cette incertitude ne lui faisait plus peur.
Il retourna vers la table, referma son carnet et le glissa dans la poche intérieure de sa veste. Le cuir froid contre sa poitrine lui rappela la raison pour laquelle il avait commencé tout cela.
Le processus n’était pas lancé parce qu’un miracle venait de se produire.
Il était lancé parce que Marc avait enfin décidé de participer à sa propre vie.
Il comprit alors que le Génie n’avait peut-être jamais été prisonnier d’une lampe. Peut-être avait-il toujours été présent, silencieux, derrière les peurs, les habitudes et les limites que Marc avait lui-même accumulées au fil des années.
Il suffisait peut-être simplement d’oser demander, puis d’avoir le courage d’écouter la réponse.
Et surtout, d’agir lorsqu’elle se présentait.
Marc sourit en regardant une dernière fois les factures sur la table. Elles n’avaient pas disparu, mais elles ne semblaient plus aussi imposantes qu’une heure auparavant.
Il savait désormais qu’il n’avait pas besoin de trois vœux pour changer sa vie.
Il avait besoin d’une direction, de courage et de la volonté de recommencer chaque fois que nécessaire.
Le premier vœu venait d’être formulé.
Le véritable voyage, lui, ne faisait que commencer.

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