PROLOGUE
Ma tête me faisait affreusement mal.
Je roulai sur le dos dans une petite plainte tandis que mon regard se porta sur le plafond. J’observai les étoiles fluorescentes qui y étaient collées, un cadeau de ma mère pour avoir été sage lors d’une visite chez le médecin. Sauf qu’à les voir luire ainsi, je réalisai, avec effroi, que ma chambre était plongée dans l’obscurité. Cela me fit battre plusieurs fois des paupières avant que je ne change de position pour pouvoir me remettre sur mes pieds. Ce qui s’avéra plutôt laborieux, ma tête tournait et mes jambes étaient faibles.
Des souvenirs me revinrent alors en mémoire pendant que je piétinais maladroitement jusque dans le couloir, la porte étant restée ouverte.
Mon père était arrivé cet après-midi, hors de lui, et s’était mis à faire mal à maman. Elle hurlait et le suppliait d’arrêter, sauf qu’il ne l’écoutait pas, il frappait encore et encore, répandant du sang sur le sol et les surfaces les plus proches. Ce n’était pas quelque chose qu’une enfant de sept ans devait voir. Sinon, pourquoi on ne me laissait pas regarder les films où il se passait ce genre de choses ? J’avais voulu intervenir, mais il m’avait giflée si fort que j’étais tombée sur le sol en un instant. Il m’avait ensuite traînée jusqu’à ma chambre. Il n’avait pas été doux, ce qui m’avait poussé à crier et me débattre.
Puis il m’avait jeté dans la pièce et une vive douleur m’avait vrillé le crâne après un impact trop violent. J’étais visiblement tombée inconsciente pendant des heures, puisque la nuit était bien installée. Est-ce que maman allait bien ? Et où était papa ? Avait-il quitté la maison ? Je ne pouvais que l’espérer, je ne voulais pas me retrouver à nouveau face à face avec lui. Surtout s’il était en colère. Dans ces moments, je ne reconnaissais plus mon père, il semblait se transformer en monstre. Un comme ceux qu’on me disait cachés sous mon lit, ou dans mon placard, qui viendrait m’enlever si je ne me couchais pas sagement le soir.
Mes pas me menèrent jusqu’à la cuisine, à l’étage inférieur, où c’était allumé. Je me statufiai à l’entrée de celle-ci. Ne m’attendant pas à la scène qui se jouait à seulement quelques mètres de moi. Papa était assis sur une chaise – je le reconnus à son pantalon – et un autre homme, en costume noir, le frappait comme il avait frappé maman plus tôt dans la journée. Sauf qu’il y avait bien plus de sang dans la pièce maintenant. Le sol en était recouvert, la table aussi, même le plan de travail. Et l’odeur… elle était horrible ! Elle me tordait l’estomac et me donnait envie de vomir. J’aurais souhaité couvrir mon nez à l’aide de ma main, mais j’étais tout bonnement incapable de faire le moindre geste. Mon regard restait braqué sur cet homme qui n’avait pas encore remarqué ma présence. Le seul bruit qu’on entendait était celui des coups, rien d’autre. Je pouvais voir ses poings rougis par le sang se lever en direction du plafond pour retomber contre le corps juste en dessous, encore et encore. Des gouttes de sang s’envolèrent et, certaines d’entre elles, vinrent s’écraser sur ma joue et même ma bouche entre -ouverte. Le goût du sang se déposa, pour la première fois, sur ma langue.
Qui était cet homme ? Il ne me disait rien, je connaissais le peu de proches qu’avait ma mère. Alors comment était-il entré chez nous ?
— Tu devrais t’arrêter, vous n’êtes pas seuls, intervint une voix de femme derrière moi.
Je tressaillis au moment où sa main se posa sur mon épaule, m’arrachant à ma transe. Je levai le nez en direction de l’inconnu pour voir une femme afro-américaine, vêtue d’un grand manteau noir, très belle. Son regard sombre était aussi braqué sur moi alors que son visage n’exprimait rien. Le bruit des coups cessa enfin et l’homme en costume se retourna pour nous faire face.








