Chapitre 1- Le discours
Je n'aurais jamais dû être choisie.
Et pourtant, dans deux semaines, je vais entrer à Eidolon.
L'académie qui fabrique des héros...
ou qui les détruit.
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Me voilà de nouveau dans le bureau de mon père.
J'ai l'impression d'avoir vécu cette scène des centaines de fois.
Derrière son bureau massif, il parle. Encore.
Sa voix coule sans interruption, monotone, presque mécanique. Je pourrais réciter son discours à sa place.
Dans à peine deux semaines, je serai à l'Académie d'Eidolon.
L'Académie des héros. L'élite.
Et moi... je n'ai rien à faire là-bas.Pendant que certains s'entraînaient toute leur vie pour devenir des héros, moi, je lisais. J'apprenais. Je faisais tout ce qu'on attendait de la fille parfaite du grand général.
Rien de plus.
- Nyxia, tu m'écoutes ?
Je sursaute légèrement.
- Oui, bien sûr.
Je croise les bras sans même m'en rendre compte.
- Alors qu'est-ce que je viens de dire ?
Je fais mine de réfléchir, puis plante mon regard dans le sien.
- Sûrement le même discours que d'habitude. Quelque chose comme : tu devrais être honorée d'étudier avec l'élite pour défendre ta patrie contre les Fléaux.
Ou encore : entraîne-toi, sois la meilleure, et prouve que tu es ma fille.
Un silence tombe.
- Nyxia... dit-il, d'un ton sec.
- Quoi ? C'est pas la vérité ?
Ma voix claque plus fort que prévu.
- T'oublies juste un détail: je ne suis pas forte. Je ne sais pas me battre. Et je n'ai aucun pouvoir.
- Oh, Nyxia, sérieusement...
- Et pourtant, on a déjà eu cette conversation. Des centaines de fois.
Son regard se durcit.
- Il n'y a pas que les capacités spéciales qui comptent. Tu devrais être la mieux placée pour le savoir.
Oui. Bien sûr.
J'aimerais y croire.
Mais il détourne le regard.
Et ça suffit.
Je me lève brusquement.
Rester ici à écouter ses mensonges me donne la nausée.
Le fauteuil grince derrière moi tandis que je me dirige vers la porte.
- Tu y arriveras, Nyxia. Tu n'es pas ma fille pour rien.
Je m'arrête une fraction de seconde.
Pas sa fille pour rien.
C'est censé me rassurer, non ?
Moi, ça me rappelle juste à quel point je suis loin de lui ressembler.
Je pose la main sur la poignée.
- Espérons.
Je sors sans me retourner.
La porte se referme dans un cliquetis sec.
Le couloir s'étend devant moi.
Aujourd'hui, il me paraît plus long.
Plus étroit.
Plus hostile.








