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Summary

Dans un lycée, un jeu du pendu apparaît sans explication. Pensant à une blague, les élèves s’amusent. Ils proposent des lettres, rient, effacent, recommencent. Mais très vite, chaque erreur ajoute un nouveau trait au dessin. Une tête. Un bras. Une corde. À mesure que le dessin se complète, l’ambiance change. Les rires s’éteignent. Les regards se détournent. Et même s’ils l’effacent, il revient le lendemain. Quelque chose semble attendre la dernière erreur.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

La sonnerie du dernier cours de la journée retentit dans le lycée de Serebryany Bor. Le bâtiment, moderne et vitré, reste pourtant froid. Dans le hall, le sol en marbre clair contraste avec les murs gris, eux aussi trop clairs. Sur ces murs s’alignent les tableaux d’honneur de chaque classe : les visages, les noms, les notes. Certains professeurs appellent ces affiches le tableau des Élites.

La classe la plus prestigieuse, c’est la 10A.

Les élèves qui s’y trouvent viennent de familles influentes, puissantes. Ils rappellent sans cesse aux autres qu’ils leur sont supérieurs. Et si un lycéen ose leur tenir tête, il finit exclu.

Ici, la hiérarchie est une loi naturelle.

Quand la porte de la salle 2B s’ouvre, une odeur de craie humide s’en échappe. Olga remarque immédiatement que le tableau a été effacé. Ou plutôt : que quelqu’un a essayé.

Des traces de tirets, des formes de lettres, pâles, obstinées, semblent refuser de disparaître. Olga s’installe à sa place pendant que le professeur attrape le tampon pour effacer correctement la surface. Le silence tombe.

Le cours commence dès qu’il écrit le sujet du jour : l’analyse du livre "Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov.

Sofia, Vassili et elle soupirent. Aucun d’eux n’a eu le temps de le lire : ils étaient à Bali, et ils avaient mieux à faire que de s’encombrer d’un roman russe.

Le professeur pose le marqueur bleu sur son bureau et attend le silence. Olga remarque que les deux intellos sont les seuls à être concentrés. Comme d’habitude. Sasha, avec ses cheveux blonds polaires attachés en queue de cheval, ses mèches rebelles sur son visage enfantin et ses yeux bleus impassibles, attire toujours son regard. Si elle avait l’occasion de se le faire, elle n’hésiterait pas une seule seconde.

— Olga, l’interpelle le professeur, au lieu de baver sur Sasha, ce serait bien de regarder le tableau.

La classe éclate de rire. Elle lui fait un doigt d’honneur. Il se tait et reprend le cours.

Un détail change sur le tableau. Plusieurs tirets apparaissent un à un. Olga arque un sourcil, regarde autour d’elle : personne ne semble les voir. Quand elle se retourne vers le tableau, tout a disparu.

Encore un con qui s’amuse avec une technologie quelconque.




Quand la sonnerie retentit pour la fin des cours, tout le monde se lève. Olga pousse sa chaise en faisant exprès de faire grincer les pieds. Masha, la seconde intello, tourne la tête, gênée par le bruit.

— Qu’est-ce que t’as, la pouilleuse ? lance Olga. Un problème ?

Masha détourne le regard sans répondre.

— Je préfère, renchérit-elle.

Elle rejoint ses amis, qui rient après avoir assisté à la scène. Le lycée se vide peu à peu. La voiture de son chauffeur personnel se gare devant elle. Elle monte.

— Mademoiselle a passé une bonne journée ? demande-t-il.

— Oh putain, non. Ennuyante, souffle-t-elle.

Il ne répond rien et démarre.




La voiture se gare sur le parking privé de la propriété. La façade de la maison est en verre fumé et en béton clair. Le chauffeur lui ouvre la porte. Elle récupère son sac et entre.

À l’intérieur, tout est blanc, gris, beige. Le sol en marbre est si poli qu’elle voit son reflet dedans.

Aucune photo d’elle ou de sa famille. Seulement des diplômes, des trophées, des certificats.

La réussite comme décoration. La perfection comme religion.

— Bonjour Olga, dit sa mère en s’approchant.

Une petite femme à la silhouette frêle, les cheveux tirés en un chignon strict, le regard froid. Olga l’a rarement vue sourire.

— Bonjour, mère, répond-elle.

La discussion s’arrête là. Elle monte dans sa chambre. Le lit est tiré au cordeau, les livres classés par couleur, le bureau impeccable.

Parfois, elle laisse exprès un cahier dépasser d’un tiroir pour embêter les domestiques, pour qu’elles se fassent engueuler. Ici, la moindre erreur est une faute. Et la moindre faute, une honte.

Alors qu’elle défait ses affaires, elle réalise qu’elle a oublié son téléphone portable. Inacceptable. Elle sans portable ? Impensable. Elle soupire et redescend. Sa mère n’est plus là. Elle va voir son chauffeur.

— Ramenez moi au lycée, ordonne-t-elle. J’ai oublié mon téléphone.

Il ne discute pas. Il n’a pas intérêt. Et si sa mère lui demande pourquoi elle est retournée au lycée, elle répondra qu’elle a oublié un livre. L’excellence avant les loisirs. Les notes avant les réseaux sociaux.




Devant le lycée, elle se dépêche d’aller voir le gardien. Il semble surpris.

— Mon téléphone est ici, dit-elle.

— Le lycée est fermé, vous le voyez, non ? répond-il.

— Mon téléphone est ici et je veux le récupérer, répète-t-elle plus froidement.

Il arque un sourcil.

— Dix putain de minutes, renchérit-elle. Ça ne va pas vous tuer.

Il lève les yeux au ciel et ouvre la porte.

— Dix, rappelle-t-il.

Elle ne répond rien et se précipite vers sa classe. Elle ouvre la porte, allume la lumière et voit son portable sur son bureau. Elle le récupère puis sursaute en entendant la porte se refermer brutalement.

Un chuchotement grinçant vient du tableau. Elle tourne la tête. Le marqueur trace plusieurs tirets.


_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _


Onze.

Elle regarde autour d’elle. Une blague ? Un connard caché quelque part ?

— Tu veux jouer ? On va jouer, soupire-t-elle. E.

Le marqueur reste immobile puis glisse sur le côté et dessine un trait vertical et horizontal.

Elle s’approche, récupère le marqueur, cherche ce qui peut le manipuler.

— A.

Le marqueur s’arrache de sa main et inscrit la lettre.


_ _ _ _ _ A _ _ _ _ _


— Putain, c’est quoi ces conneries ? râle-t-elle.

— U ?

La lettre s’inscrit.


_ _ U _ _ A _ _ _ _ U


Elle lève les yeux au ciel.

— B ? D ? F ?

Le pendu commence à se dessiner.

Olga écarquille les yeux. Trois mauvaises lettres, trois nouveaux traits.

— I ?

Un nouveau trait. Ça la gonfle. Elle regarde l’heure : les dix minutes sont passées. Elle se dirige vers la porte qui ne s’ouvre pas. Elle tape dessus, appelle le gardien.

Aucune réponse.

— Fais chier ! grogne-t-elle.

Elle se tourne vers le tableau, furieuse.

— J’en sais rien, putain ! G ? H ?

Le pendu est complet. Rien ne se passe. La porte reste fermée. Elle force, frappe, hurle.

Rien.

Les néons se mettent à clignoter.

— C’est quoi encore ce bordel… maugrée-t-elle.

La lumière s’éteint. Quelque chose touche son cou, elle crie en sursautant, pose sa main sur sa nuque et se rend compte qu’un objet se trouve autour, non pas un collier, pas une écharpe…

Une corde.

Elle tente de s’en défaire mais plus elle lutte, plus la corde se serre. Ses pieds ne touchent plus le sol.

— A l’aide ! crie-t-elle.

Personne.

— Pitié ! Arrêtez ! supplie-t-elle.

La corde se serre, encore et encore. Son souffle ralentit, le manque d’air l’empêche de parler. Ses yeux se révulsent, ses forces l’abandonnent, son corps finit par lâcher. Alors que les néons arrêtent de clignoter et qu’Olga est pendue. Les dernières lettres du jeu apparaissent.


VOUS M'AVEZ VU.

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