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PROJECT G.H.O.S.T. - FLASHPOINT

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Summary

Une mission de sauvetage au Mali tourne au désastre et laisse Noah Ness seul survivant de son équipe. De retour en France, il cherche des réponses que personne ne semble disposé à lui donner. Alors que l’armée l’écarte définitivement du service, une organisation clandestine dont il n’a jamais entendu parler lui propose une seconde chance. En acceptant, Noah découvre un monde où les opérations n’existent pas, où les succès restent secrets et où certaines vérités sont suffisamment dangereuses pour qu’on préfère les enterrer. Mais plus il s’approche de la vérité, plus il comprend que ce qui s’est passé au Sahel n’était peut-être que le début.

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 Protocole Blackout Partie 1

Le détachement avait été inséré à 22 h 10, à onze kilomètres au sud de l’objectif, par un Caracal qui n’était resté au sol que le temps de les laisser sauter. Depuis, les huit hommes montaient vers le nord à pied, dans le lit d’un oued asséché. Quatre heures de marche. Le sable avait laissé place à la rocaille, et la rocaille étouffait les pas mieux que le sable, ce qui valait toutes les consignes de silence du monde.

Noah Ness ouvrait la marche, dix mètres devant la colonne. À travers ses jumelles de vision nocturne, le terrain n’était plus qu’une étendue verte et plate, sans relief, où il fallait deviner les creux au lieu de les voir — un sol qu’on lisait avec la plante des pieds autant qu’avec les yeux. Il avançait par bonds courts, marquait un arrêt à chaque couvert, écoutait. Le vent dans les acacias. Le craquement d’une roche quelque part, qui refroidissait après la chaleur du jour. Rien d’autre. C’était ce rien qu’il surveillait, plus encore que le reste : il avait appris depuis longtemps qu’un terrain trop muet finissait toujours par dire quelque chose.

La voix du capitaine Brunel lui parvint dans l’oreillette, basse, à peine modulée.

« Sierra Un à Sierra Trois. Distance. »

« Trois. Six cents mètres. Rien à signaler. »

« Reçu. On garde le rythme. »

Ils étaient huit, et Noah aurait pu reconnaître chacun à sa seule façon de respirer dans la nuit. Brunel marchait en troisième position, là d’où il voyait tout sans rien ralentir. Derrière, Lasalle, son adjoint, le plus ancien, qui parlait peu. Puis Keller, et Messaoud — l’infirmier, que tout le monde appelait Doc — et Vidal, qui portait le poste radio et la liaison avec l’arrière. Rivière fermait le dispositif d’assaut. Perez, le tireur de précision, restait toujours un peu en retrait, à chercher le point haut d’où couvrir les autres.

L’objectif tenait en un nom de code : Castor. Un ingénieur français, enlevé trois jours plus tôt, qu’une source unique situait dans le bâtiment central d’un ancien hameau du nord-est du Mali. La garde était annoncée légère. L’information n’avait pas été recoupée ; elle était cotée probable, ce qui, dans la bouche de ceux qui les avaient briefés, voulait dire qu’on espérait. Faute de mieux, on était parti dessus.

À trois cents mètres, l’oued débouchait au pied d’une butte coiffée du hameau : six ou sept bâtisses de pierre sèche et de banco, serrées autour d’une placette. Brunel arrêta la colonne d’un geste. Les hommes mirent un genou à terre.

« Phase d’approche. Trois et Six en reconnaissance, le reste en couverture. »

Perez se détacha vers la droite, vers un épaulement rocheux qui dominait le hameau. Noah continua seul.

Il sentit l’odeur avant de voir l’homme : du tabac, et plus bas, en dessous, une odeur de feu éteint, de cendre refroidie. Quelque part on avait fait cuire quelque chose et on avait laissé mourir les braises. Puis il distingua la sentinelle, à quarante mètres, adossée à un mur, l’arme en bandoulière, la braise d’une cigarette qui montait et descendait au rythme de sa main.

« Trois à Un. Une sentinelle, façade nord. Isolée. Demande l’autorisation. »

« Autorisé. Au couteau. »

Noah posa son arme contre une roche et dégagea son couteau. Il contourna la position par la gauche, hors du champ de l’homme, et couvrit les dix derniers mètres lentement, le poids reporté sur l’avant des pieds. Le mur, sous sa main libre, était en banco — une terre crue, granuleuse et fraîche, qui s’effritait un peu au contact. Il enregistra la sensation sans y penser, comme on enregistre tout, et passa à l’acte : main gauche sur la bouche et le nez, traction de la tête en arrière, la lame sous la clavicule, deux fois. L’homme se raidit, puis pesa. Noah le retint et l’allongea contre le mur. La cigarette était tombée dans le sable. Il l’écrasa du pied, et l’odeur de tabac s’éteignit avec elle.

« Sentinelle neutralisée. Passage nord ouvert. »

« Reçu. On vous rejoint. »

Le détachement se reforma à l’abri du premier bâtiment. Brunel les maintint groupés pour l’approche finale.

« On reste ensemble jusqu’au bâtiment central. Perez, tu tiens le surplomb. »

« Six, reçu. Je vous couvre. »

Ils franchirent la placette en bon ordre et se constituèrent en file contre la porte du bâtiment central. Noah l’examina : bois plein, gonds à gauche, ouverture vers l’intérieur. Il posa la main à plat dessus une seconde, par habitude, pour sentir si elle jouait. Elle était lourde, bien ajustée. Il fit signe qu’il était prêt.

« On entre. Identification formelle avant toute action. Je veux Castor vivant. »

Ils dégagèrent le bâtiment pièce par pièce, en bloc.

« Pièce une, vide. »

« Pièce deux, rien », dit Keller.

« La salle du fond. C’est là qu’il est censé être. »

Noah ouvrit la dernière porte, entra, arme haute.La pièce était immense mais vide. Des nattes au sol. Deux jerricans. Un réchaud, dans l’angle. Mais Personne.

Il s’approcha du réchaud posa le dos de la main au-dessus. Tiède. On avait cuisiné là il y avait peu, une heure, moins peut-être. Quelque chose se contracta dans sa poitrine, une longueur d’avance de son corps sur sa pensée, et il lui fallut une seconde pour mettre une pense dessus : ils étaient partis à temps.

Le reste du groupe l’avait rejoint. Brunel balaya la salle du regard.

« Vide », dit Noah. « Pas de Castor, ils viennent probablement de partir. »

« Combien de temps ? »

« Une heure. Moins. »

Brunel ne discuta pas. « Sierra Un à tous, on décroche. Repli immédiat par le nord, ordre inverse de l’entrée. Vidal, préviens Sabre qu’on—»

Le premier coup partit à cet instant.

Il vint de la façade est, d’une fenêtre haute, et frappa le mur au-dessus de la porte. Une seconde plus tard, le feu vint de partout : les fenêtres des bâtiments est et ouest, et une position en surplomb sur la butte. Pas le tir désordonné d’une garde surprise. Un feu croisé, réparti, qui couvrait la placette et les abords du bâtiment. Tout le hameau leur tirait dessus à la fois.

« À couvert ! » cria Brunel.

Ils se jetèrent où ils purent. Noah et Keller derrière l’encadrement, contre le mur épais de la façade ; Brunel et Messaoud à l’intérieur, contre la cloison ; Lasalle, Rivière et Vidal au ras du muret bas qui bordait la placette. Le bruit avalait tout — des dizaines d’armes, en rafales, qui décrochaient ensemble.

Noah répliqua le premier, vers les fenêtres de l’est.

« Vidal, Sabre, la QRF, tout de suite ! » hurla Brunel.

Vidal, plaqué derrière le muret, manipulait son poste. « J’appelle ! Sabre, ici Sierra, unité au contact, demande appui et réaction immédiats sur—» Il s’arrêta, recommença. « Capitaine, j’ai plus rien, c’est brouillé, toutes les bandes, on nous brouille la liaison avec l’arrière ! »

« Continue ! »

« Ça passe pas, il y a—»

Vidal n’alla pas plus loin. Une rafale prit le sommet du muret. Il bascula sur le côté et ne bougea plus, le poste encore dans les mains. Noah le vit tomber, à douze mètres, et n’eut pas le temps d’en faire autre chose qu’un fait.

« Vidal est touché ! » cria Rivière.

« Laisse-le, tu peux rien faire, tire ! » répondit Lasalle.

Perez, depuis le surplomb, traitait les positions hautes. Sa voix coupait le fracas à intervalles réguliers. « J’en ai un sur la butte. Deuxième. Ils sont une vingtaine au moins, capitaine, ils sont partout au-dessus de vous—» Une longue rafale recouvrit le reste. Le fusil de Perez se tut. « Six, je suis pris à partie, je—» La transmission s’arrêta. Brunel le rappela deux fois. Pas de réponse. Au-dessus d’eux, plus personne ne couvrait.

« Perez est tombé », dit Keller, à plat, en rechargeant.

Le feu se concentra sur le muret, où Lasalle et Rivière étaient les plus exposés. Rivière tenta de se replier vers la porte par bonds. Il en fit un. Au deuxième, il fut touché aux jambes et tomba en terrain découvert, à mi-chemin.

« Rivière est au sol ! Sur la placette ! » Messaoud l’avait vu depuis l’intérieur. « Je vais le chercher ! »

« Doc, non—»

Messaoud était déjà sorti. Il couvrit la moitié de la distance avant qu’une rafale le prenne de flanc. Il tomba à deux mètres de Rivière. Ni l’un ni l’autre ne bougea. Noah vida son chargeur vers la fenêtre d’où le tir était parti, sans savoir s’il touchait quoi que ce soit, et se baissa pour recharger. Ses mains faisaient le geste seules, et c’était heureux, parce que sa tête, elle, avait pris un temps de retard sur tout.

Ils n’étaient plus que quatre.

« Lasalle, replie-toi sur nous ! Keller, tu le couvres ! »

Keller se redressa pour couvrir la course. Lasalle quitta le muret, courut, atteignit la porte. Keller resta une demi-seconde de trop au-dessus de son couvert. Il fut touché à la poitrine, retomba en arrière à l’intérieur, et Noah, à un mètre de lui, n’eut pas besoin de se pencher pour savoir.

Quatre, puis trois. Puis deux. Lasalle, à peine arrivé contre la cloison, reçut une balle qui passa par l’embrasure près de laquelle il s’était posté. Il glissa au sol sans un mot.

Il ne restait que Brunel et Noah.

Ce fut dans cette séquence, sans qu’il pût dire à quel moment, que Noah fut touché. Il ne le comprit pas tout de suite. Il sentit d’abord un choc bas, au-dessus de la hanche droite, sourd, et il continua de tirer parce que ça ne l’empêchait pas de tirer. C’est en portant la main au flanc, deux secondes plus tard, et en la ramenant chaude et poisseuse, qu’il sut. Il ne s’attarda pas. Savoir ne changeait rien à ce qu’il avait à faire.

Brunel se rapprocha en restant sous la ligne des fenêtres. Les deux hommes se retrouvèrent côte à côte contre le mur du fond. Aucune réponse ne venait plus du reste du détachement, pour la raison qu’il n’y avait plus de reste.

Brunel parla vite, d’une voix égale, sans cesser d’observer la porte par-dessus son arme.

« Ness. Le renseignement était faux, la liaison est brouillée, personne ne viendra à temps. On tiendra pas cette position à deux. »

« On les retient et on attend que—»

« On attend rien. Y a plus personne pour venir. » Brunel changea de chargeur sans regarder ses mains. « Il y a une issue à l’arrière, par la pièce du fond. Tu la prends. Je te couvre. »

« Négatif. Je vous laisse pas. On sort ensemble ou pas. »

« On peut pas sortir ensemble. Si on bouge tous les deux, ils nous prennent dans la seconde. Il en faut un qui tienne le feu pendant que l’autre passe. »

« Alors c’est moi qui tiens. »

« Non. » Brunel le regarda une fraction de seconde, puis revint à la porte. « Tu es plus jeune, plus rapide, et tu es moins gravement touché que tu le crois encore. Tu as une chance. Pas moi. »

« Capitaine—»

« Ness. » La voix ne monta pas, mais quelque chose dedans changea de nature. « C’est pas une discussion. C’est un ordre. Tu dégages par l’arrière, et tu rapportes ce qui s’est passé ici. Je pense que quelqu’un nous a vendus. Il faut que quelqu’un soit en vie pour le dire. C’est toi, maintenant. C’est ton boulot. »

Noah le regarda une dernière fois. Brunel s’était déjà détourné, calé contre le mur, l’arme vers la porte, prêt à attirer sur lui tout ce qu’il pourrait.

« Au prochain rechargement d’en face, tu pars. Je te le dirai. »

Le feu marqua un creux — plusieurs armes rechargeant ensemble.

« Maintenant. »

Brunel se redressa et ouvrit le feu vers la placette. Noah partit vers l’arrière du bâtiment.

Il atteignit la porte du fond en trois enjambées. Derrière lui, le feu de Brunel avait repris, plein, continu. Noah ne se retourna pas. Il aurait pu, et il ne le fit pas, et il sut en franchissant le seuil qu’il vivrait avec ce choix.

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