Prologue
En 1972, j’habitais le village de Challet. Ma vie, là-bas, était des plus simples. Le matin, je partais tôt, vers 7 h, pour aller travailler à la mairie de Tout-le-Monde. Je rentrais généralement assez tard, vers 19 h. Heureusement, à l’époque, j’avais une vieille voiture Peugeot bleu ciel qui réduisait considérablement le temps de trajet à quinze dix minutes.
Une fois à la maison, j’aimais me détendre quelques minutes sur mon canapé, à lire les derniers magazines sortis dans le mois. Je dînais vers 20 h 30 et, à 21 h, je sortais promener mon chien, un berger allemand bien dressé.
C’était un samedi matin des plus agréables même si je n’avais normalement pas besoin de me rendre à Tout-le-Monde, j’avais eu une forte envie d’y aller. Après avoir mangé, je sortis afin de digérer. Le ciel était beau, d’un bleu pur, et les oiseaux chantaient en chœur. Moi, j’étais là, au milieu de tout cela, à profiter de cette atmosphère paisible. Pour une fois, je décidai d’aller sur la place, où la grande fontaine trônait en son centre, afin de formuler un souhait : « Que ce quotidien merveilleux ne finisse jamais. » D’habitude, j’évitais cet endroit, car le samedi, les gens venaient marchander leurs produits, et il y avait souvent beaucoup trop de monde, ce qui perturbait le calme dont j’avais besoin.
Mais, étrangement, un silence planait au-dessus de la place. Seule une mélodie douce et agréable se faisait entendre. Ma curiosité me poussa à accélérer le pas, et j’allai voir d’où venait ce son inconnu. Près de la fontaine, un barde se tenait là. Il tenait dans sa main droite une lyre et pinçait de sa main gauche les fils nacrés.
Tout d’abord, une réflexion me traversa l’esprit : « Un barde en 1972 ? Étonnant ! » De sa voix aiguë, il chantait en latin. Quelques enfants l’écoutaient, émerveillés, et une boîte posée à ses pieds contenait des marguerites, offertes par ces derniers en gage de remerciement.
J’en oubliai mon souhait et y déposai moi aussi une pièce, au milieu des fleurs. Le barde s’arrêta. Je voulus d’abord lui dire de continuer, mais il me devança : « Merci, monsieur... Que le vent emporte vos peines et que les jours vous soient légers.»
Et il se remit à chanter en latin. Je n’en comprenais pas les paroles, mais la mélodie suffisait à me plonger dans une douce nostalgie.
Il s’interrompit une seconde fois et me dit :« Souhaiteriez-vous entendre une histoire merveilleuse ? Vous seriez tellement intrigué et captivé par son récit que vous auriez l’impression d’y être vous-même. Et quand elle sera terminée... eh bien, vous verrez. »
Sa proposition était tentante, mais quelque chose me troublait. Pourquoi refusait-il de me dire ce qui se passerait à la fin ? Il remarqua mon expression méfiante et se mit à sourire en plaisantant :« Vous êtes bien Challettois ! »
Je m’exclamai :« Comment pouvez-vous savoir que je viens de Challet, alors que nous sommes ici, à Tout-le-Monde ? »
Il reprit calmement :« Vous comprendrez en écoutant mon histoire. Et puis, si j’étais louche, ne sommes-nous pas sur une place normalement peuplée le samedi après-midi ? Si je faisais quelque chose de bizarre, même ces enfants ici présents le remarqueraient. »
Ces mots suffirent à baisser ma garde. Je m’assis sur un coussin posé à même le sol. Il commença alors son récit, et je fermai les yeux.








