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Pudeur Fauve

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Summary

Hana Han n’a jamais eu le temps de vivre. Orpheline, seule avec sa grand-mère malade, elle a toujours avancé sans regarder derrière elle : travailler, réussir, survivre. À vingt-cinq ans, elle pense avoir enfin trouvé une chance de reprendre le contrôle de sa vie en devenant l’assistante du puissant président Park. Mais un piège la fait basculer dans un monde qu’elle n’aurait jamais dû approcher. Un monde sombre, dangereux, où le désir devient une faiblesse et la honte une addiction. Hana voulait seulement sauver ce qu’il lui restait. Elle risque d’y perdre la seule chose qu’elle croyait encore posséder : elle-même.

Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1



Le voyant rouge au-dessus de la salle d’opération restait allumé depuis des heures.

Je ne savais même plus depuis combien de temps j’étais assise là, sur cette chaise en plastique trop dure, les mains serrées autour de mon téléphone.

Autour de moi, les infirmières passaient, les portes s’ouvraient, se refermaient, des familles murmuraient entre elles.

Moi, je n’avais personne à appeler.



Derrière cette porte, il y avait ma grand-mère.

La seule personne qui m’attendait encore quelque part. La seule qui avait continué à me préparer du riz quand je rentrais trop tard, à me gronder quand je sautais les repas, à sourire comme si ma réussite suffisait à effacer toutes les années difficiles.

Je baissai la tête, les yeux brûlants.

— S’il te plaît… ne me la prends pas aussi.

Mes parents étaient morts quand j’avais huit ans.

Après ça, mes grands-parents m’avaient élevée comme si j’étais leur dernière raison de tenir debout.

Ils s’étaient privés de tout pour que je puisse étudier, entrer dans une grande école, décrocher un poste stable.

Mon grand-père n’avait pas vécu assez longtemps pour me voir diplômée.

Alors j’avais continué pour lui.

Pour elle.

Pour cette promesse silencieuse que je m’étais faite le jour de son enterrement : ne jamais devenir un poids, ne jamais échouer, ne jamais leur faire regretter leurs sacrifices.

À vingt-cinq ans, j’étais devenue exactement ce que tout le monde appelait une employée modèle au groupe Park.

Ponctuelle. Sérieuse. Discrète.

Et complètement incapable de sauver la seule personne qui me restait.




La porte s’ouvrit enfin.

Je me levai si vite que mes jambes faillirent céder.

Le chirurgien retira son masque, le visage marqué par la fatigue.

— L’opération s’est bien passée.

Pendant une seconde, je ne compris même pas.

Mon corps resta bloqué, comme s’il refusait de croire à une bonne nouvelle.

— Elle est… vivante ?

Le médecin hocha la tête.

— Oui... Mais son état reste fragile. Elle devra rester sous surveillance stricte en soins intensifs pendant plusieurs semaines.

Je fermai les yeux.

Elle était vivante.

Pour l’instant, c’était tout ce que mon cœur était capable de comprendre.




Trois jours plus tard, elle s’était réveillée.

Quand j’entrai dans sa chambre après le travail, elle tourna lentement la tête vers moi.

Son visage était pâle, creusé par la fatigue, mais elle trouva quand même la force de sourire.

— Tu as encore maigri, murmura-t-elle.

Je ris doucement, même si ma gorge se serrait.

— C’est vraiment la première chose que tu me dis après une opération du cœur ?



Elle voulut répondre, mais ses paupières étaient déjà lourdes.

Je restai près d’elle jusqu’à ce qu’elle se rendorme, sa main fragile entre les miennes.

Ce moment aurait dû me rassurer.

Il me détruisit un peu plus.

En sortant de la chambre, une femme de l’administration m’attendait près du comptoir.

Elle parla d’avance à régler, de soins intensifs, de durée d’hospitalisation. Sa voix restait polie, professionnelle, presque douce.

Puis elle me tendit le papier.

Je regardai le montant.

Pendant quelques secondes, les chiffres n’eurent aucun sens. Je les fixai comme si une erreur allait apparaître d’elle-même, comme si un zéro allait disparaître si je clignais des yeux.

Mais rien ne changea.

C’était plus que tout ce que j’avais réussi à mettre de côté en deux ans.

Je payai quand même.

Je vidai mon compte sans discuter, sans respirer, sans même chercher à négocier.

Tout ce que j’avais économisé, mois après mois, disparut en quelques gestes sur un terminal de paiement.

Quand je sortis de l’hôpital, mon téléphone vibra.

Solde disponible : presque rien.

Je restai immobile devant les portes automatiques, les doigts glacés autour de mon portable.

La première avance était réglée.

Mais ce n’était que le début.

Et moi, je n’avais plus rien.




Le lendemain matin, je retournai au bureau comme si ma vie n’avait pas changé.

Chemisier repassé, cheveux attachés, badge autour du cou.

De l’extérieur, rien ne devait dépasser. Ni la nuit presque blanche, ni les chiffres qui tournaient encore dans ma tête, ni cette sensation étrange d’avoir laissé une partie de moi devant le comptoir de l’hôpital avec mon dernier paiement.

Je m’installai à mon poste avant les autres.

Travailler était la seule chose que je savais faire quand tout allait mal.

À dix heures passées, mon téléphone interne sonna.

— Mademoiselle Han, la directrice générale souhaite vous voir.

Je levai les yeux de mon écran.

— Maintenant ?

— Oui, dans son bureau.

Je raccrochai, le cœur légèrement serré.

La directrice générale ne convoquait jamais quelqu’un pour rien.

Je pris mon carnet, vérifiai rapidement ma tenue et montai à son étage.

En chemin, je cherchai déjà quelle erreur j’aurais pu commettre. Un dossier envoyé au mauvais service ? Un tableau incomplet ? Une information oubliée ?

Quand j’entrai dans son bureau, elle était debout près de la fenêtre, une tasse de café à la main.

— Mademoiselle Han, asseyez-vous.

Je m’exécutai aussitôt.

— Vous vouliez me voir, Madame ?



Elle revint vers son bureau et posa sa tasse.

— Madame Yoo part en congé maternité plus tôt que prévu.

Je hochai doucement la tête.

Je connaissais Madame Yoo de nom.

Tout le monde la connaissait.

Elle était la secrétaire principale du président Park, celle qui gérait son emploi du temps, ses réunions, ses dossiers confidentiels, et probablement la moitié des urgences que personne d’autre n’osait approcher.

— Nous devons la remplacer rapidement, reprit la directrice.

Je restai silencieuse.

Je ne voyais toujours pas le rapport avec moi.

Elle ouvrit un dossier posé devant elle.

— Ce poste ne demande pas seulement de l’organisation. Il faut quelqu’un de patient, précis, capable de retenir beaucoup d’informations sans se perdre. Quelqu’un qui ne panique pas dès qu’une consigne arrive à la dernière minute.

Son regard se posa sur moi.

— C’est pour cette raison que j’ai pensé à vous.

Je clignai des yeux.

— À moi ?

— Oui.

Je crus d’abord avoir mal compris.

— Mais… je n’ai jamais travaillé directement avec le président Park.

— Je le sais.

Elle ne semblait pas inquiète. Moi, beaucoup plus.

— Vous êtes encore jeune, Mademoiselle Han, mais depuis votre arrivée, vous avez montré une rigueur rare. Vous écoutez, vous retenez, et surtout, vous ne faites pas répéter inutilement. Avec lui, c’est essentiel.

Le nom du président Park suffisait à rendre n’importe quel couloir plus silencieux.

Je l’avais très peu croisé, toujours de loin, mais il était impossible à ignorer.

Le président Park était jeune, grand, incroyablement beau, avec ce genre de présence qui faisait taire les couloirs sur son passage. Beaucoup d’employées semblaient sous son charme, fascinées par son visage, son allure, son corps élégant dans ses costumes sombres.

Moi, ce n’était pas ça qui me perturbait.

C’était son regard.

Froid, sérieux, presque intimidant. Je ne l’avais jamais vu sourire.

Il marchait toujours vite, travaillait comme s’il n’avait aucune limite, et on disait de lui qu’il était brillant, mais sans pitié pour les erreurs.

À chaque fois que je croisais ses yeux, même une seconde, j’avais l’impression d’avoir fait quelque chose de mal.


— Je ne vais pas vous mentir, continua la directrice. Ce sera difficile. Ses journées sont longues, son rythme est intense, et il n’a aucune patience pour l’à-peu-près.

Je baissai les yeux vers mes mains.

— Je comprends.

— Mais c’est aussi un poste qui peut vous faire évoluer très vite. Vous apprendrez énormément. Et bien sûr, votre salaire sera réévalué pendant toute la durée du remplacement.

À ce mot, mon attention se figea.

Salaire.

Je relevai lentement la tête.

La directrice dut le remarquer, car son expression s’adoucit à peine.

— Je sais que votre rémunération actuelle correspond encore à un profil débutant. Ce poste serait une vraie marche au-dessus.

Une marche.

Pour quelqu’un d’autre, cela aurait peut-être seulement voulu dire une ligne plus intéressante sur un CV.

Pour moi, à cet instant, cela voulait dire des soins payés à temps. Des nuits un peu moins étouffantes. Une chance de respirer avant la prochaine facture.

La directrice continua :

— Prenez le temps d’y réfléchir. Je ne veux pas vous mettre la pression. C’est une responsabilité importante et...

— J’accepte.

Elle s’interrompit.

— Vous êtes sûre ?

Je hochai la tête avant même d’avoir peur.

— Oui, Madame.

Un léger sourire apparut sur son visage.

— Je pensais que vous hésiteriez davantage.

Moi aussi.

Mais je n’avais plus le luxe d’hésiter.

— Je ferai de mon mieux, dis-je.

— Je n’en doute pas.

Elle me tendit plusieurs documents.

— Vous commencerez lundi. D’ici là, étudiez son planning, les dossiers en cours et les procédures laissées par Madame Yoo. Vous n’aurez pas besoin de tout savoir dès le premier jour, mais vous devrez apprendre vite.

Je pris les feuilles avec précaution.

— Très bien.

— Et Mademoiselle Han ?

Je relevai les yeux.

— Oui ?

— Ne vous laissez pas impressionner par les rumeurs. Le président Park est exigeant, parfois brutal dans sa façon de parler, mais il reconnaît les gens compétents.

Je serrai les documents contre moi.

— Alors je ferai en sorte de le devenir assez vite.

Cette fois, son sourire fut plus franc.

— C’est exactement ce que j’espérais entendre.

Quand je sortis de son bureau, les papiers serrés contre ma poitrine, je sentis quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis longtemps.

Pas de la joie, exactement.

Plutôt une ouverture.

Une possibilité.

Ce poste m’intimidait, bien sûr. Mais pour la première fois depuis l’hôpital, je voyais autre chose que des chiffres impossibles à payer.

Une augmentation.

Une chance d’apprendre vite.

Peut-être même une manière de reprendre un peu de contrôle sur ma vie.

Alors, en retournant à mon bureau, j’avais vraiment cru que la vie venait enfin de me tendre une main.

Je ne savais pas encore que cette main allait me pousser droit vers le président Park.




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author

bonsoir, est ce que c est pour les abonnes ?

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