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ÉCLIPSE – Le début de notre fin

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Summary

Premier récit de ma plume, cette œuvre dévoile sans retenue ni concession ce que mon esprit recèle de plus sombre.

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1: Prologue


Je suis une putain d'obsédé sexuel et ce livre est pour tous ceux qui n'arrivent pas toujours à le montrer. Mais aussi pour que voyez que vous n'êtes les seuls à être sombre à l'intérieur.



Il existe des histoires qui commencent par une simple regard , un regard échangé au coin d’une rue enneigée, un mot maladroit balbutié dans la foule ou un sourire partagé à la dérobée. La nôtre a commencé bien avant tout cela, dans un espace abstrait que la logique humaine ne saurait expliquer. Avant les premiers regards. Avant les premiers mots. Avant même que nous ne connaissions l’existence de nos noms respectifs, nos trajectoires étaient déjà mystérieusement scellées par une encre invisible. Avant que le monde et le destin ne décident de nous placer au sein de la même phrase, nous progressions déjà dans l’ombre l’un de l’autre, porteurs d’une promesse silencieuse. À des milliers de kilomètres de distance, séparés par des océans et des fuseaux horaires, nous menions deux vies distinctes qui, selon toutes les lois de la probabilité et du bon sens, n’auraient jamais dû se croiser. Deux existences strictement parallèles, tracées sur des routes radicalement différentes, évoluant dans des mondes hermétiques, régis par des règles incompatibles. Et pourtant, malgré cette distance géographique, malgré cet abîme culturel, quelque chose d’invisible insistait déjà pour nous relier. Quelque chose d’incompréhensible, une force souterraine, magnétique et silencieuse qui guidait nos pas à notre insu à travers le labyrinthe de nos solitudes respectives.

Lui grandissait dans un univers sombre, froid et rigide, un monde de béton et de secrets où le silence n’était pas une simple absence de bruit, mais une arme redoutable, et où le sang versé avait bien plus de valeur que les promesses données à voix haute. Dans cet environnement hostile et pragmatique, on apprenait la survie et la méfiance bien avant de découvrir le sens du mot aimer. C’était un monde vertical où les enfants n’avaient pas le privilège de poser des questions, car chacun savait instinctivement, au fond de ses entrailles, que les réponses coûtaient beaucoup trop cher pour être formulées. Personne ne lui avait demandé son avis avant de le faire naître dans ce milieu impitoyable. On lui avait simplement inculqué, dès ses premiers souvenirs d’enfance, que la faiblesse constituait une faute impardonnable, un luxe de lâche, et que chaque erreur commise se payait toujours immédiatement. Très tôt. Très cher. Et sans le moindre retour en arrière possible.

Il évoluait ainsi dans un lieu fermé, une structure austère coupée du reste de la société civile, comme si la réalité extérieure n’était qu’une illusion lointaine, un mirage sans aucune prise sur son quotidien. C’était un endroit sans âme où les murs épais semblaient absorber les moindres éclats de voix, où les longs couloirs sombres avalaient le bruit des pas, et où chaque journée se répétait à l’identique, sans la moindre nuance de couleur pour briser la monotonie. Là-bas, le concept même d’enfance n’existait pas ; on passait sans transition de la vulnérabilité du berceau à la dureté du soldat. Il n’y avait de place que pour les règles strictes, les protocoles stricts, les regards lourds qui jugent et les silences pesants qui observent la moindre défaillance physique ou mentale.

Dans ce contexte de pression permanente, il apprit vite, beaucoup plus vite que les autres. Ce choix ne découlait pas d’une curiosité naturelle, d’une ambition personnelle ou d’une envie d’apprendre, mais d’une absolue nécessité de survie ; il n’avait tout simplement pas d’autre alternative pour garantir sa propre intégrité. Plus il grandissait en âge et en stature, plus une métamorphose profonde et effrayante s’opérait en lui, de manière lente, constante et inévitable. C’était comme si le monde, à force de vouloir le façonner par la violence et de le couler dans un moule rigide, oubliait délibérément de lui laisser une part humaine intacte. Il se transformait progressivement en un être complexe, une énigme vivante que l’on ne pouvait pas décrire facilement avec des mots ordinaires. Quelque chose en lui inspirait une crainte instinctive. Le genre de personne que l’on ne croisait jamais sans en subir les conséquences directes, dont la simple présence physique, lorsqu’il franchissait le seuil d’une porte, suffisait à modifier instantanément la température, la pression et l’atmosphère d’une pièce entière.

Pourtant, malgré la dureté extrême de son éducation et les assauts répétés contre son esprit, une part de son être résistait encore et toujours à l’effacement total. Ce n’était pas de l’innocence — celle-ci avait été piétinée et balayée depuis bien longtemps — mais quelque chose de beaucoup plus sombre et dangereux pour l’ordre établi : une lucidité froide, tranchante comme une lame de rasoir. Il possédait une conscience silencieuse et acérée que tout ce qu’il traversait au quotidien n’avait absolument rien de normal, même s’il avait appris, par pure stratégie et instinct de conservation, à faire semblant du contraire face à ses mentors et ses pairs. Il jouait son rôle à la perfection, mais derrière le masque, le feu couvait.

Pendant ce temps, à l’autre bout exact de la planète, sous des cieux plus cléments, la vie se déroulait sous un jour totalement différent. Elle semblait infiniment plus simple, plus lumineuse, plus prévisible et résolument ordinaire. Mon quotidien s’inscrivait dans le cadre rassurant d’une famille normale, sans grands drames ni éclats de voix, rythmé par des journées paisibles qui se ressemblaient toutes avec une douce régularité. Il y avait les trajets vers l’école, les conversations légères autour de la table de la cuisine sans poids particulier, et des rêves modestes qui n’avaient rien de spectaculaire, mais qui suffisaient amplement à remplir mes pensées d’adolescente. C’était une existence lisse, confortable, le genre d’histoire que n’importe quel observateur extérieur aurait qualifiée de sereine, de chanceuse et de sans histoire.

Si seulement il n’y avait pas eu ce détail perturbateur. Ce vide soudain, apparu sans crier gare. Ce manque inexplicable, cette faille invisible qui n’aurait jamais dû se manifester au milieu d’une vie si tranquille et si protégée.

J’avais précisément treize ans lorsque j’ai ressenti cette rupture pour la première fois. Au départ, ce n’était rien de distinct, rien que l’on puisse pointer du doigt ou nommer avec précision. Juste une impression étrange au réveil, une sensation diffuse, vaporeuse et particulièrement difficile à verbaliser, même à mes amies les plus proches. C’était comme si, à l’intérieur de mon être, une pièce essentielle mais invisible avait légèrement bougé sans prévenir, modifiant subtilement mon centre de gravité et ma perception du réel. Comme si une part fondamentale de mon équilibre interne avait été retirée en silence durant mon sommeil, me laissant incomplète, amputée d’une moitié d’âme sans que je sache pourquoi ni comment.

Malgré cela, je continuais à mener ma petite vie de tous les jours, faisant bonne figure. Je continuais à rire aux éclats avec mes amies dans les couloirs, à participer poliment aux discussions familiales, à suivre scrupuleusement le fil de mes cours et de mes devoirs. Mais il y avait toujours un moment précis dans la journée, souvent lorsque le soleil commençait à décliner et que les ombres s’étiraient, où tout mon environnement semblait devenir lointain, presque irréel, comme un décor de théâtre en carton-pâte. C’était comme si le monde extérieur ne parvenait plus à me toucher complètement, comme s’il y avait un filtre de verre invisible posé entre la réalité et moi. Comme si l’air que je respirais manquait soudainement de consistance et d’oxygène. Je ne possédais aucun mot pour exprimer ce trouble naissant, alors je choisissais de le garder pour moi, enfoui profondément. Les adultes, souvent absorbés par leurs propres responsabilités et le tumulte de leur quotidien, ne remarquent pas toujours les changements subtils chez les enfants qu’ils ne peuvent pas comprendre. Et les enfants apprennent très vite à dissimuler ce qu’ils ne savent pas expliquer avec la logique rationnelle des grands.

Cependant, ce vide ne se résorbait pas avec les semaines, il ne s’atténuait pas. Au contraire, il demeurait là, profondément ancré en moi, creusant son nid. Silencieux. Stable. Il s’était installé définitivement comme une présence permanente et invisible, logée quelque part au fond de ma poitrine, juste sous le sternum. Plus les mois passaient, plus cette absence me devenait paradoxalement familière. Elle ne devenait pas moins douloureuse ou moins pesante pour autant, elle s’intégrait simplement à mon identity, devenant une seconde nature. C’était une absence constante avec laquelle on apprend à composer au quotidien, que l’on apprivoise, sans jamais réussir à l’accepter véritablement au fond de soi.

Pendant que je traversais cette crise existentielle et silencieuse, loin de mes yeux, ce garçon continuait de progresser à grands pas dans une réalité brute et violente que mon esprit n’aurait même pas pu concevoir dans ses pires cauchemars. Il n’y avait aucun hasard rationnel entre nos deux univers, aucune logique apparente ou sociologique qui aurait pu justifier un quelconque rapprochement, aucun lien familial, amical ou géographique évident. Et pourtant, cette force invisible insistait de plus en plus, maintenant une tension constante et vibrante entre nous à travers le vide. C’était comme si nos existences respectives étaient deux lignes géométriques tracées séparément sur une immense feuille blanche par la main d’un architecte fou, mais programmées dès le départ, par leur inclinaison même, pour converger vers une seule et unique destination finale, un point d’impact inévitable.

Les années s’écoulèrent ainsi, emportant avec elles les dernières certitudes de l’enfance. Sans que nous le sachions, sans que nous puissions en décoder les signes avant-coureurs dans les étoiles, le mécanisme implacable était en marche. Le vide en moi ne s’effaça pas avec l’adolescence ; il se métamorphosa, gagnant en précision et en intensité à mesure que mon corps et mon esprit grandissaient. Il devint plus profond, plus tranchant, moins confus que durant les premières années. C’était comme si ce manque intérieur s’était transformé avec le temps en un radar ultrasensible, cherchant activement quelque chose — ou quelqu’un — à l’horizon lointain. Parfois, durant les nuits d’insomnie les plus calmes, j’étais assaillie par cette idée un peu folle, presque effrayante, que cette absence n’était pas née en moi, qu’elle n’était pas le produit de mon imagination, mais qu’elle provenait d’un autre endroit du globe. Qu’elle était intrinsèquement liée à une réalité en chair et en os que je n’avais encore jamais côtoyée, mais qui existait bel et bien, qui respirait et souffrait quelque part sur cette même terre.

Lui, de son côté, poursuivait sa marche forcée, sans états d’âme, dans un monde qui ne laissait absolument aucune place à l’hésitation, aux remords ou au doute. On ne lui enseignait pas à analyser ses sentiments ou à faire preuve d’empathie ; on lui apprenait uniquement à anticiper avec un sang-froid glacial les conséquences stratégiques et politiques de chaque action, de chaque coup porté. On ne lui parlait jamais d’affection, de tendresse ou d’amour ; on lui parlait exclusivement de contrôle absolu de soi, de discipline de fer et de domination sur les autres. Au fil des épreuves physiques et des initiations douloureuses, il comprit une vérité fondamentale qui devint son mantra : dans son univers corrompu, le simple fait de survivre un jour de plus, de voir le soleil se lever à nouveau, représentait déjà une victoire majeure sur la mort.

Mais cette victoire quotidienne exigeait un tribut considérable, un sacrifice de chaque instant. Un prix invisible qui se traduisait par une altération lente et irréversible de son être intérieur. Il devenait progressivement quelqu’un d’autre, un spectre, un individu que son entourage respectait par pure crainte révérencielle sans jamais chercher à comprendre son âme. Le genre d’homme que l’on évite soigneusement de croiser dans la pénombre des couloirs sans pouvoir l’expliquer rationnellement, simplement poussé par un instinct de préservation. Un être profondément solitaire qui avançait droit devant lui, le regard vide, sans jamais éprouver le moindre sentiment d’appartenir au lieu où il se trouvait, étranger parmi les siens.

Nous ignorions absolument tout de nos vies réciproques, de nos douleurs et de nos visages. Nos quotidiens n’avaient aucun point de contact, aucun ami commun, aucun ancrage similaire, et pourtant, malgré cette étanchéité parfaite, nos existences continuient de s’influencer mutuellement à distance, à travers les continents, sans jamais se toucher directement. Nous étions comme deux forces magnétiques surpuissantes séparées par un océan de kilomètres, mais connectées par un fil invisible bien plus résistant que l’espace, le temps ou la volonté humaine. Chaque fêlure de son côté résonnait comme un écho étouffé dans ma propre poitrine.

Les années continuèrent leur course invisible et rapide, consolidant une vérité que personne autour de nous n’était capable de percevoir ou de soupçonner. Une vérité complexe, lourde de conséquences, que nous-mêmes n’étions pas encore armés pour comprendre, décoder ou accepter. J’avais treize ans quand ce vide béant est apparu pour la première fois dans ma poitrine, brisant mon insouciance, et à cet instant précis, à l’autre bout du monde, sa réalité brutale faisait écho à la mienne. Le monde et les circonstances n’avaient pas encore provoqué notre rencontre physique dans la réalité, mais les fondations de notre connexion mystique étaient déjà solidement coulées dans le ciment du destin. Et parfois, les liens les plus redoutables, les plus destructeurs, sont précisément ceux que l’on ne voit pas venir, ceux qui se tissent patiemment dans l’ombre, à l’abri des regards et des prédictions.

Puis, le moment tant redouté est enfin venu où l’équilibre fragile de nos solitudes a commencé à se fissurer de toutes parts. Ce changement ne s’est pas produit d’un coup, de manière théâtrale, soudaine ou bruyante. Il s’est installé de façon insidieuse, presque imperceptible au début, comme un changement de saison. C’était une lourdeur nouvelle dans l’air, une tension palpable et électrique, semblable à celle qui précède les grands orages d’été destructeurs. Comme une lumière déclinante qui s’efface si lentement au crépuscule qu’on ne saurait dire avec exactitude quand la nuit a commencé à envahir la pièce et à tout assombrir.

Lorsque nos chemins ont fini par se rapprocher pour de bon, poussés par une série d’événements chaotiques, les vannes étaient déjà prêtes à céder sous la pression accumulée pendant des années. Il était déjà beaucoup trop tard pour faire marche arrière, pour fuir ou pour espérer une issue paisible et heureuse. Parce que certaines trajectoires de vie ne sont pas écrites pour composer des histoires d’amour traditionnelles, douces et rassurantes. Elles sont écrites pour raconter une collision pure et simple, un accident frontal. Une dynamique de destruction mutuelle, de déchirement, de transformation radicale, douloureuse et totalement irréversible. L’histoire tragique de deux âmes blessées qui n’auraient jamais dû entrer en contact selon les lois des hommes mais qui, une fois réunies par la force des choses, se révèlent totalement et définitivement incapables de redevenir ce qu’elles étaient avant l’impact.

Et dans cet instant précis, suspendu dans l’éternité, où tout a définitivement basculé, là où nos deux mondes se sont enfin percutés dans un fracas silencieux, le temps a semblé arrêter sa course, le ciel s’est obscurci et le monde entier a retenu son souffle, conscient de l’imminence du désastre.


Voici notre histoire.

Et le début de notre fin.



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