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Les Chroniques de la Diade

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Summary

- Dix ans avant la tragédie qui a scellé leur destin, avant la mort d'Hannah et la traque d'Elynn. - Dans un monde où les vestiges de notre civilisation ne sont plus que des cicatrices hantées, la Guilde forme ceux qui osent chasser les cauchemars qui rampent dans les ruines. Hannah et Elynn, deux Chasseuses à peine sorties de l'apprentissage, sont confrontées aux zones d'ombre où le voile entre les morts et les vivants se déchire. Cette série de récits retrace leurs premières traques, là où l'innocence se confronte à la noirceur absolue.

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

1 - Le Printemps des Morts (Partie 1)

« Tu te rends compte, Elynn ! Dans l’ancien monde, ils avaient des fêtes dédiées pour chaque événement marquant ! Certains faisaient même référence à des divinités, des êtres de lumière qui régissaient le cycle des saisons ! »

Elynn laissa échapper un soupir, un sourire amusé étirant ses lèvres tandis qu’elle sautait par-dessus une racine noueuse, sa cape oscillant avec souplesse dans le vent frais de la forêt. Elle aimait cet enthousiasme chez moi. J’étais, selon ses dires, un rat de bibliothèque qui avait traîné avec lui les récits poussiéreux de temps que personne ne devrait se rappeler, des légendes qui semblaient absurdes dans notre réalité de cendre et de fer, où la seule “saison” qui comptait était celle de la survie.

« Si l’on en croit les vieux parchemins, Krell serait la dernière ville qui pratique encore certaines cérémonies de l’ancien monde, » ajoutai-je en ajustant la sangle de mon épée. « C’est si excitant ! »

Le cuir craqua légèrement, un bruit sec dans le silence de la canopée.

« Qu’est-ce qui t’excite le plus ? Notre première mission, ou l’idée d’aller chasser des œufs ? »

Je marquai une pause, feignant une réflexion intense tout en observant le profil de mon amie : ses cheveux roux, un brasier vif qui contrastait avec les teintes ternes de la lande environnante.

« Quelle question ! »

« C’est bien ce qui me semblait... » soupira-t-elle à nouveau.

« Tu ronchonnes, chère amie, parce qu’on parle de chocolat, » repris-je avec un éclat de défi dans la voix. « Mais ton allergie au lactose ne devrait pas être un frein pour l’humanité entière ! »

Elynn se figea, les joues soudainement teintées d’un rose vif, une chaleur qui jurait avec le froid piquant de l’air ambiant. Elle sembla vouloir protester, mais le rire qui pointait déjà dans ses yeux la trahit.

« C-ce n’est pas vrai ! » balbutia-t-elle, prise en flagrant délit de gourmandise refoulée. « Je suis juste incomprise ! »

Mon rire éclata, franc, contagieux, brisant la chape de plomb qui pesait sur la forêt. La forêt elle-même semblait plus accueillante, les branches de conifères agitant doucement leurs aiguilles parfumées de résine âcre et de terre humide. Je sentis sa main me bousculer gentiment à l’épaule, un contact ferme et familier.

« Je prends note, je prends note... Compte sur moi pour glisser l’information au nécromancien de Krell. Avec un peu de chance, il adaptera sa traque à tes “intolérances” ! »

Nous nous chamaillâmes quelques instants, un échange de piques verbales et de rires légers qui semblait suspendre le temps. À vingt et un ans, nous venions de franchir la frontière de la majorité selon le code des Chasseurs. La Guilde nous avait jugées aptes à opérer seules, sans les regards pesants de nos mentors.

Krell était notre examen de passage. Un village perdu dans le silence d’une forêt de conifères, où une légende de nécromancie qui menaçait la stabilité de la région, et nous deux.

Mais alors que nous sortions de l’orée des bois, le rire d’Elynn s’éteignit brutalement, comme si on lui avait coupé le souffle.

Devant nous, Krell se dessinait. Un village qui semblait s’agripper à flanc de colline, ses habitations de pierre sombre évoquant des tombes sorties de terre. Et au-dessus, comme une couronne noire et décharnée, le cimetière. Les stèles y étaient impeccables, bien qu’inclinées par un vent que nous ne sentions pas, mais qui semblait agiter leurs ombres de façon incohérente. L’air, ici, était saturé. Il ne sentait pas le printemps, mais une terre fraîchement remuée, un relent de cuivre métallique et une dévotion malsaine qui me fit picoter mes sens.

« Nana, tu peux me rappeler ce qu’on fout dans ce trou perdu ? »

Je poussai, à mon tour, un long soupir, sentant le poids de cette atmosphère se nicher dans le creux de mes reins. Je comprenais son ressenti ; cette pesanteur ne nous disait rien qui vaille. Je posai une main apaisante sur son épaule, un contact qui valait mille serments, sentant la tension vibrer sous ses vêtements.

« Il nous a été rapporté que le Nécromancien de l’Oubli serait de retour, » récitai-je d’un ton calme. « Nous devons vérifier les faits, et intervenir si nous le jugeons nécessaire. »

Elynn se tourna vers moi, ses boucles rousses ondulant, ses yeux bleus scrutant les miens avec une intensité qui cherchait à calmer ses craintes.

« Promets-moi que nous n’interviendrons que si cela est réellement nécessaire. »

Je lui adressai un sourire réconfortant, un de ceux que nous réservions aux moments où le monde semblait vouloir nous briser.

« Pas d’actions inutiles ni d’initiatives dangereuses. »

Elle me rendit son sourire, ses épaules se relâchant enfin sous l’effet de notre complicité.

« Par quoi commençons-nous ? » demanda-t-elle.

« Profitons qu’il fasse encore un peu jour, » répondis-je en désignant le village du menton. « Je te laisse faire tes charmes aux villageois. Je me charge d’inspecter le cimetière. »

Un dernier regard entendu passa entre nous — une promesse silencieuse de veiller l’une sur l’autre — puis la silhouette d’Elynn s’éloigna d’un pas souple vers les premières maisons où des villageois nous observaient derrière des volets clos. Je la regardai quelques instants, m’assurant qu’elle ne se retournait pas, avant de pivoter vers la montée menant au cimetière.

Le sentier était un chemin de terre battue, bordé d’herbes folles qui semblaient avoir poussé trop vite, trop haut, leurs tiges jaunies fouettant mes chevilles. À chaque pas, le sol émettait un craquement sinistre, comme si la terre elle-même cherchait à dissimuler un secret.

Plus je montais, plus la température chutait, le froid mordant mes joues. L’air devint lourd, épais, saturé d’une odeur écœurante : un mélange aigre de pétales de fleurs putréfiées, de terreau saturé d’humidité et de métal rouillé. Une odeur de “fête” qui aurait tourné à l’aigre depuis un siècle.

Mon instinct hurla à l’alerte. Je dégainai mes épées dans un geste fluide, le glissement de l’acier contre le cuir de mes fourreaux étant le seul bruit dans ce silence oppressant.

En arrivant au sommet, je m’arrêtai net. Le spectacle devant moi glaça mon sang.

Le cimetière n’était pas l’endroit de repos que j’attendais. C’était un champ de bataille silencieux. Les stèles, d’une pierre grise et ancienne, étaient parfaitement intactes, presque respectueuses dans leur inclinaison, comme si elles refusaient de participer au chaos. Mais le sol, lui, était un désastre. À plusieurs endroits, la terre avait été retournée avec une violence inouïe. Des tombes avaient été ouvertes, mais ce n’était pas le travail d’un pilleur de sépultures. La terre avait été comme aspirée de l’intérieur, projetée en mottes grossières tout autour des cavités béantes.

Le plus troublant restait l’absence de cadavres. Les trous étaient vides. Les cercueils, là où ils étaient encore visibles, avaient été éventrés non par la rouille, mais par une force qui semblait vouloir sortir, et non laisser entrer.

Je m’approchai d’une nouvelle tombe, une fosse béante dont la terre sombre semblait encore humide. Je m’agenouillai, le tranchant de mon épée effleurant le bois pourri du cercueil éventré. Vide. Pas une phalange, pas un fragment de crâne. Rien. Le constat était le même pour les trois autres sépultures que j’inspectai : les ossements avaient été proprement extraits, comme si quelqu’un — ou quelque chose — avait pratiqué une chirurgie macabre à grande échelle.

Je fouillai les dépendances du cimetière, espérant débusquer le fossoyeur, ce gardien taciturne dont le nom figurait sur nos ordres de mission. Rien que du silence, des toiles d’araignées épaisses comme de la soie ancienne, et une odeur de renfermé. Je finis par le trouver derrière le cimetière, là où les arbres semblaient se serrer pour mieux cacher l’horreur. Il pendait à une branche robuste, une poupée de chiffon dérisoire ballotée par le vent. Le corps était desséché, les tissus raidies par plusieurs jours d’exposition. Personne ne l’avait cherché. Personne n’avait semblé remarquer l’absence du vieux faussaire.

Un soupir d’agacement mêlé d’amertume s’échappa de mes lèvres. Je fis demi-tour, les nerfs à vif.

Je retrouvai Elynn à l’entrée du village. Elle m’attendait, ses mains croisées sur le pommeau de son arme, et quand nos regards se croisèrent, elle m’offrit ce sourire radieux, presque déplacé dans ce climat de mort, qui suffisait à apaiser mon chaos intérieur. Je lui fis un signe de tête discret — un mouvement de menton vers les hauteurs — et sans dire un mot, nous reprîmes le sentier.

Une fois arrivées au cœur du cimetière, là où la terre était la plus meurtrie, nous installâmes un petit foyer. La flamme dansait, projetant des ombres vacillantes sur les pierres tombales. Elynn, assise en tailleur, resserra sa cape contre le vent froid qui s’insinuait sournoisement sous les tissus, tandis que je prenais le temps d’aiguiser mes lames, le shing métallique rythmant nos pensées.

« Bien entendu, ça ne pouvait pas être une simple mission de repérage... » lâcha finalement Elynn, la voix dépitée.

« Bien entendu, » confirmai-je sans lever les yeux de ma pierre à aiguiser.

« Les rumeurs disaient donc vraies... »

« Visiblement. »

« Nous allons devoir faire face à un nécromancien, et seules, qui plus est... »

« Assurément. »

Elynn se tourna vers moi, ses yeux exprimant un mélange parfait d’agacement et d’exaspération pure.

« Ah. Tu voulais que je te rassure ? » pouffai-je en la fixant avec un amusement non dissimulé.

Piquée au vif, elle haussa les épaules, détournant brusquement le regard vers la lisière obscure de la forêt. Son mutisme contrarié me fit esquisser un sourire plus large. Je plongeai la main dans ma sacoche pour en sortir un grimoire aux reliures usées, dont les pages, jaunies et parsemées de notes griffonnées à l’encre sombre, semblaient vibrer sous mes doigts.

« Tu as pris avec toi des feuilles d’archives ?! » s’indigna Elynn en manquant de sursauter. « Tu es folle ! Daed va te tuer s’il apprend que tu as sorti ça ! »

« S’il le remarque un jour, » répondis-je en ouvrant le livre à une page précise. « Il n’a plus toute sa tête. C’est la conséquence logique d’écrire autant d’âneries, si tu veux mon avis. »

Elynn leva les bras au ciel, les yeux rivés sur les étoiles ternes au-dessus de nous, de plus en plus exaspérée par ma désinvolture.

« Bon, » insistai-je en posant une main sur le grimoire. « Tu veux que je te rassure, oui ou non ? »

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Great Character

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Strong Dialog

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author

Alors, affronter un nécromancie, par expérience, mauvais plan...

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