Chapter 1: Le Premier Cauchemar
« On dit que les rêves ne sont que des illusions. Pourtant, le mien a tué quelqu'un. »
Le sommeil est censé être un refuge.
Un endroit où l'esprit se repose, où les peurs disparaissent et où le monde cesse enfin de faire du bruit.
Du moins, c'est ce que tout le monde raconte.
Moi, je n'y ai jamais vraiment cru.
Depuis mon enfance, mes nuits étaient différentes. Elles étaient remplies d'ombres, de visages inconnus et d'endroits que je n'avais pourtant jamais visités. Au réveil, tout finissait toujours par s'effacer, comme un dessin effacé par la pluie.
J'avais fini par m'y habituer.
Jusqu'à cette nuit....
La pluie tombait avec une violence inhabituelle.
Chaque goutte frappait le bitume comme si le ciel cherchait à noyer la ville entière.
Les rues étaient presque désertes.
Les lampadaires diffusaient une lumière pâle qui se reflétait sur l'asphalte mouillé.
Je ne comprenais pas pourquoi j'étais là.
Je ne sentais ni le froid ni la pluie.
Je regardais simplement.
Au milieu de la rue marchait un homme.
Il devait avoir une quarantaine d'années.
Il portait un long manteau noir trempé par la pluie. Ses cheveux collaient à son front et son souffle formait de petits nuages blancs dans l'air glacé.
Je ne connaissais pas son nom.
Je ne l'avais jamais vu auparavant.
Pourtant...
J'avais l'impression de le connaître depuis toujours.
Chaque ride de son visage.
Chaque mouvement.
Même la légère cicatrice qui traversait son sourcil droit.
Tout semblait réel.
Trop réel.
L'homme consulta rapidement sa montre.
Il accéléra le pas.
Il semblait pressé.
Comme s'il voulait absolument rentrer quelque part.
Le vent soufflait de plus en plus fort.
Les arbres bordant l'avenue se balançaient dans un grincement inquiétant.
Puis...
Quelque chose changea.
Sans savoir pourquoi, mon cœur se mit à battre plus vite.
Une sensation étrange envahit ma poitrine.
Comme un instinct.
Comme une voix silencieuse qui me criait :
« Cours. »
Je voulais bouger.
Je voulais prévenir cet homme.
Je voulais lui dire de s'arrêter.
Mais mes jambes refusaient de m'obéir.
J'étais prisonnier.
Simple spectateur.
L'homme arriva devant un passage piéton.
Le feu venait de passer au vert.
Il regarda rapidement à gauche.
Puis à droite.
La route semblait vide.
Il fit un premier pas.
Puis un deuxième.
Le silence était devenu oppressant.
Même la pluie semblait avoir cessé de tomber.
Soudain...
Une lumière blanche jaillit au bout de la rue.
Éblouissante.
Aveuglante.
Un moteur rugit.
Beaucoup trop vite.
L'homme leva brusquement la tête.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Pendant une fraction de seconde, nos regards se croisèrent.
Il me regardait.
Impossible.
Il ne pouvait pas me voir.
C'était un rêve.
Pourtant...
J'aurais juré qu'il me fixait droit dans les yeux.
Comme s'il cherchait de l'aide.
Puis tout arriva en une seconde.
Un crissement de pneus.
Un choc violent.
Un bruit assourdissant.
Le corps de l'homme fut projeté dans les airs avant de retomber lourdement sur la chaussée.
Le parapluie qu'il tenait s'envola sous la force du vent.
Le temps sembla s'arrêter.
Le silence revint.
La pluie recommença à tomber.
Lentement.
Très lentement.
Je voulais détourner les yeux.
Je n'y arrivais pas.
L'homme était allongé sur le dos.
Immobile.
Ses yeux restaient ouverts vers le ciel.
Puis...
Ses lèvres bougèrent.
À peine.
Comme s'il murmurait quelque chose.
Un seul mot.
Je n'entendis aucun son.
Mais je pouvais lire sur ses lèvres.
« Trouve-le... »
Une douleur insupportable traversa ma tête.
Le décor autour de moi commença à se fissurer.
Les lampadaires s'éteignirent un à un.
Le ciel devint entièrement noir.
Les immeubles disparurent.
La rue s'effondra sous mes pieds.
Je tombais.
Encore.
Encore.
Sans jamais atteindre le sol.
Puis...
Je me réveillai en hurlant.
Ma respiration était incontrôlable.
Mon tee-shirt était trempé de sueur.
Pendant quelques secondes, je restai assis dans mon lit, incapable de distinguer le rêve de la réalité.
Le réveil affichait exactement 03 h 17.
Toujours la même heure.
Toujours cette impression que quelque chose venait de changer dans ma vie.
Et sans le savoir...
Ce n'était que le début.Une alarme retentit brusquement.
Elian sursauta une seconde fois avant de tendre la main vers sa table de chevet.
Ses doigts tremblaient encore lorsqu'il éteignit son réveil.
Le silence revint.
Il inspira profondément.
« Ce n'était qu'un rêve... »
Il répétait cette phrase comme un mantra, espérant finir par y croire.
Pourtant, quelque chose clochait.
Ce cauchemar ne ressemblait à aucun autre.
D'habitude, les souvenirs disparaissaient au bout de quelques minutes.
Cette fois, chaque détail restait gravé dans son esprit.
Le bruit de la pluie.
La lumière des lampadaires.
Le visage de cet inconnu.
Et surtout...
Ce regard.
Pourquoi avait-il eu l'impression que cet homme pouvait le voir ?
Elian passa une main sur son visage avant de se lever.
Le parquet était froid sous ses pieds.
Il ouvrit les rideaux de sa chambre.
Le ciel était encore couvert.
Une pluie fine tombait sur les immeubles de la ville.
Il resta immobile plusieurs secondes.
Exactement la même pluie.
Exactement la même ambiance que dans son rêve.
Un frisson parcourut son dos.
— Arrête... Tu te fais peur tout seul.
Il attrapa une serviette et entra dans la salle de bain.
L'eau chaude glissa sur son visage.
Peu à peu, sa respiration retrouva un rythme normal.
Lorsqu'il releva les yeux vers le miroir, il se figea.
Pendant une fraction de seconde...
Il crut apercevoir derrière lui la silhouette d'un homme.
Il se retourna immédiatement.
Personne.
Son appartement était vide.
Un rire nerveux lui échappa.
— Tu deviens complètement parano...
Il termina rapidement de se préparer.
Aujourd'hui, il avait cours à l'université.
Une journée comme les autres.
Enfin... c'est ce qu'il espérait.
Le trajet jusqu'au campus dura une vingtaine de minutes.
Les rues étaient déjà animées.
Des étudiants riaient devant les cafés.
Des employés marchaient d'un pas pressé.
Les voitures défilaient sans interruption.
Tout semblait normal.
Pourtant, Elian avait l'impression que quelque chose observait chacun de ses mouvements.
Comme si son rêve refusait de le quitter.
Il entra dans l'amphithéâtre quelques minutes avant le début du cours.
Son meilleur ami, Nolan, lui fit signe.
— Enfin ! J'ai cru que tu allais encore arriver en retard.
Elian esquissa un léger sourire.
— J'ai mal dormi.
— Encore ?
— Oui...
Nolan le regarda quelques secondes.
— Tu as une sale tête.
— Merci.
— Sérieusement, tu devrais dormir un peu plus.
Elian haussa les épaules.
Comment expliquer qu'il avait l'impression d'avoir vécu quelque chose de réel ?
Le professeur entra.
Le cours commença.
Les étudiants prirent des notes.
Mais Elian n'écoutait presque rien.
Son stylo restait immobile au-dessus de sa feuille.
Dans un coin de son cahier, sans même s'en rendre compte, il dessina un passage piéton.
Puis un parapluie.
Puis le visage de l'homme.
Quand il réalisa ce qu'il venait de faire, il referma brusquement son cahier.
Son cœur battait plus vite.
Pourquoi était-il capable de reproduire ce visage avec autant de précision ?
Il ne l'avait jamais vu auparavant...
Du moins, c'est ce qu'il croyait.
À la fin du cours, Nolan lui proposa d'aller déjeuner.
Ils s'installèrent dans un petit restaurant près de l'université.
— Alors, raconte. Qu'est-ce qui te tracasse ?
Elian hésita.
Puis il décida de parler.
— J'ai fait un rêve étrange cette nuit.
— Un cauchemar ?
— Oui... mais différent.
Il décrivit la pluie.
La rue.
L'homme.
L'accident.
Nolan l'écouta sans l'interrompre.
Puis il éclata de rire.
— Tu regardes trop de films policiers.
— Tu crois ?
— Bien sûr. Les rêves mélangent des souvenirs, des émotions... C'est normal.
Elian hocha la tête.
Cette réponse était logique.
Elle aurait dû le rassurer.
Pourtant...
Une étrange sensation continuait de peser sur son cœur.
Comme si ce cauchemar refusait de disparaître.
Et il ignorait encore que, dans quelques heures, tout ce qu'il croyait impossible allait voler en éclats. L'après-midi s'écoula plus lentement que d'habitude.
Malgré tous ses efforts, Elian n'arrivait pas à se concentrer.
Les mots du professeur se mélangeaient dans sa tête.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait la pluie, le passage piéton et le regard de cet inconnu.
À la fin des cours, il quitta l'université sans attendre Nolan.
L'air était frais.
Le ciel, couvert de lourds nuages gris.
Une légère pluie commençait déjà à tomber.
Cette ressemblance avec son rêve devenait presque inquiétante.
— Ce n'est qu'une coïncidence..., murmura-t-il.
Pour rentrer chez lui, il devait traverser un grand carrefour.
En voyant le feu passer au vert, il s'arrêta net.
Son souffle se coupa.
C'était exactement le même passage piéton.
Les mêmes bandes blanches.
Le même lampadaire qui clignotait.
Pendant quelques secondes, il resta figé.
Une voiture klaxonna derrière lui.
— Hé ! Tu avances ou quoi ?
Elian reprit ses esprits et traversa rapidement.
Une fois de l'autre côté, il se retourna.
La rue semblait parfaitement normale.
« Je deviens fou... »
Il secoua la tête avant de continuer son chemin.
---
En rentrant chez lui, il posa son sac près de la porte et s'effondra sur le canapé.
Son appartement était silencieux.
Trop silencieux.
Pour oublier cette journée, il décida d'allumer la télévision.
Une émission de cuisine était en cours.
Puis un documentaire.
Il changea encore de chaîne.
Soudain...
L'écran passa au journal télévisé.
La présentatrice affichait un visage grave.
— Nous interrompons notre programme pour une information de dernière minute.
Elian ne prêtait presque pas attention.
Il attrapa un verre d'eau.
— Un homme d'une quarantaine d'années a perdu la vie ce matin après avoir été violemment percuté par un véhicule alors qu'il traversait un passage piéton sous une forte pluie.
Le verre glissa de ses mains.
Il s'écrasa sur le sol dans un bruit sec.
Non...
Ce n'était pas possible.
Son regard resta figé sur l'écran.
Une photographie apparut.
Son cœur cessa presque de battre.
Le même visage.
Le même manteau noir.
La même cicatrice au-dessus du sourcil droit.
Le même homme.
Celui de son rêve.
Il recula de plusieurs pas jusqu'à heurter le mur.
— Non...
Sa voix n'était plus qu'un souffle.
— Ce n'est pas possible...
La journaliste poursuivait son reportage.
— Selon les premiers témoins, le conducteur aurait pris la fuite après l'accident. Une enquête est actuellement en cours afin de l'identifier.
Elian n'entendait presque plus rien.
Ses oreilles bourdonnaient.
Ses mains tremblaient.
Son téléphone vibra soudain.
Un numéro inconnu.
Il hésita quelques secondes avant de répondre.
— Allô... ?
Aucune réponse.
Seulement un souffle.
Long.
Lent.
Puis une voix grave, presque un murmure.
— Tu l'as vu mourir...
Le sang d'Elian se glaça.
— Qui êtes-vous ?
Un léger rire résonna.
Puis la ligne fut coupée.
Le silence envahit de nouveau l'appartement.
Son téléphone lui échappa des mains.
Il respirait de plus en plus difficilement.
Comment quelqu'un pouvait-il savoir ce qu'il avait vu ?
Comment ce rêve avait-il pu devenir réalité ?
Et surtout...
Qui était cette voix ?
Au même instant, son regard se posa sur la fenêtre du salon.
Dans le reflet de la vitre...
Quelqu'un se tenait derrière lui.
Immobile.
Le visage dissimulé par l'obscurité.
Elian se retourna brusquement.
Personne.
Lorsqu'il regarda de nouveau la vitre...
Le reflet avait disparu.
Il comprit alors une chose.
Ce n'était pas un simple cauchemar.
Quelque chose venait d'entrer dans sa vie.
Et cela ne le quitterait plus jamais.....
💬 Et vous... pensez-vous qu'Elian devient fou, ou que ses rêves cachent une vérité bien plus terrifiante ? J'ai hâte de lire vos théories.








