Chapter 1:POV:livia
POV : Livia
Dans mon village il eut cette légende, la légende du roi des ombres. Il vit dans la forêt juste à côté de mon village. Moi, je n’y crois pas trop à cette légende pour enfants.
On racontait pourtant que certaines nuits, quand la lune disparaissait derrière les nuages, la forêt semblait respirer. Les arbres se penchaient comme pour écouter, et les ombres s’allongeaient anormalement, glissant entre les troncs. Les anciens disaient que c’était lui : le roi des ombres, gardien d’un royaume invisible, condamné à errer loin des hommes.
Les enfants du village se rassemblaient souvent autour du feu pour se faire peur. Ils juraient avoir vu des yeux briller dans le noir ou entendu des murmures portés par le vent. Moi, je souriais en silence. J’avais grandi ici, je connaissais cette forêt par cœur. Elle était sombre, certes, mais elle n’avait rien de magique, seulement des loups, des branches craquantes et des histoires inventées pour effrayer.
Pourtant, ce soir-là, quelque chose était différent.
Je rentrais tard, le sentier bordant la forêt à peine éclairé par les lanternes du village. Le vent s’était levé, et une brume épaisse rampait au ras du sol. En passant près des premiers arbres, j’eus l’étrange sensation d’être observé. Je m’arrêtai, le cœur soudain plus lourd, et scrutai l’obscurité.
Rien.
Je repris ma route, me traitant intérieurement d’idiote. Mais derrière moi, au plus profond de la forêt, une ombre se détacha lentement des autres et, pour la première fois de ma vie, je me demandai si la légende n’était pas qu’un simple conte pour enfants. Je pressai le pas sans vraiment savoir pourquoi. Chaque bruit me paraissait trop proche : le craquement d’une branche, le froissement des feuilles, même ma propre respiration me semblait étrangère. Arrivé devant ma maison, je refermai la porte un peu trop violemment derrière moi, comme si le bois pouvait me protéger de ce qui se cachait dehors.
Cette nuit-là, je dormis mal.
Des rêves étranges me poursuivirent : une silhouette couronnée d’ombre, immobile entre les arbres, m’observant sans yeux visibles. Je me réveillai en sursaut, couvert de sueur, persuadé d’avoir entendu mon nom murmuré au loin. Mais le village dormait, silencieux.
Le lendemain matin, une agitation inhabituelle régnait sur la place. Les villageois parlaient à voix basse, les visages fermés. Une vieille femme affirma qu’un chasseur n’était pas rentré. Il avait été vu pour la dernière fois près de la forêt.
— Le roi des ombres... murmura quelqu’un.
Je levai les yeux au ciel, agacé. Les disparitions arrivaient, surtout avec une forêt aussi dense. Pourtant, un frisson me parcourut quand je remarquai les traces laissées dans la terre humide : elles s’arrêtaient net à l’orée des bois, comme si le chasseur avait simplement... disparu.
Malgré moi, je sentis naître une curiosité dangereuse.
Ce soir-là, alors que le soleil déclinait, je pris une décision que je regrettai peut-être toute ma vie : j’allais entrer dans la forêt. Non pas pour prouver que la légende était vraie... mais pour me convaincre, une bonne fois pour toutes, qu’elle ne l’était pas.








