Prologue
C’était une exécution.
Je n’aurais jamais cru finir ainsi, moi qui avais autrefois tenu le destin de l’Empire entre mes doigts. Enchaîné comme un chien sur l’estrade de marbre noir, le collier de suppression de mana enfoncé dans ma chair, je sentais mon sang couler lentement sur la pierre froide. Chaque goutte emportait un peu de ce qui me restait d’orgueil.
Au fond… je l’avais mérité.
Mon regard glissa vers l’estrade impériale, cherchant malgré moi ce visage. Celui que j’avais haï, trahi, et — que les dieux me pardonnent — aimé d’un amour aussi tordu que sincère. Mais elle n’était pas là. Pas même une ombre. C’était mieux ainsi, songeai-je avec un sourire amer. Qu’elle ne me voie pas dans cet état de déchéance finale.
La foule hurlait sa soif de justice. L’Empereur, impassible, leva la main et moi ,je fermai les yeux n’attendant plus que le néan lorsqu’ elle apparut. Elle fendit la foule avec cette démarche qui n’appartenait qu’à elle, sa robe trop grande traînant dans la poussière, les cheveux en bataille et les blessures reouvertes . Elle n’avait pas sa place ici. Elle n’avait sa place nulle part, d’ailleurs. C’était bien là tout son génie.
« Espèce d’idiote ! » voulus-je crier, mais ma voix n’était plus qu’un râle.
Elle ne m'écouta pas. Elle ne m'avait jamais vraiment écouté, de toute façon.
Se jetant contre les chaînes, elle tira de toutes ses forces. Le métal grinça sans céder. Ses mains déjà écorchées s'ouvrirent davantage, laissant le sang couler sur les maillons d'acier. Son mana, si faible... si fragile, s'échappait déjà dans l'air glacé, se dissipant comme une fumée bleutée.
Chaque seconde lui arrachait un peu plus de vie.
- Calme-toi... Tout... tout va bien se passer...
Sa voix tremblait. Je sentis un rire amer me monter à la gorge.
- Me calmer ? Tu te moques de moi ?! Je pensais que t'étais plus intelligente que ça ! Pars d'ici ! Tu entends ?! Sinon nous allons mourir tous les deux ! Dégage !
Mais elle ne bougea pas.Au contraire, elle releva lentement la tête vers moi. Ses grands yeux brillaient de larmes qu'elle s'obstinait à retenir. Il n'y avait ni peur, ni regret. Seulement cette détermination insupportable.
- ...Écoute-moi. Tu dois vivre.
Elle reprit difficilement son souffle.
-Tu vas vivre... Fais-moi confiance.
Faire confiance ?
Comment pouvais-je lui faire confiance alors qu'elle se condamnait sous mes yeux ?
Ses jambes tremblaient déjà. Pourtant, elle continuait de tirer sur ces chaînes maudites comme si sa seule volonté pouvait briser l'acier enchanté de l'Empire.
- Je t'en supplie... pars... Tu vas mourir avec moi... Ça ne sert à rien...
Enfin...
Dans un craquement assourdissant, les chaînes cédèrent. Je m'effondrai à genoux, libre. Mon soulagement ne dura qu'un instant. Elle posa ses deux mains contre mon torse.
Je fronçai les sourcils.
- Qu'est-ce que tu...
Sa respiration était déjà irrégulière. Chaque mot semblait lui coûter une éternité.
-Merci... d'être resté... tout ce temps...
Elle esquissa un léger rire.
- Désolée...de t'avoir abandonné...
- Arrête...
- Mais... ça va aller maintenant...
Ses doigts tremblaient contre mes vêtements.
- Je vais tout arranger...
Mon cœur se serra.Non. Je connaissais ce regard.
- Hé..., ma voix se brisa légèrement ,tais-toi...
Je voulus saisir son poignet sauf qu’elle fut plus rapide.Ses lèvres s'entrouvrirent une dernière fois.
- Je t'aime tant.
Et dire qu’autrefois...J'aurais brûlé l'Empire entier pour entendre ces mots.Aujourd'hui...Je n'aurais jamais voulu les entendre.Elle me poussa de toutes ses forces hors de la bjlle
Mes mains frappèrent aussitôt la paroi magique.
-NON ! REVIENS !
Je frappai encore et encore et encore mais la barrière ne bougeait pas.À l'intérieur, elle vacilla. Tout le mana accumulé se retourna contre elle.Du sang s'échappa de ses lèvres.Ses jambes cédèrent.Elle leva une dernière fois les yeux vers moi avant de s’écrouler...sans aucun souffle.
Mon esprit refusait d'accepter ce que mes yeux voyaient.
-...Pourquoi... ?
Aucune réponse.Seulement le silence.Elle avait choisi son destin.Et moi...
J'étais condamné à vivre avec ce choix.
Le temps sembla s'arrêter. Puis... Une lumière apparut.








