Chapter 1L'offre
Le cabinet juridique Ashford & Associates occupait le quarante-troisième étage de la tour Meridian, offrant une vue spectaculaire sur
Manhattan. Victoria Ashford aimait ce moment du jour—juste avant le coucher de soleil—quand la lumière dorée inondait son bureau et
transformait la ville en tableau impressionniste. C'était le seul moment où elle pouvait respirer.
Elle posa son stylo sur le dossier Whitmore qu'elle venait de finaliser et se frotta les yeux. Vingt-trois heures. C'était devenu sa routine :
arriver à six heures du matin, partir bien après minuit. Son patron, Richard Hutchins, disait qu'elle était sa meilleure avocate. Peut-être.
Mais aucune victoire ne résolvait son vrai problème.
La dette.
Deux millions de dollars. Chiffre qui la hantait comme une ombre malveillante.
Son téléphone vibra. Un message de sa mère : *"Chérie, tu vas bien ? Tu travailles encore tard ?"*
Victoria sourit malgré la fatigue. Sa mère, Margaret, était la raison de tout cela. Il y a trois ans, elle avait fait confiance à un "ami" qui avait
promis des rendements extraordinaires sur un investissement immobilier. C'était un arnaque sophistiquée. Margaret avait perdu sa
retraite, la maison où Victoria avait grandi, tout. À quarante-neuf ans, sa mère s'était retrouvée ruinée et déprimée.
Victoria avait contracté un prêt. Puis un autre. Elle avait dépensé ses économies. Elle avait hypothéqué son futur. Mais elle avait sauvé sa
mère.
*"Oui, tout va bien maman. Je rentre bientôt. Je t'aime."* Elle envoya le message et posa le téléphone sur son bureau.
Un coup léger à la porte.
"Entrez," dit Victoria sans lever les yeux de son écran.
Sophie Harrington, son assistante et meilleure amie depuis l'université, entra avec un café et une expression préoccupée. À vingt-six ans,
Sophie avait ce talent rare de pouvoir être à la fois professionnelle et authentiquement elle-même. Ses cheveux roux vif étaient toujours
en désordre organisé, ses lunettes toujours un peu de travers.
"Tu ne rentres pas ?" demanda Sophie en posant le café sur le bureau.
"Dans une heure," mentit Victoria. Elle savait qu'elle resterait au minimum jusqu'à minuit.
Sophie soupira. "Vic, tu te tues à la tâche. Tu as trente-et-un dossiers en cours. Trente-et-un. C'est inhumain."
"Je suis avocate, Soph. C'est le métier."
"Non, c'est l'autodestruction." Sophie s'assit dans le fauteuil en face du bureau. "Il y a quelque chose que tu ne me dis pas. Depuis trois ans,
tu travailles comme une femme possédée. Tu ne sors plus, tu ne dates personne, tu ne—"
"Soph," l'interrompit Victoria doucement, "je vais bien."
C'était un mensonge. Un mensonge généreux, mais un mensonge quand même.
Sophie ouvrit la bouche pour répondre, mais son téléphone vibra. Elle regarda l'écran et blêmit.
"Quoi ?" demanda Victoria.
"Un appel... du cabinet juridique Blackwell & Crown. Ils demandent si tu es disponible pour une consultation demain à dix heures. Ils ont
spécifiquement demandé toi, par nom."
Victoria fronça les sourcils. Blackwell & Crown était le cabinet juridique privé de Blackwell Financial Group—l'empire dirigé par Damien
Blackwell, l'homme d'affaires le plus redouté et le plus courtisé de New York. Elle n'avait jamais travaillé pour eux. Elle ne les connaissait
même pas.
"C'est peut-être à propos du dossier Whitmore," suggéra Sophie. "Ils sont investisseurs..."
"Peut-être," dit Victoria, mais quelque chose en elle sentait que ce n'était pas ça. "Dis-leur que je serai là."
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Le lendemain, Victoria entra dans le cabinet Blackwell & Crown vêtue de son armure habituelle : un tailleur noir Chanel, les cheveux
attachés en un chignon impeccable, le maquillage discret mais soigné. Elle avait appris longtemps ago que dans le monde du droit
commercial, l'apparence était une arme.
La réception était à couper le souffle. Marbre blanc, baies vitrées, œuvres d'art contemporain. Le type de luxe qui disait sans mots : *Nous
gagnons toujours.*
Une femme d'âge moyen l'accueillit. "Mademoiselle Ashford, Monsieur Blackwell vous attend dans la salle de conférence privée. Le trente-
neuvième étage."
Le trente-neuvième étage.
Là où travaillait Damien Blackwell.
L'ascenseur privé était aussi luxueux que le reste. Victoria s'y regarda dans le miroir poli et vérifia ses cheveux, son maquillage. Pourquoi
faisait-elle ça ? Elle n'était pas nerveuse. Elle n'était jamais nerveuse.
Les portes s'ouvrirent sur un corridor qui ressemblait plus à une galerie d'art qu'à un étage de bureau. Un assistant en costume gris
charbon l'attendait.
"Mademoiselle Ashford. Bienvenue. Si vous voulez bien me suivre."
Ils traversèrent un open-space où des avocats travaillaient en silence tendu, puis un corridor privé. L'assistant frappa à une porte en verre
dépoli.
"Entrez," dit une voix.
Cette voix.
Elle était basse, contrôlée, avec un accent britannique léger qui suggérait une éducation coûteuse en Europe. Elle fit quelque chose à
Victoria—une vibration dans son ventre qu'elle ne reconnaissait pas et n'appréciait pas.
La salle de conférence était immense. À une extrémité de la table en acajou massif—qui aurait pu accueillir vingt personnes—était assis
Damien Blackwell.
Il leva les yeux de son laptop.
Victoria eut besoin d'un moment pour traiter ce qu'elle voyait.
Les photographies ne rendaient pas justice. Aucune photographie ne pouvait. Damien Blackwell était... imposant. Grand—au moins un
mètre quatre-vingt-dix. Des cheveux d'un noir de charbon tombaient légèrement sur son front. Mais c'étaient ses yeux qui arrêtaient le
temps. Gris acier, froid comme l'hiver à Moscou, mais avec quelque chose d'autre dessous. Quelque chose de dangereux.
Il portait un costume Tom Ford graphite, une chemise blanche crispée, pas de cravate. Il y avait un léger ombre sur sa mâchoire—rasage
de la veille, peut-être—qui lui donnait l'air à la fois raffiné et sauvage.
"Mademoiselle Ashford," dit-il en se levant. Sa poignée de main était ferme, brève, impersonnelle. "Merci d'être venue. Je suis Damien
Blackwell."
"Je sais qui vous êtes," répondit Victoria. Elle s'assit dans la chaise qu'il lui indiquait, à l'autre bout de la table. De la distance.
Professionnelle. Nécessaire.
Damien eut l'ombre d'un sourire. "Directe. J'aime ça. La plupart des gens prétendent ne pas me connaître pour se donner l'air
intéressants."
"Je n'essaie pas d'être intéressante, Monsieur Blackwell. Pourquoi suis-je ici ?"
Il s'appuya contre sa chaise, ses yeux gris ne quittant pas les siens. "Droit commercial, spécialisée en fusions-acquisitions. Taux de victoire
de quatre-vingt-seize pour cent. Réputation d'être éthique mais féroce. Vous avez refusé trois offres de cabinets juridiques majeurs au
cours des deux dernières années."
"Vous m'avez enquêtée."
"Bien sûr que je vous ai enquêtée. Je n'engage personne sans savoir qui ils sont." Il se leva et marcha vers la baie vitrée qui surplombait
Manhattan. "Vous savez quoi, Mademoiselle Ashford ? Vous êtes comme moi. Vous travaillez trop, vous avez peu d'amis, pas de vie
personnelle, et il y a quelque chose—une dette, une culpabilité, une obligation—qui vous motive bien au-delà de l'argent."
Victoria sentit ses joues s'échauffer. C'était trop proche de la vérité. "Vous ne me connaissez pas."
"Non," admit-il. "Mais je sais reconnaître quelqu'un qui sacrifie son humanité pour une cause. C'est un miroir." Il se tourna pour la
regarder. "J'ai un proposition pour vous."
"Je vous écoute."
Damien revint s'asseoir. "Mon oncle, Thomas Blackwell, contrôle une partie importante de mon empire. Il menace actuellement de faire
valoir ses droits en tant que co-propriétaire pour fusionner Blackwell Financial avec Rousseau Industries."
"Rousseau Industries ?" Victoria connaissait ce nom. "Isabella Rousseau ?"
"Mon ex-fiancée," dit Damien avec une inflexion qui suggérait que le sujet était clos. "Thomas pense qu'une fusion l'avantagerait. Il se
trompe. Mais il a des alliés au conseil d'administration. Pour l'arrêter, j'ai besoin d'une position de force."
"Quel genre de position ?"
Damien inspira profondément. "Un mariage."
Victoria cligna des yeux une fois. "Je vous demande pardon ?"
"Un mariage arrangé," répéta-t-il patiemment. "Avec moi. Cela renforcera mon image publique auprès des investisseurs familiaux. Thomas
ne pourra pas lancer une fusion s'il paraît que je construis ma vie privée. Et vous..."
"Moi ?" demanda Victoria, incrédule.
"Vous recevrez cinquante millions de dollars et l'effacement complet de votre dette—celle envers le prêteur privé à Manhattan qui vous
menace depuis trois ans."
Le monde s'arrêta.
Comment le savait-il ? Comment pouvait-il savoir ?
"Vous bluffez," dit Victoria, mais sa voix tremblait.
Damien posa une chemise sur la table. Elle contenait des documents. Des photocopies de ses relevés bancaires. De ses contrats de prêt. De
ses dossiers de dépôts de bilan à peine évités.
"Vous avez dix-huit mois," continua Damien calmement. "Nous nous marierons, nous resterons ensemble au moins dix-huit mois en
public. Puis nous divorcerons. Discrètement. Vous serez libre, sans dettes, avec une fortune personnelle que vous pourrez utiliser comme
bon vous semble."
"Et en échange ?"
"Vous signez un accord de non-divulgation absolu. Rien de ce qui se passe entre ces dix-huit mois ne sort. Et vous..." Il hésita légèrement.
"Vous m'assistez dans les fonctions publiques d'épouse."
Victoria se leva. Son cœur battait trop vite. "C'est du chantage."
"C'est une transaction," corrigea Damien. "Vous avez besoin d'argent. J'ai besoin d'une épouse. C'est un échange égal."
"Égal ? Vous contrôlez l'information sur ma vie financière entière. Vous pouvez vous en servir pour me détruire."
Damien se leva aussi. Il était beaucoup plus proche maintenant. Elle pouvait sentir son cologne—quelque chose de discret et cher, comme
le bois de cèdre et la vanille.
"J'aurais pu vous détruire sans vous parler," dit-il doucement. "Si j'avais voulu. Je ne l'ai pas fait. Je vous propose une sortie de secours.
Une que vous ne trouverez nulle part ailleurs."
Victoria regarda dans ses yeux gris. Elle cherchait de la cruauté. Elle trouvait de la détermination. De la certitude absolue qu'il obtiendrait
ce qu'il voulait.
"Je vais avoir besoin de temps," dit-elle.
"Vous avez quarante-huit heures," répondit Damien. "Après quoi, l'offre expire et vos prêteurs reprendront les procédures de collection.
Elles seront... désagréables."
Il lui tendit une carte. Noir brillant, lettres dorées. Un numéro de téléphone. Rien d'autre.
Victoria prit la carte. Ses mains tremblaient à peine.
"Vous pouvez partir," dit Damien. Et puis, alors qu'elle se tournait pour s'en aller : "Mademoiselle Ashford ?"
Elle regarda par-dessus son épaule.
"Vous ne le regretterez pas," dit-il.
Victoria n'était pas sûre si c'était une promesse ou une menace.








