Prologue - L'historique d'une vie oubliable
Kazuki n'était pas un homme remarquable.
Il n'était ni séduisant, ni laid. Il n'avait ni fortune, ni réel talent. À trente-trois ans, il vivait seul dans un appartement minuscule, au-dessus d'un restaurant qui empestait la friture. Chaque jour, il répétait les mêmes gestes : se lever tard, grignoter devant des anime, naviguer entre forums et jeux hentai, puis s'endormir en laissant tourner un visual novel sur son second écran.
Deux fois, il avait aimé. Deux fois, il avait été quitté. La première parce qu'il passait plus de temps à fantasmer sur des waifus en 2D qu'à écouter sa copine. La seconde parce qu'il avait osé parler de son projet de roman isekai lors d'un dîner de famille.
Après ça, il avait tiré un trait sur les femmes. Et sur le monde réel.
Quand la mort l'emporta - une crise cardiaque bête, sans drame ni témoin -, il n'eut que cette pensée, fugace et dérisoire, alors que son écran de PC scintillait encore :
« J'espère que personne n'ira fouiller mon historique internet... »
Et puis, le noir.
Un vide parfait, sans douleur, sans lumière, sans notion de temps.
Jusqu'à ce qu'une voix vienne briser le silence.
- Tiens, tiens... Voilà donc le fameux élu ?
Kazuki ouvrit les yeux.
Il était nu. Flottant dans une étendue de brume pâle, sans ciel ni sol. Le néant.
Et face à lui... une apparition. Divine. Provocante. Inoubliable.
Assise nonchalamment sur un coussin d'énergie flottant, une femme - ou plutôt une déesse - le fixait avec un sourire amusé.
Ses cheveux d'argent cascadaient le long d'un corps sculptural à la sensualité indécente. Sa peau, d'une blancheur irréelle, luisait doucement, presque moite. Une parure d'or translucide couvrait à peine ses formes exagérément parfaites : hanches rondes, taille fine, poitrine lourde et ferme, seins à peine voilés, fermement maintenus par des chaînes d'or ornées de joyaux. Des bijoux serpentaient le long de ses cuisses et de son ventre, attirant le regard sans scrupule.
Elle se pencha, croisant les jambes lentement, faisant exprès de les garder entrouvertes juste assez pour troubler.
Son sourire était un mélange détonnant d'amusement et de faim retenue.
- Hmmm... soupira-t-elle en le détaillant sans gêne. C'est donc avec ça que je dois composer ? Tu ressembles encore à ce déchet d'otaku ? Même la mort ne t'a pas aidé à t'arranger, hein ?
Kazuki rougit, honteux, se couvrant tant bien que mal.
- Q-Qui êtes-vous... ?
- Une déesse, voyons. Ta guide. Ta porte d'entrée vers la réincarnation. Ou... celle qui aurait pu faire de toi son goûter, ajouta-t-elle, en mordillant lentement son ongle verni.
Elle gloussa, sensuelle :
- Si j'avais eu un peu de temps libre, j'aurais bien fait de toi mon quatre heures. J'adore les petits désespérés comme toi. C'est tendre, naïf... toujours un peu salé d'humiliation.
Kazuki déglutit.
Elle se leva lentement, sa poitrine rebondissant légèrement à chaque pas éthéré dans le vide.
- Mais je suis très occupée, hélas. Des milliers d'âmes à trier, des héros à expédier dans des mondes pleins de monstres et de jolies elfes en détresse. Tu comprends.
Elle fit mine de réfléchir.
- Et puis... avec ce que tu as dans le pantalon, j'aurais à peine eu de quoi me lécher les lèvres, murmura-t-elle d'un ton faussement déçu, en baissant les yeux.
- H-Hey ! protesta Kazuki, outré.
Elle éclata de rire, d'une voix chaude, presque orgasmique.
- Détends-toi, humain. Tu m'amuses. Et ça, c'est rare.
Elle tendit un doigt fin et effleura son front.
Son corps s'enflamma. Il hurla sans bruit alors que sa chair se remodelait. Cheveux devenus blonds, traits affinés, muscles dessinés. Son apparence se métamorphosait en celle d'un jeune homme séduisant, à l'aura virile et magnétique.
- Voilà qui est mieux. On dirait presque un prince. Tu verras, les filles de ce monde raffolent de ce genre de minois.
Elle claqua des doigts. Un symbole s'inscrivit brièvement sur sa poitrine, invisible pour lui.
- Tu ne le sais pas encore, mais tu portes un potentiel que même les dieux vont surveiller. Entre nous... je suis un peu jalouse.
Elle lui souffla à l'oreille :
- Tente de survivre. Et si un jour tu deviens assez fort pour me mériter... peut-être que je te laisserai goûter à mon temple sacré.
Avant qu'il ne puisse répondre, le vide se déchira sous lui. Il chuta, aspiré dans un tourbillon de lumière.
"Je suis peut-être mort... mais je crois que ma vie vient enfin de commencer."





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