Le chant – POV Loreleï
La pierre est froide. Humide. Tranchante à certains endroits.
Mes sœurs sont là. Certaines sur les rochers, plus haut que moi. D’autres déjà dans l’eau. Leurs cheveux flottent dans l’eau. Ils se mélangent aux algues.
Personne ne parle. Nous n’en avons pas besoin. Pas encore.
Je regarde les nuages. L’attente est longue.
Mes sœurs commencent à chanter. Je tourne la tête, me relève légèrement. Un bateau approche. Petit, lent. Le vent souffle doucement. Bien.
Je redresse les épaules. Me replace. Ma voix rejoint les leurs.
Nos chants se mêlent. Ils glissent sur l’eau. Le vent les porte.
Le navire ralentit. Ils nous entendent.
Ils ralentissent presque toujours. Rien n’est encore gagné. Je chante plus fort. Mes sœurs aussi.
Des silhouettes, sur le pont. Elles regardent vers nous.
Avancez. Encore. Encore un peu.
Je penche la tête. Regard fixé sur eux.
Venez.
Le bateau hésite. Mon regard s’intensifie. L’une de mes sœurs se rapproche de l’eau, prête à les rejoindre.
Mais le vent change. Il tourne.
Nos voix ne les atteints plus.
Je cesse de chanter. Mes sœurs aussi.
L’une d’elles laisse échapper un grognement. Elle est agacée. Une autre glisse déjà dans l’eau. Elles rentrent chez nous, sous l’île.
Demain, un autre bateau viendra. Peut-être. Ou pas.
Je reste encore un peu. Le vent est doux. L’océan est calme.
Je laisse ma main pendre dans l’eau. Les vagues frappent doucement les falaises.
La nuit monte. Je connais ce moment. Je ferme les yeux. Quelque chose vibre doucement dans ma poitrine.
Au début, je croyais que personne d’autre ne l’entendait.
Puis j’ai compris.
Il ne chante pas pour elles. Elles ne s’en préoccupent jamais. Elles rentrent avant.
Moi, je reste. Chaque soir. Le vent porte sa voix jusqu’à moi.
La voilà.
Cette voix. Loin. Si loin. Je la reconnaîtrais entre mille.
Je ne sais pas à qui elle appartient. Je ne l’ai jamais vu.
Peut-être un triton. Au-delà des courants. Sur les lointaines falaises, au loin. Devant les montagnes.
Peut-être qu’il m’attend, lui aussi. Sans pouvoir me rejoindre.
Sa voix est différente.
Elle ne promet rien. Elle raconte. Elle cherche.
« Là où la mer rejoint les montagnes… »
Je retiens mon souffle. Relève la tête.
« Il est des voix qui résonnent… »
Mes lèvres se soulèvent. Je ne sais pas pourquoi.
« … et trouvent un cœur qui les entend. »
Le mien… peut-être.
Je ne connais pas son visage. Je doute qu’il connaisse le mien.
Mais je connais sa voix.
Chaque nuit, il revient.
Chaque nuit, il chante.
Chaque nuit, je suis là.
Immobile, sur mon rocher.
Et sil revient toujours… c’est parce qu’il m’a entendue.
Et moi, je reste. Jusqu’à ce que son chant disparaisse. Alors seulement, en silence, je glisse dans l’eau.
Demain, je reviendrai. Lui aussi. Il revient toujours.








