À nos souvenirs
Cette pièce...
Je ne me souviens plus ce que je lui trouvais de si spécial. Un espace vide. Sans âme. Qui rappelle de mauvais moments passés. Pourtant je suis là devant elle, contemplant sa médiocrité et son odeur âcre nourris par un papier peint bleu dépassé. Le dessin fait par mon petit frère collé contre le mur est la seule tâche pure encore ici.
Nous ne sommes pas venus ici depuis 6 ans. Tout est vide, encore plus sinistre qu'avant, dévoilant les défauts de la pièce qui étaient cachés par les meubles disparus dans un incendie. La pièce noircie par l'événement a gardé tout de même des espaces encore presque neufs. Le parquet marron foncé... cette horreur qui grinçait sous le poids de mon père adoptif qui diffusait un bruit atroce et inquiétant au possible. Ce salon, qui étouffait nos cris de détresse, d'horreur, de tristesse, avait gardé son air lourd à la senteur d'écoeurement. L'isolation y était plus que médiocre, l'eau avait fusionné avec le plafond s'ajoutant au côté plus que macabre de ce salon.
Pourtant, je suis certaine qu'une personne n'ayant pas connu son passé ne remarquerai pas son côté macabre. C'est le genre de chose que nous remarquerions seulement en ayant vécu cette situation. Vous savez, celle qui vous hante à vie sans vous laisser de repos, celle qui vous est rappelée même dans vos moments supposez heureux, celle qui vous fait culpabiliser pour continuer à vivre. Mais malgré cela vous tenez, même si votre vie tient à un fil. Je ne considère pas vraiment ça comme une force mais plutôt comme une faiblesse qui pourra se transformer en atout et en force. Cela me fait penser que je n'aime ni les optimistes, ni les défaitistes mais les réalistes. C'est une vision que l'on perçoit souvent chez les personnes qui réfléchissent trop, ou bien qui ont vécu trop de choses malgré leur âge. Il y en a plus qu'on le croit. Cette pièce en est la preuve. Un concentré de malheur à l'état pur. Mais ceci n'est qu'une partie de cette maison aux mille souvenirs que chacun préférerait laisser à l'abandon pour soulager leur esprit meurtri par les ruminations et la culpabilité. Vous savez, parfois je me demande s'il ne faut mieux pas être amnésique pour un moment, de façon à laisser respirer votre cerveau, desservir vos pensées invasives.








