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La Vengeance du Vent à travers le temps

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Summary

De mystérieux écrits pamphlétaires s'envolent dans les rues d'un petit village qui sera bientôt bousculé par des révélations qu'il n'attendait pas. Tous les matins, des feuillets apparaissent accompagnés des pages du journal intime d'une jeune fille disparue il y a cinq ans. Les habitants s'organisent aussitôt pour remettre les pages dans l'ordre, sauront -ils enfin ce qui lui est arrivé ? Le Vent, surnommé le poète crotté, en fait son affaire, quelque soit l'époque... Deux histoires, un seul dénouement... trouverez vous le lien ?

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Feuillet numéro un, mardi 3 Mai 1930.

Il y a bien longtemps.

Ma vie a commencé le jour où je l’ai rencontré.

Ce sont ces mots qui m’ont poussé à vous faire connaître cette histoire. L’histoire d’une amoureuse qui a tout perdu, mais qui a tout connu. L’amour n’est-ce pas la raison de vivre de chacun ? Nous vous laisserons juge, à la conclusion de cette histoire, que je tiens, bien évidemment, en tant que fidèle serviteur de la foule, de source sûre. Voici donc la fameuse histoire qui a fait grand bruit chez nous il y a quelque temps et sur laquelle, j’en suis sûr, tout le monde a un avis. En effet, qui n’a jamais évoqué la tragique disparition de la fille de Monsieur le Maire survenue voici cinq années maintenant ?

Mais avant tout, mesdames et messieurs s’il vous plaît, rappelons des faits qui nous semblent à nous tous évident, mais qui, pour la cohésion de cette histoire, sont importants à rappeler.

Rappelons nous que notre petite Communauté, comme nous aimons l’appeler, a les montagnes dans le dos et que devant elle s’étendent nos belles collines partiellement cultivées, et devant les collines : la forêt. La forêt, si sombre, si inquiétante, bien trop souvent agitée d’effroyables bruits de guerre.

Mais aujourd’hui, la forêt nous sépare des Quatre Régions avec qui, fort heureusement, la paix, pour laquelle nous avons tant prié depuis notre arrivée pionnière, règne enfin.

Rappelons nous aussi, mesdames et messieurs, que, après vingt ans de guerre à tour de rôle les uns contre les autres, les quatre filles de Monsieur le Maire, ont finalement été, à l’aube de leur majorité, toutes promises aux fils des Quatres Régions, avec lesquelles nous ferons bientôt alliance définitive lors du Grand Bal qui aura lieu ce dimanche prochain. Ce Grand Bal que nous tous attendons avec impatience, celui-ci représentant la fin de la guerre tant attendue et le début de la paix, le tout couronné par des vœux d’amour. Mais qui voudrait manquer ça chers lecteurs je vous le demande ?

Ce rappel fait, concentrons-nous maintenant sur le plus intéressant…


En tant que filles de Monsieur le Maire, elles étaient pourtant privilégiées : domestiques, écurie, grande maison coloniale, étage entier réservé à leurs usages. Saviez-vous, mesdames et messieurs, qu’elles y partageaient une immense chambre commune et une petite salle de jeu qu’elles faisaient aménager selon leur hobbit du moment ?

Ce jour-là, elles s’exerçaient au billard, lorsque Maddie, la cadette, l’aperçut.

_ Regardez ! s’écria-t-elle en lorgnant par la fenêtre.

Aussitôt les quatre sœurs furent ensemble à la fenêtre à ses côtés, découvrant le nouveau palefrenier qui leur faisait bonjour de la main en les voyant, tenant le licol d’une monture de l’autre main.

Et aussitôt les sœurs descendirent à sa rencontre. Toutes sauf l’aînée.

D’une apparence physique apparemment quelconque, brune aux yeux marrons, haute silhouette bien proportionnée, elle était en réalité, belle. Plus belle que ses sœurs car elle s’entourait d’un mystère que personne n’arrivait à percer. Ni son père, toujours absent pour affaires, ni les domestiques toujours bourdonnants dans la maison, ni les professeurs omniprésents, ni les autres habitants, amis ou voisins ne savaient dire en quoi elle se distinguait des autres, ni ce qui leur faisait dire qu’elle était différente en dehors de sa timidité. Mais tous le sentait.


En vérité, l’aînée des quatres filles du Monsieur le Maire était différente parce qu’elle avait un secret.

Elina était la seule qui s’ennuyait de cette vie gâtée. Sans le dire à ses sœurs, qui pourtant étaient toutes intelligentes et de nature profondément gentille, elle s’était aménagée une cachette. Une petit bout d’intimité où elle cachait ses trésors qu’elle goûtait chaque fois qu’elle pouvait. En effet, souvent seule mais parfois même parfois en public elle lisait des livres qui ne figuraient nulle part sur le territoire.

Et ces lectures, en particulier celle d’une saga historique romanesque, l’avaient non pas éloignée de ses soeurs, mais plutôt vivement marquée et façonnée, de manière à ce qu’elle découvre l’accès à une chose qu’elle ignorait avoir en elle : l’imagination, le goût de l’aventure, l’espoir d’un amour aussi fort que celui des protagonistes tour à tour mariés de force, tombés amoureux, séparés, malmenés par la vie mais réunis. Jamais de toutes les lectures qu’elle avait pu avoir, elle n’avait été aussi exaltée que par cette saga.

Mais Elina ne pouvait pas s’en ouvrir à ses sœurs. D’une part, elle ne voulait pas les mettre en danger par ce secret (d’ailleurs, elle ne savait pas elle-même ce qu’elle risquait), mais d’autre part : elle n’en n’aurait plus de pareille si elle se dévoilait. La propriétaire des livres avait été claire : pas un mot sur ce prêt ou bien elle ne pourrait plus lui prêter les tomes suivants.


Ainsi, Elina, qui lisait en secret, se distingua de ses sœurs qu’elle regardait à présent entourer le nouveau palefrenier.

Son histoire, vous sera révélée un peu plus chaque jour, pour votre plus grand plaisir et pour vous servir mesdames et messieurs.


Ah, j’oubliais un détail : afin que cette histoire nous réunisse plutôt qu’elle nous sépare, seulement deux exemplaires des pages du journal d’Elina seront imprimés. Bonne chasse !

Le Vent.



Journal d’Elina.

Aujourd’hui était un jour moins ennuyeux que les autres. Après le petit déjeuner, alors que nous étions toutes à l’étage en train de disputer une énième partie de billard, Bettina, d’ordinaire si douce et pondérée, s’était écrié d’une voix suraiguë :

  • Regardez ! Venez vite voir !

Aussitôt nous fûmes à ses côtés, même moi qui n’accourais pourtant pas à chaque nouveau piépiement (très fréquent) de mes sœurs.

Ayant grandi ensemble et isolées du centre du village, nous avions développé une symbiose tout à fait naturellement. Nous nous comprenions bien souvent sans l’aide de mots et nous nous connaissions si bien que nos regards à eux seuls pouvaient remplacer toute une conversation.

Ce moment fût l’un de ceux où nous pensions toutes la même chose sans avoir besoin de prononcer notre pensée. La stupeur nous saisit d’abord quelques secondes, puis l’excitation s’empara de mes trois sœurs qui dévalèrent les marches de l’étage pour s’élancer à la rencontre du nouveau venu qui leur avait adressé un signe de la main.

Mais pas moi.

Moi je suis restée sous le choc. Parce que ce moment ressemblait fort à un début. Un début dont je rêvais depuis longtemps ; et surtout un début dont je ne m’étais pas ouverte à mes sœurs.

D’où me vient cette envie de début ? La réponse s’impose tellement vite à mon esprit que je n’ai pas besoin de chercher loin : elle a toujours été en moi inconsciemment mais que je viens seulement de le réaliser grâce au livre interdit que j’ai commencé.

J’ai beau arriver au milieu de l’histoire, je ne comprends toujours pas pourquoi elle est interdite. Elle est pourtant passionnante.


C’est l’histoire d’une petite fille prénommée Angélique. Elle était de noble souche mais sa famille n’était pas bien riche, ayant seulement un nom et un château à entretenir avec peu de moyen. De fait, sa famille avait si peu de moyens que leur père, pourtant baron, ressemblait à un paysan vêtus de désuet habits nobles aussi usés que lui.

Je me rappelle que le premier tome était d’une longueur et d’une lenteur terrible, et que j’ai eu envie d’abandonner cette lecture plus d’une fois. Tout y passait : son quotidien, ses virées dans les champs avec son meilleur ami Nicolas et ses amis paysans, un moment obscure dans un monastère où elle échappe à un danger non nommé.

Mais par la suite Angélique grandit, toujours entourée de sa clique qui pourtant ne seyait pas à son rang (mais de cela, elle n’en n’avait cure).

Un jour, alors qu’elle s’amusait à espionner son père et son avocat, elle finit par découvrir le secret de son travail qui l’occupait tant : c’était au sujet d’une mine. Angélique, encore jeune, ne comprenait pas l’importance d’un tel secret. Lorsque son père et l’avocat lui firent promettre de ne rien dire, elle répondit “Et qu’est-ce que j’y gagne moi ?”, “ Un mari” lui répondit son père. Angélique ne savait pas ce qu’était un mari, mais à la façon de prononcer ces mots, elle devina que c’était quelque-chose de valeur. Elle accepta alors de garder cette histoire de mines secrète aux oreilles de sa famille et de ses nombreuses sœurs.

Angélique, de tous les enfants de sa fratrie, était celle qui avait le plus de personnalité, la plus énergique, la plus têtue, la plus intelligente, et la plus jolie.

L’adolescence arriva enfin et c’est à ce moment que se produisit enfin un événement qui allait tout changer. Un événement qui déclencha un début. Un événement qui allait se répercuter loin dans le temps et dans son avenir.

Son père organisait un bal en l’honneur de la venue de Monsieur, le frère du roi. Bien sûr elle était encore trop jeune pour y assister mais elle n’avait pas perdu son talent pour l’espionnage. Ainsi, au hasard de ses scrutements, elle épia une conversation qu’elle n’aurait jamais dû entendre : un complot contre le Roi. Elle assista à l’échange d’un coffret contenant un poison rare et ainsi que la liste des noms des comploteurs. Le premier personnage s’éclipsa. Le second cacha le coffret, puis se rendit au bal.

Mais Angélique, qui avait déjà le sens du devoir, ne put rester sans rien faire. Elle sortit de sa cachette, attrapa le coffret puis ouvrit la fenêtre. Comme elle était menue, elle arrivait encore à se déplacer sur les corniches des fenêtres et des tourelles. Elle alla donc cacher le coffret dans un renfoncement situé sous la décoration d’angle d’une tourelle puis revint sans encombre. Elle sortie de la chambre au complot et continua son chemin dans le couloir jouxtant la salle de bal pour rejoindre sa propre chambre mais son cousin Philippe, plus âgé et mauvais, lui chercha des noises, si bien que l’attention fut attirée sur elle. Son père, désolé, ne put faire autrement que de présenter sa fille Angélique, à Monsieur, le frère du roi, vil personnage comploteur. Après une main sous le menton et un regard appuyé sur toute sa personne, il fut décidé qu’il était temps que la jeune fille entre au couvent pour y être éduquée.

Angélique ne voulait pas y aller mais on ne discutait pas les ordres de Monsieur.

Lorsqu’elle revient, quatre ans plus tard, après avoir rendu chèvre les nonnes chargées de discipliner la jeune fille, ce fut pour découvrir qu’il était temps qu’elle obtienne sa récompense.

Or, à seize ans, Angélique savait désormais ce qu’était un mari.


Je frissonne au souvenir de ce passage. Un mari. Quel effroi ! Moi je n’en veux pas. Contrairement à mes sœurs qui passent leurs heures à imaginer comment seront leurs promis respectifs, moi je passe mon temps à espérer qu’on vienne m’enlever. Elles sont si douces et si naïves que je n’ai pas le cœur à partager ces pensées.

Aussi loin que je m’en souvienne, il y a toujours eu une guerre avec l’une des quatre Régions. Et quand ce n’était pas une guerre qui occupait mon père, c’était des négociations de paix ou de complot avec une des deux autres Régions à n’en pas douter.

J’ai bien essayé d’imiter Angélique, mais je n’ai absolument rien trouvé de relatif au sujet du travail de mon père dans notre maison. J’en déduis qu’il ne travaille jamais depuis la maison.

Un mari, mais bon sang je n’en veux pas moi ! Je serai alors comme Angélique, vendue à un vieux monsieur balafré et qui boite ! Hors de question !

Voilà. Pendant que mes sœurs rêvent au prince charmant, moi je rêve que Nicolas m’enlève, telle l’Angélique qu’il a toujours aimé. Sauf que dans ma vie, il n’y a pas de Nicolas.

Bon, la matinée avance, et j’écris depuis une bonne heure. Je m’en vais retrouver mes sœurs pour le dîner, qui ne vont cesser de jacasser au sujet du nouveau palefrenier.


C’est le soir et je te retrouve enfin cher journal. Bon sang je deviendrai folle si je ne pouvais pas me confier à toi. Mes sœurs sont adorables mais tellement aveugles. L’étais-je autant moi aussi, avant de rencontrer ma nouvelle amie ?

Depuis que nous discutons, je ne cesse de me poser de nouvelles questions. Et ces questions, bien qu’obsédantes, répondent pourtant à l’angoisse qui m’a toujours habitée concernant mon avenir. Bon sang, mais qui suis-je ? Comment faire pour m’émanciper ? Je ne suis pas une bourrique qu’on cède à un autre possesseur, bon sang ! Comment mes soeurs peuvent elles être rêveuses face à cette horrible perspective de nouvelle cage ? Elles voient les dorures. Je vois les barreaux.

Serais-je obligée d’attendre le moment de la passation de cage pour m’enfuir ? Ou devrais-je m’enfuir de cette première cage ? Mais où aller ? Et comment ?

Je suis tellement effrayée par cette dernière perspective que je n’en n’ai jamais parlé à personne.

Enfin, sauf cette après-midi. C’était bien la première fois que j’osais m’en ouvrir à quelqu’un. Mais comme cette domestique est nouvelle, j’ai pris le risque, ou plutôt, elle a si habilement manœuvré que les mots sont sortis tout seul de ma bouche et je me suis trahie. Cela l’a fait sourire jusqu’aux oreilles.

Ce soir je me rassure en me disant que si elle parle, je l’accuserai de mentir et mon père la congédiera. Personne ne la croira. Elle est nouvelle. Elle n’a pas de poids. Moi je suis née là et je connais tout le monde. Je connais absolument chaque hommes, chaque femme, chaque enfant, qu’il soit voisin, menuisier, boulanger ou imprimeur, chaque cousin de cousin, chaque voyageur récurrent, chaque rue, chaque toît, chaque tuile. Chaque brin d’herbe… je me meurs d’ennuis.

Et Amalia l’a deviné. Voilà pourquoi elle m’a offert ce livre et m’a poussé à la confession… je peux enfin me l’avouer : ça fait du bien de pouvoir dire ce qu’on a sur le cœur depuis si longtemps qu’on s’était habitué à son poids dans notre poitrine. Et depuis, je n’ai qu’une envie : continuer de m’alléger.

Ah non, deux envies : continuer de lire Angélique, Marquise des Anges !


J’ai donc rejoint Amalia après le dîner sous prétexte de l’aider à faire la lessive de nos draps au lavoir. Je n’avais jamais vu une domestique aussi peu douée et je m’en suis gentiment moquée.

Sans aucunement en prendre ombrage, elle m’a demandé ce que je pensais du livre qu’elle m’a prêté en secret.

_ Je suis choquée que Joffrey cumule les défauts, lui ai-je répondu. Une immense balafre sur le visage, boiteux et en plus VIEUX ! Mais pauvre Angélique ! J’espère qu’elle va réussir à s’enfuir avec Nicolas !

Amalia avait sourit de plus belle :

_ Continues, tu vas être surprise.

J’en ai l’eau à la bouche, mes sœurs dorment enfin je vais pouvoir continuer de lire.

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