Tome 3 : Arôme Incandescent by Danae at Inkitt
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Tome 3 : Arôme Incandescent

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Summary

Le cauchemar recommençait. Enfermée entre les murs blancs et aseptisés d'un laboratoire secret, Imunë est de retour à la case départ. Devenue la prisonnière d'un concepteur fou, elle doit affronter une menace bien plus insidieuse que les aiguilles qui la percent : les voix et les mirages qui parasitent son propre esprit. Pour survivre, elle va devoir démêler le vrai du faux, alors que son corps semble mystérieusement muter. Pour Ash, le silence de la Citadelle est devenu une torture. Rongé par les remords et une jalousie féroce, le prédateur millénaire refuse d'abandonner celle qu'il a lui-même poussée dans ce piège. Prêt à lever une armée et à forcer les secrets les plus sombres de sa propre race, il se lance dans une traque désespérée qui mènera ses compagnons jusqu'au berceau même des vampires : la mythique et redoutable Cité Ancestrale. Dans ce troisième et dernier tome, le passé et le présent s'entrechoquent dans un ultime face-à-face où chaque choix se payera au prix fort. Quand les masques tombent et que la fin approche, l'amour est-il la plus belle des victoires... ou la plus cruelle des défaites ?

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Remords

ASH

Le silence de la tour ducale murmurait une insulte à la tempête qui faisait rage sous le crâne d’Ash. Dans le salon baigné d’une clarté lunaire presque irréelle, il arpentait la pièce, ses bottes de cuir marquant un rythme sourd sur le parquet de chêne sombre. Un fauve en cage, prisonnier d’un luxe qui n’avait plus aucune saveur.

La lune de Koldur, suspendue comme une perle glacée dans le velours noir de la nuit, projetait des ombres allongées qui semblaient se moquer de lui. Il ne la voyait pas. Ses yeux, d’ordinaire si perçants, s’embrumaient par les débris de sa propre culpabilité.

— Imunë, écoute-moi, je suis désolé, j’ai agi pour... murmura-t-il, sa voix n’étant qu’un craquement rauque dans le vide de la pièce.

Il s’arrêta net, le visage tourné vers une bibliothèque dont il ne lisait plus les titres. Non. Il avait agi par pur égoïsme. Il le savait. Imunë le savait. Il chercha une autre tournure, un agencement de mots qui pourrait, par miracle, colmater la brèche béante qu’il avait ouverte dans le cœur de la jeune femme.

— Je te donnerai tout, marmonna-t-il pour lui-même, s’adressant à l’ombre d’une chaise où elle aimait s’asseoir. Et je ferai ce qu’il faut pour te protéger.

Il secoua la tête, un rire amer lui échappant. Pathétique. On ne bâtit pas un sanctuaire sur des fondations de mensonges, et il venait d’en recevoir la preuve la plus évidente. Depuis qu’elle avait franchi le seuil de cette tour pour « prendre l’air », l’air lui-même semblait avoir quitté ses poumons. Chaque minute de son absence devenait une torture raffinée, un rappel constant que l’arôme de vanille et de terre mouillée qui l’obsédait n’habitait plus ces murs.

Il reprit sa marche, les mains croisées derrière le dos, les muscles de ses épaules tendus à en rompre sa chemise de soie fine. Il imaginait déjà son retour. Il l’imaginait entrer, le regard encore froid, cette distance polaire qu’elle avait installée entre eux depuis leur dernière conversation. Il s’approcha de la fenêtre, posant ses paumes à plat contre la pierre froide du rebord. Ses ongles griffèrent le schiste.

Il se perdit dans la contemplation des cimes enneigées au loin, là où le sentier s’enfonçait dans les profondeurs de la forêt de Koldur. Il avait tout gâché. Oui, il avait orchestré leur capture à Ouroboros. Et oui, il était aussi l’instigateur du guet-apens qui avait entraîné la mort de Lyra. Oui, il avait cru, au début, voir en Imunë l’opportunité de venger sa sœur, d’assouvir sa propre amertume. Il s’était raccroché à ça, il s’était voilé la face en se persuadant ne voir en elle que l’instrument de ses sombres desseins.

Jamais il n’avait eu aussi tort de sa vie.

Sa si longue vie.

Et maintenant, il devait composer avec la douleur qu’il lui avait infligée et sa propre souffrance qui se réveillait dans un écho parfait à la sienne. Le givre qui léchait le vitrage semblait vouloir s’insinuer jusque sous sa peau. Ash ferma les yeux, mais le noir ne lui offrit aucun répit. À la place, le visage d’Elysia émergea des ténèbres de sa mémoire.

Il l’imaginait là, debout dans l’angle de la pièce, l’observant de ce regard de biche qu’elle gardait même face aux loups. Elle aurait détesté l’homme qu’il était devenu ce soir. Elle qui chérissait la lumière aurait eu horreur de cette obscurité qu’il avait méthodiquement injectée dans la vie d’Imunë.

« Est-ce là ta justice, mon frère ? », paraissait murmurer le vent contre la pierre. « Détruire une âme innocente pour apaiser les cendres d’une autre ? C’est mal me connaître. »

Il frappa le rebord de la fenêtre du plat de la main, un coup sourd qui fit vibrer le verre. Il s’était persuadé que le sacrifice d’Imunë représentait une nécessité mathématique, une équation sanglante où sa douleur à elle achèterait la paix des morts. Mais le poids de son égoïsme l’écrasait désormais. Lyra était morte par sa faute, et même si le sort de cette humaine l’importait peu, il se devait d’honorer sa mémoire par respect pour celle qui avait ravi son cœur : Imunë vivait dans le sillage d’un massacre qu’il avait lui-même dessiné.

Pour la première fois en plusieurs millénaires, le grand vampire de Grèce Antique, le prédateur infaillible, se sentait dépassé. Lui qui avait parcouru le monde, traversé les siècles, enchaîné des conquêtes, il était incapable de résoudre l’énigme du pardon d’une femme. Chaque scénario qu’il élaborait dans son esprit se brisait contre le mur de la réalité : comment mendier la confiance quand on a soi-même tenu le couteau ?

Il s’impliquait à lui parler, tomber à genoux s’il le fallait. Mais le mépris qu’il avait lu dans ses yeux avant qu’elle ne sorte était une barrière plus infranchissable que n’importe quel glacier. Il avait peur. Une peur viscérale, humaine, qui lui tordait les entrailles : et si elle ne revenait jamais ? Et si, dans cette forêt, elle décidait que l’hiver de Koldur était plus doux que la chaleur trompeuse de ses bras ?

— Par les enfers, qu’elle me haïsse si elle le veut, mais qu’elle me revienne !

Sa voix, cinglante, fut instantanément emportée par la bise glaciale qui s’engouffrait par la fenêtre ouverte, se perdant dans l’immensité stérile de la steppe. Ash frappa le rebord de pierre une dernière fois, non plus par désespoir, mais avec la fureur de celui qui refuse la défaite. Il devait changer. Il devait dévêtir son arrogance de conquérant antique pour apprendre la langue de la rédemption. Il la traquerait s’il le fallait, il ramperait s’il le fallait, mais il ne la laisserait pas s’évanouir dans le givre comme une illusion.

Il se tourna d’un geste brusque, sa cape de velours balayant le sol, les yeux brûlants de cette résolution nouvelle. Il allait sortir, la retrouver sous les pins noirs, et forcer le destin une fois de plus.

Le battant de la porte gémit, laissant entrer Sandro, lui coupant son élan avec une brutalité souveraine.

Le vampire se figea. L’attitude de son domestique de toujours ne lui plut pas ; il y avait dans sa posture une lourdeur inhabituelle, un affaissement des épaules qui jurait avec sa discipline habituelle. Sandro ne le regardait pas en face. Ses yeux sanglants restaient fixés sur les dalles de chêne, sa mine plus sombre qu’une nuit d’orage.

— Monsieur, dit-il doucement, d’une voix qui semblait venir du fond d’un tombeau.

Ash s’arrêta net au milieu de la pièce. Une alarme muette résonna dans ses veines. Sa première pensée, fulgurante et agressive, vola vers ses ennemis.

— Oui ? Qu’est-ce qu’il se passe ? articula Ash, sa voix se faisant tranchante comme un rasoir. Une nouvelle offensive ? Est-ce une descente ?

Sandro releva enfin le visage. Ce qu’Ash y lut le frappa plus durement qu’un pieu en plein thorax. Ce n’était pas la nervosité du combat, mais la dévastation de l’échec.

— Monsieur... commença Sandro, hésitant, cherchant des mots qui n’existaient pas pour adoucir la lame qu’il s’apprêtait à planter. Il s’agit de mademoiselle Imunë.

À ce nom, Ash sentit ses entrailles se tordre dans un spasme violent. S’il avait encore possédé un cœur vivant, de chair et de sang, celui-ci se serait emballé jusqu’à la rupture, cognant contre ses côtes avec la force d’un bélier. Le froid de la pièce parut soudain dérisoire face à la glace qui s’emparait de son être.

— Monsieur, je ne sais pas comment vous le dire, mais... elle a disparu.

Le monde vacilla. Ash ne cilla pas, mais une sensation d’un froid immense, un frisson séculaire, se propagea dans chaque cellule de son corps déjà mort. Le silence qui suivit fut plus terrifiant qu’un cri.

— Comment ? articula enfin Ash, sa voix n’étant plus qu’un souffle caverneux. Comment ça, disparue ?

Il se rapprocha de Sandro, son aura de prédateur irradiant une électricité statique qui fait grésiller l’air. Sandro ne se déroba pas, verrouillant son regard dans le sien avec une gravité solennelle.

— Introuvable, monsieur. Roxanne a suivi sa trace dans la neige fraîche. Mais la piste s’arrête brusquement à l’orée de la forêt, là où le chemin s’évase vers la plaine. Et d’après ce qu’elle a pu lire... elle a été enlevée.

La sidération, qui bouillonnait en Ash quelques secondes plus tôt, laissa place à une fureur glaciale. Ce mot, enlevée, résonna dans son esprit comme un glas.

— Enlevée ? Par qui ? cracha-t-il, les traits tordus par un mélange de fureur et d’une inquiétude qui lui broyait les poumons.

Il repassa mentalement la liste de ses ennemis. Les vampires s’étaient retirés, pansant leurs plaies après l’échec de leur dernier assaut. Ymir, ce vieux serpent, avait regagné son antre, sans doute pour y préparer son prochain coup avec la patience des damnés. Le Conseil était amputé, mais le vide qu’il laissait, dissimulait un nid de vipères.

Sans attendre de réponse, Ash dépassa Sandro d’une foulée brusque, le bousculant presque dans sa hâte. Il était consumé, dévoré par le besoin d’agir, de sang et de réponses.

— Où est Hakon ? Il faut lancer des recherches immédiatement ! tonna-t-il en s’engouffrant dans les escaliers.

— Monsieur, le jour va bientôt se lever ! l’avertit Sandro en lui emboîtant le pas, l’air particulièrement inquiet.

Ash ne ralentit pas. Ses bottes martelaient les dalles de pierre dans une course effrénée vers la salle de commandement.

— Que Hakon envoie les humains ! Il y a bien des patrouilles capables de pister dans la lumière, non ? A-t-on la moindre idée d’une direction ?

— Monsieur, je vous en conjure, ne prenez pas de décision hâtive, tenta encore Sandro, sa main se posant brièvement sur l’épaule de son maître pour le tempérer.

Ash s’arrêta net et pivota, ses yeux d’un rouge écarlate brillant d’une lueur démente.

— Je ne peux pas l’abandonner, Sandro ! Surtout pas après notre... dernière conversation ! Je ne peux pas...

Sa voix vacilla légèrement, mais déjà Ash reprenait sa marche. Ils débouchèrent enfin dans la salle principale, une vaste pièce voûtée où l’obscurité luttait contre les dernières braises de la cheminée. Hakon était déjà là, sa silhouette massive penchée sur une table massive où se déployait une carte complexe des tunnels de Koldur et des environs. Roxanne se tenait à ses côtés, ses yeux rouges scintillant comme deux rubis maléfiques dans la pâleur de son visage de porcelaine.

— Je n’aurais pas dû la laisser seule... murmurait-elle à Hakon, sa voix chargée d’un regret amer, au moment précis où Ash entrait dans la pièce comme une tempête.

Le silence retomba brutalement sur l’assemblée. Tous les regards convergèrent vers lui, dont la silhouette se découpait dans l’ombre du vestibule, tel un dieu de la guerre dont le monde venait de s’effondrer.

Ash fendit l’espace, s’approchant de Roxanne avec une intensité qui fait frémir l’air. Ses traits demeuraient de marbre, mais ses yeux brûlaient d’un feu qui exigeait des comptes.

— Tu t’es rendu compte de sa disparition il y a longtemps ? demanda-t-il, la voix étrangement calme, d’une froideur plus redoutable que ses éclats de rage.

Roxanne soutint son regard, bien que son visage de porcelaine parût prêt à se briser.

— Je ne la voyais pas revenir, expliqua-t-elle d’une voix blanche, presque atone. Alors je suis partie à sa recherche. Au moment où je suis sortie, Hadès revenait de la lisière de la forêt. Son comportement était anormal, affolé. J’ai mis du temps à le calmer mais il m’a conduite vers là où il venait.

Ash serra les poings à s’en blanchir les articulations. Son regard pivota vers Hakon, qui n’avait pas quitté la carte des yeux. Le vampire fronça les sourcils, le visage marqué par une gravité qui lui était inhabituelle.

— Je m’y suis rendu aussitôt, dès que Roxanne m’a prévenu, lâcha Hakon. J’en reviens à l’instant. Les signes ne trompent pas : elle a dû être assommée ou s’évanouir sous le choc. J’ai trouvé les traces d’un corps tiré sur le sol, entre les arbres, avant qu’elles ne soient remplacées par celles de chevaux. Au moins trois montures, au vu de l’enfoncement du sol.

Ash se redressa de toute sa hauteur, l’aura de commandement l’enveloppant comme une armure.

— Il faut partir. Immédiatement.

— Le jour se lève, Cassian, répliqua Hakon d’un ton sans appel.

— Et alors ? rugit Ash, dont la patience venait de se consumer totalement.

— Je ne risquerai pas la vie des nôtres, coupa Hakon avec une autorité égale à la sienne. Si nous devons lancer une traque digne de ce nom, nous attendrons la nuit.

Ash voulut protester, le visage déformé par un mécontentement féroce, prêt à passer outre le protocole pour s’élancer seul dans l’aube naissante, mais Hakon ne lui laissa pas le temps de rompre le silence.

— Ce n’est pas tout.

Un frisson désagréable remplaça la colère d’Ash.

— Quoi encore ?

— La forêt était vide, poursuivit Hakon d’une voix sourde. Entre notre victoire contre le Conseil et l’évacuation des blessés, l’endroit a été sécurisé. Tous les hommes ont disparu, les vampires se sont repliés. J’ai personnellement vérifié les périmètres : il n’y avait aucune trace d’inconnus rôdant autour de nos murs.

Ash plissa les yeux, le soupçon commençant à germer dans son esprit comme un poison.

— Que veux-tu insinuer au juste ?

Hakon se redressa enfin et planta son regard dans celui de son souverain. C’était un regard d’un rouge profond, nourri par des siècles de batailles et de sang, qui ne cillait jamais devant la vérité, aussi brutale soit-elle.

— Je veux dire qu’Imunë n’a pas été capturée par un ennemi venu de l’extérieur, Ash. Elle a été enlevée par quelqu’un de la Citadelle. Quelqu’un qui connaissait nos rondes. Quelqu’un qui se trouvait déjà parmi nous.

Il marqua une courte pause.

— Un traitre.



Encyclopédie des Odeurs

FICHE OLFACTIVE N°109 : LA VIANDE SÉCHÉE

Désignation technique : Fibres-Nomades Catégorie : Survie / Charnel

« Un morceau de viande séchée n’est pas qu’un simple aliment de fortune. C’est un concentré de force brute, une absolue nécessité pour préserver la faible lueur des corps mortels. Bien avant que les hommes ne bâtissent leurs cages de verre, elle était l’odeur de la subsistance, et elle sera celle du salut. »

PROFIL SENSORIEL

NOTE DE TÊTE (L’Instinctive) : Une salinité âcre et primitive. C’est le sel lourd qui agresse les papilles, une morsure sèche qui sature l’air et réveille l’animal, masquant d’abord la tiédeur de la vie sous une croûte stérile.

NOTE DE CŒUR (La Conserve) : Une effluve de fumée froide et de sang figé. C’est l’odeur de la fibre musculaire privée de son eau, un parfum de fer desséché et de venaison sauvage là où la vie a été stoppée net pour ne pas pourrir.

NOTE DE FOND (L’Essence) : Une note de poussière ancienne et de mort suspendue. Ce n’est pas une simple émanation, mais une sensation de vide tenace, le moment où la protéine devient pierre sous le soleil implacable des terres dévastées.

ANALYSE TACTIQUE

Utiliser la terre comme un conducteur de vérité :

Le Rationnement Cendré : Dans les camps de survivants, les odeurs de déshydratation dominent. Je dois filtrer le sel et la suie des fumoirs de fortune pour isoler les pulsations d’un cœur encore chaud tapi derrière les barricades.

Le Sillage de la Traque Morte : Le désert de poussière tente de dissimuler le bétail humain sous une armure de sel et de faim. La traque y devient trompeuse, car le sillage de la proie se confond avec les lambeaux de chair séchée qu’ils portent pour tromper leur propre agonie.

✍️ NOTE DE TRAQUE

« J’ai connu des époques où la viande fraîche ruisselait à chaque coin de rue, bien avant que le grand embrasement ne vienne tout calciner. Aujourd’hui, elle sent le sel et la fumée, un parfum mort-né qui tente de défier ma propre éternité. Dans les friches, cette odeur est un leurre qui agresse mes sens millénaires. Je préfère la pureté d’une veine qui bat, là où le fluide est encore libre. Car ici, sous le ciel de cendres, la survie sent la poussière, et moi, je ne suis qu’un prédateur affamé qui attend que le sang vienne enfin réhydrater ce monde desséché. »

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