Prologue Nolan
Je n’aurais jamais pensé ressentir ça un jour. Ce sentiment de flotter, comme si plus rien ne pouvait nous arriver. Comme si c’était nous contre le reste du monde.
Après tout, je n’aurais jamais dû ressentir ça. Cette chose que l’on appelle l’amour.
J’étais déjà brisé par la mort de ma sœur. Chaque jour, je vivais avec la certitude de l’avoir tuée. Cette culpabilité me rongeait de l’intérieur, dévorant le peu qu’il restait de moi.
Mais elle n’était pas la seule personne que j’avais brisée.
Bridget aussi.
J’ai assisté, impuissant, à l’effondrement de chacune des petites parcelles de son cœur. Je les ai regardées se fissurer, une à une, jusqu’à ce qu’il n’en reste presque plus rien. Et le pire dans tout ça... c’est que j’en étais le responsable.
J’en étais convaincu : je n’étais qu’un putain d’égoïste.
Pourtant, plus les jours passaient, plus il m’était impossible de détourner les yeux d’elle. Elle occupait chacune de mes pensées. J’avais envie de fracasser tous ceux qui osaient l’approcher, simplement parce qu’ils avaient le droit d’être près d’elle alors que moi, je ne le méritais pas.
Je devais mourir.
Mourir pour elle.
C’était sûrement la seule chose que je pouvais encore lui offrir.
Mais il y avait toujours cette infime possibilité. Cette chance ridicule, presque inexistante, de la croiser un jour. Au détour d’une rue, dans un bar, dans un supermarché ou au hasard d’un regard échangé entre deux inconnus.
Alors je m’accrochais à la vie.
Je m’y accrochais avec une force désespérée, uniquement pour conserver cet espoir insensé de la revoir une dernière fois. J’en venais presque à aimer vivre, non pas pour moi... mais pour cette unique possibilité.
Au début, je l’avais haïe pour son départ.
Puis je m’étais rappelé une chose essentielle : je n’avais pas le droit de lui en vouloir.
Parce que c’était moi qui l’avais détruite.
Alors je continuais, jour après jour, à préserver tout ce qu’il me restait d’elle. Le son de son rire. Son parfum. La couleur de ses yeux. Sa vieille paire de Converse bleues. Et ce tatouage sur mon poignet, devenu le dernier morceau d’elle que je pouvais encore toucher.
Puis, un jour...
Tout a disparu.
Un accident.
Et en une fraction de seconde, les visages sont devenus flous. Les souvenirs se sont mélangés, puis effacés. Ceux que j’avais protégés avec tant d’acharnement se sont évaporés, comme s’ils n’avaient jamais existé.
Même elle.
À partir de ce jour-là, chaque fois que quelqu’un prononçait le prénom de Bridget, je ne pouvais répondre qu’une seule chose :
— Qui est Bridget ?








