Neghwahrum, la Cité des Nains
Quelque part dans les profondeurs des mines naines, une discussion se fait entendre.
« Ah, tu as triché, avoues ! », s’exclame un nain.
« Ne dis pas n’importe quoi ! Comment veux-tu que je triche ? Je ne suis pas un sans-poil ! »
Des nains sont en train de jouer aux cartes, assis à une table contre une paroi de la mine. Une lanterne au-dessus d’eux sert à éclairer les environs, l’air est lourd, mais ne semble pas les déranger.
Un autre nain arrive avec des chopes de bière, il en pose deux sur la table.
« Alors, qui gagne ? », demande-t-il.
« Moi ! », répondent en unisson les deux autres nains.
Ils se regardent, rient ensemble, boivent leurs bières avant de commencer une nouvelle partie avec le sourire.
« Alors, le quota a-t-il été atteint ? »
« Une bonne tonne de pierre inutile pour ces satanés de sans-poils. », s’exclame-t-il.
Et de nouveau, ils rient. Avant que l’un d’entre eux ne prenne une pierre par terre pour la lancer dans le wagon rempli du même type de pierre.
Plus haut, à la surface, se situe la Cité des Nains, Neghwahrum, arborant depuis peu les drapeaux du Royaume d’Estoubine. L’air est tendu, les nains et les humains ne s’entendent guère, certains nains portent un collier d’esclavage, signe de la soumission des nains envers les humains.
Dans la salle du trône, un émissaire humain est en train de parler avec le Roi des Nains.
« Cher Roi Thergur. Le Roi Edward s’impatiente, les pierres fournies sont de mauvaises qualités. »
« Oh ? Pourtant, nous n’avons pas changé nos habitudes. Le quota est respecté, n’est-ce pas ? »
« Certes, mais les besoins pour la guerre ne sont pas tenus. Si cela continue, j’ai peur que la ligne de front n’arrive ici. »
« Je vais voir ce que je peux y faire. Malheureusement, les filons sont bien plus profonds maintenant. »
Ils se regardent mutuellement. Chacun d’eux essaye de percevoir ce que l’autre pense.
Quelques instants plus tard, les portes de la salle du trône s’ouvrent. Un garde nain entre en courant et s’agenouille devant son roi, il ignore totalement l’émissaire.
« Mon roi, nous avons reçu une missive importante des bas-fonds des mines. », dit-il.
« Oh ? Dois-je intervenir ? »
« J’en ai bien peur… »
Le Roi Thergur regarde l’émissaire.
« J’ai bien peur que notre discussion soit finie. »
« Je ne pense pas, je vais vous accompagner. Et voir de mes propres yeux, ce qu’il en retourne. »
Sur ses mots, le Roi Thergur grimace. Il se lève et commence à marcher. Le garde se tourne et le précède afin d’ouvrir le chemin. L’émissaire des humains sourit et les suit.
« J’espère que vous ne me cachez rien, il serait fort dommage si c’était le cas. », suggère l’émissaire.
« Ne vous inquiétez pas, sûrement une partie des mines qui s’est effondrée. »
« Cela serait un désastre. »
« Oui, nous n’aimerions pas que la ligne de front arrive ici. »
Ils se regardent mutuellement avec défiance. Les deux se sourient, mais aucun ne veut rendre la situation plus compliquée.
Quelques années plutôt, avant l’attaque des humains, la Cité des Nains était prospère, le commerce florissant, les villages aux alentours pouvaient facilement récupérer armes et outils. Les humains n’étaient guère sur leurs terres, permettant ainsi aux autres races de se promener dans la cité sans crainte, donnant la sensation d’un havre de paix.
Cependant le Royaume d’Estoubine décida d’y remédier. Une armée s’avançait vers la Cité des Nains.
« Regarde-moi cela, mais quel attroupement. », remarquait un garde nain.
« Je ne sais pas. Capitaine ! Venez voir ! »
Le capitaine entendant l’appel marchait doucement vers le bord de la muraille.
« Que fait l’armée des humains ici ? », se demandait le capitaine.
Il se grattait la barbe.
« Laissez les portes ouvertes et prévenez le roi. »
Le capitaine continuait d’observer la situation.
Quelques minutes plus tard, le Roi Thergur arrivait sur place. Un émissaire des humains était aux portes, entouré de soldats humains.
« Que se passe-t-il ici ? », demandait-il.
« Cher Roi Thergur. Je me présente, Stefano di Savignano. Je suis l’émissaire envoyé par le Royaume d’Estoubine. »
« Et que me vaut votre venue ? »
« Je suis heureux de vous informer que le Roi Edward a décidé de prendre possession de la Cité des Nains. »
« Est-ce une déclaration de guerre ? »
« Plutôt une annexion rapide. »
Avant qu’il ne puisse répondre, plusieurs soldats humains entraient dans la cité. Certains nains essayaient de résister, mais ils étaient vite maîtrisés.
« Il semblerait que les humains nous aient trahis. »
« Nous soupçonnons que vous livrez des armes à nos ennemis. Ce n’est pas très diplomatique. »
Le Roi Thergur regardait autour de lui, la panique se propageait parmi son peuple. Plusieurs soldats humains mettaient des colliers autour de ses soldats, mais aussi tous ceux qui n’étaient pas des humains.
« Un jour, je vous tuerai ! », s’exclamait-il.
« Oh ? Vraiment ? Si cela arrive, votre cité brûlera. », répliquait l’émissaire.
Il regardait l’émissaire en grinçant des dents. Ce dernier lui souriait en mettant ses mains derrière son dos. Les soldats humains étaient prêts à le défendre.
« J’allais oublier, plus aucun minerai, lingot, arme ou outil ne sortiront d’ici sans ma permission. Et bien évidemment, toute décision que vous devez faire doit passer par moi. »
« Ne serait-ce pas plus simple de devenir roi à ma place ? »
« L’idée a déjà été discutée. Cependant, vous représentez l’image des nains. »
« Vous voulez un pantin. »
« Jamais, je n’oserais dire cela. »
Ainsi, la Cité des Nains tombait aux mains des humains et leurs libertés s’effondraient.
Les années passèrent, le Roi Thergur resta en place pour préserver un semblant d’harmonie au sein de la Cité des Nains.
Quelques heures plus tard, ils sont arrivés à l’entrée des mines, de grandes portes en métal renforcé dont la serrure complexe ne peut être ouverte que par les nains ont été récemment érigées.
L’émissaire a maintes fois essayé de connaître le mécanisme. Cependant, le roi nain ne lui a jamais montré la même méthode pour l’ouvrir.
« Chaque fois que je vois ces portes, cela m’impressionne. », dit l’émissaire.
« Elles sont là pour éviter une invasion des tréfonds de l’enfer. », commente le Roi Thergur.
« Oui, vous donnez toujours la même raison. »
Le garde se dépêche d’ouvrir les portes. Des cliquettements peuvent se faire entendre, plusieurs mécanismes s’activent les uns après les autres.
De la vapeur s’échappe de part et d’autre des portes. Les portes commencent à s’ouvrir doucement, et de la vapeur s’échappe de l’ouverture créée.
Le garde nain les précède, suivi de l’émissaire et du roi, enfin les gardes humains ferment la marche.
Plus ils marchent dans les galeries, plus l’air devient lourd. L’émissaire sort un mouchoir et le met au-dessus son nez.
« Est-ce encore loin ? », demande-t-il.
Le Roi Thergur le regarde avant de tourner la tête vers le garde nain.
« Alors ? Il semblerait que nos amis les humains s’impatientent. », demande-t-il.
« Nous sommes qu’au début, nous en avons pour une heure au moins. »
L’émissaire soupire et continue de les suivre.
« J’ai l’impression que toutes les galeries se ressemblent. »
« Votre impression est correct. »
Il regarde l’émissaire des humains. Il est en train d’attendre, il connaît bien les mines et il sait que le garde les fait tourner en rond.
Au bout d’un moment, il voit bien que l’émissaire ainsi que ses gardes sont à bout de souffle.
« Mon cher ami, vous semblez malade, je vous conseille de sortir des mines avant que cela ne vous soit fatal. »
L’émissaire le regarde, il plisse les yeux. Il hésite, mais il comprend que rester dans ces mines pourrait être bien plus dangereux qu’il ne le souhaite.
« Qu’il en soit ainsi ! Rebroussons le chemin. »
« Où se situe le problème ? », demande-t-il.
Le garde nain sourit, voyant la situation changée.
« La galerie G-42, section AF13, tunnel 232. », dit-il.
Et il se tourne vers l’émissaire.
« Bien, je vais aller régler ce problème et ce garde ici va vous ramener à la sortie. »
« Vous avez gagné cette fois-ci, mais ne croyez pas que je serais aussi indulgent à l’avenir. »
Il part en colère suivant le nain pour sortir des mines.
Quelques minutes plus tard, il résume sa marche.
« Quelle mauviette ! », dit-il.
« S’il vous entendait, il vous tuerait. »
« Il n’en a pas le courage. D’ailleurs, es-tu ici depuis le début ? »
Le Roi Thergur tourne la tête vers un nain qui sort de l’ombre.
« Oui, les voir se sentir mal au fur et à mesure était amusant. »
« Excellent même. Chaque fois, ils tombent dans le panneau. »
Ils arrivent tous les deux dans une partie aménagée d’une mine abandonnée.
« Est-ce nouveau ce nom de galerie ? », demande l’espion.
« Plutôt, un code pour me dire ce qui se passe exactement. »
« Pourquoi ne pas l’avoir demandé dès le début ? »
Le Roi Thergur sourit.
« Pour énerver ces sans-poils. Il n’y a rien de mieux à dire que de potentiels problèmes dans les mines sont plus importants qu’eux. »
Le Roi Thergur, suivi de l’espion, entre dans une pièce aménagée, bien différente du reste de la mine. Des machines diverses y sont entreposées.
Depuis l’occupation de la cité de Neghwahrum par les humains, le Roi Thergur s’est efforcé à déplacer tout ce qu’il pouvait, dont le centre de l’espionnage avant qu’ils ne prennent le contrôle complet.
« Alors, quelles sont les nouvelles ? », demande-t-il.
L’espion qui le suivait va vers une des machines de communication.
« Plusieurs nouvelles, la plus importante pour nous : le héros serait apparu. Nous avons pu remarquer qu’une prêtresse envoyée par les humains est arrivée au bourg de Cottie. »
« Savons-nous son identité et où il est ? »
L’espion secoue la tête.
« Non, les informations restent secrètes pour l’instant. »
« J’ai un mauvais pressentiment. Quelles sont les autres nouvelles ? »
« Une renarde est aussi arrivée au bourg de Cottie. Elle aurait battu des bandits. »
« Est-ce tout ? »
L’espion s’apprête à répondre avant d’être interrompu par une communication. Le Roi Thergur lui permet de prendre la communication d’un geste de la main.
Quelques instants plus tard, il se tourne vers le Roi Thergur.
« Il semblerait que ce soit une renarde à une queue, pas très grande, elle aurait battu les Dents Sanglantes, un groupe de bandits problématique. De plus, elle a montré sa force en ville en tuant un esclavagiste. »
« Elle serait donc plus forte qu’elle en a l’air. »
L’espion acquiesce de la tête.
« Il semblerait qu’elle soit une renarde aveugle, elle porte constamment un masque dont les orifices sont obstrués. Elle a passé le test de promotion du rang d’aventurier et a battu l’instructeur, un aventurier de rang C, facilement. »
« Vraiment ? »
« Apparemment, sinon… elle semble s’intéresser à notre situation. »
Le Roi Thergur fronce les sourcils.
« Tout ceci est fort étrange : une renarde à une queue, aveugle et puissante. Ne serait-elle pas l’héroïne en question ? Cependant, c’est étrange. Pourquoi une renarde serait-elle l’héroïne des humains ? »
Un silence se pose pendant que le Roi Thergur réfléchit.
« Oh ! J’allais oublier ! »
« Ne me fais pas attendre, exprime-toi. »
« Il paraît qu’elle est d’une beauté incroyable. »
Le Roi Thergur le regarde, l’espion lui sourit.
« Je vois. », répond-il simplement.
Le Roi Thergur sort finalement des mines. Le garde qui l’avait informé de la nouvelle vient vers lui.
« Alors ? », demande le Roi Thergur.
« Comme d’habitude, il est agacé. »
« Bien, Baernam, je t’expulse de la cité. Se moquer de l’émissaire et du roi, comme tu l’as fait, ne me plaît guère. »
Le sourire du garde disparaît et son sérieux revient.
« Vu que tu as l’air d’aimer cette missive. Alors à toi de faire en sorte qu’elle soit réelle. »
« Êtes-vous vraiment sûr, mon roi ? »
« Oui, très sûr. Fais en sorte de faire honneur aux nains. »
Le garde acquiesce et court vers ses appartements, il comprend qu’il a maintenant une mission secrète.
Quelques moments plus tard, l’émissaire arrive près du Roi Thergur.
« Encore en train de manigancer quelque chose ? »
« Ce garde vient d’être expulsé. Je ne peux pas me permettre que des gardes se moquent de nous. »
« Vous avez tout à fait raison. J’avais bien compris qu’il nous menait en bateau. »
L’émissaire comme le Roi Thergur savent que l’autre ment.
Baernam sort de ses appartements et arrive aux portes de la cité, il voit un autre nain, il reconnaît l’espion, il s’arrête près de lui sans le regarder.
« Renard Masqué, sexe féminin, blonde, une queue, porte un masque de renard, vêtements rouges, bourg de Cottie. »
Il se gratte la barbe avant d’écarter les bras.
« L’air frais ! Enfin ! »
Les gardes humains le regardent et le laissent passer.
Il regarde derrière lui avant de continuer son chemin vers le bourg de Cottie.
« Renard Masqué… Je me demande à quel point elle est forte. »








