Le présage
Bercée par l'obscurité bienfaisante et le silence apaisant qui régnaient dans le salon de son minuscule studio, Taj finit paisiblement sa prière du matin avec des invocations dédiées à sa mère décédée huit ans plus tôt, et à sa grand-mère qui l'avait, depuis, affectueusement prise en charge.
Submergée par la quiétude et la sérénité spirituelles que la jeune femme de vingt deux ans ne ressentait que durant ses connexions directes avec Dieu, elle se laissa volontairement emporter loin de ce bas monde, et partit en voyage au royaume des cieux.
Aussi brutalement que bruyamment, le réveil de son portable interrompit sa matinale méditation religieuse, et la fit redescendre à nouveau sur terre.
Soucieuse de ne pas réveiller Manar, sa colocataire encore assoupie, elle tendit rapidement la main vers son téléphone posé sur la table basse, et coupa la sonnerie du réveil avant de lui redonner la moindre chance de retentir une seconde fois.
Il n'était encore que cinq heure du matin, et avec Manar, elles n'étaient rentrées du travail que trois heures plus tôt.
Taj pensa d'abord se rendormir afin de régénérer assez de force pour affronter la longue journée qui l'attendait. Finalement, elle se dit qu'elle dormira longuement durant sa courte visite à sa grand-mère. Elle alluma donc la veilleuse du salon, plia et rangea soigneusement sa tenue et son tapis de prière, puis se dirigea vers la petite cuisine ouverte sur le salon.
Tout en se mesurant audacieusement à la chanteuse Fairouz sur la chanson Ya Ana, elle s'attaqua à la préparation du petit-déjeuner. Entraînée par l'irrésistible mix entre la puissante voix orientale de la diva Libanaise et les notes éternelles de la symphonie numéro quarante de Mozart, elle se mit à danser sous les premiers rayons du soleil qui pénétrait depuis la fenêtre de la cuisine.
Son corps élancé aux courbes chastes mais féminines passait, avec grâce, d'un coin à un autre, sa longue chevelure châtain, libérée de l'éternel lien qui les étouffait dans un chignon bohème, défiait les lois de la gravité, et suivait en l'air ses pas de danse, ses bras et ses jambes fins imitaient harmonieusement les ballerines débutantes, quant à son visage à la peau porcelaine, il s'illumina davantage grâce à la joie procurée par ce moment de détente.
— Mais comment tu fais, par Allah ? Quel est ton secret ? Comment tu as pu te réveiller si tôt alors qu'on vient de s'en dormir !
Prise en flagrant délit en pleine extase artistique, Taj mit immédiatement sa playlist en pause, puis, prête à s'excuser de l'avoir réveillée, elle se tourna vers Manar. En voyant l'état de cette dernière, elle oublia aussitôt sa honte, et posa sa main sur bouche pour s'empêcher de rire.
Appuyée contre la porte de leur chambre, Manar était plus endormie qu'éveillée. En plus de ses cheveux noirs et courts complètement décoiffés, et son pyjama froissé, tombant et mal boutonné, elle n'arrivait pas à ouvrir les yeux, et peinait à tenir debout son corps fin et élancé.
— C'est moi qui t'ai réveillée, Manar ?
— Non, ce n'est pas toi. C'est le satané chien du voisin ! Pourquoi il n'a pas choisi un chat, un oiseau ou encore mieux, un poisson rouge comme animal de compagnie ?
Tout en cherchant un appui sur les murs et sur les meubles, Manar s'avança lourdement vers la table ronde qui séparait la cuisine du salon. Arrivée enfin à destination après un parcours de combattant, elle jeta tout le poids de son corps sur sa chaise, puis laissa sa tête reposer sur ses bras croisés sur la table.
— C'était un long, long, week-end ! Il me faudra plus d'une semaine pour m'en remettre ! À ce rythme là, mes notes connaîtront une fulgurante dégringolade ! Et ils sont déjà bas !
Même si elle résistait mieux que Manar aux affres de l'épuisement et du manque du sommeil, Taj reconnut que travailler en plus d'étudier devenait de plus en plus difficile.
En quittant Sirince, son village natal, pour intégrer la faculté de pharmacie de l'université d'Istanbul, elle savait qu'elle ne pourra pas toujours compter sur les aides financières de sa grand-mère, et qu'elle sera obligée de se trouver un emploi pour pouvoir payer ses études, son loyer et ses autres frais.
Au début, la jeune femme avait naïvement cru pouvoir s'en sortir avec des petits boulots de quelques heures, mais Face à l'extrême cherté de la vie à Istanbul, elle avait compris qu'elle devait entièrement sacrifier ses nuits si elle espérait continuer d'étudier le jour.
Par chance, grâce à Inci, l'une de leurs camarades de classe, et petite fille du milliardaire Onder Turkay, Manar et elle avaient été embauchées comme serveuses dans le restaurant d'un des hôtels étoilés appartenant au richissime hommes d'affaires. Toutes les deux y travaillaient à mi-temps sauf le week-end où elle devait assurer le service toute la journée.
Afin de tenir le coup, les deux étudiantes ne comptait que sur la force de leur amitié. Une amitié née quatre ans plus tôt, lorsque le pharmacien de Sirince avait appris que Taj s'était inscrite à l'université d'Istanbul pour débuter ses études de pharmacie. Il lui avait alors parlé de sa nièce Manar qui rejoignait la même faculté, et qui, sans colocataire, n'avait pas les moyens de s'installer en ville.
Convaincu que les deux futures pharmaciennes s'entendront à merveille, il avait proposé à Taj de s'installer avec Manar dans un studio loué par l'un de ses amis.
Malgré leur différence de caractères et de personnalités, le courant était passé entre les deux jeunes femmes au point de se considérer comme des sœurs et non comme amies.
— Puisque tu es fatiguée, reste à la maison et repose-toi. J'assisterai à toutes les conférences d'aujourd'hui, et je te rapporterai les cours bien copiés et bien organisés. Proposa Taj à Manar.
— Mais tu as prévu d'aller voir ta grand-mère aujourd'hui. Tu as même pris un petit congé pour cela. Si le professeur Demir n'était pas aussi regardant sur les absences et les retards, tu n'aurais pas été forcée de te rendre à l'université ce matin, et tu serais déjà dans le bus d'Izmir. Je ne vais pas non plus t'obliger à assister à tous les cours.
— Je comptais sur toi pour les cours de l'après-midi, mais, comme en toute évidence, tu es incapable d'y assister, je dois reporter mon voyage jusqu'à demain. Ce n'est pas grave.
— Tu n'as eu que trois jours de congé, tu ne perdras pas une journée à cause de moi. Ne change pas ton programme, je me chargerai des cours d'aujourd'hui et de toute la semaine.
Exprimée par une voix éteinte, l'abnégation de Manar fit sourire Taj.
— Manar, tu ne peux même pas lever ta tête de la table !
— Pour rien au monde je ne raterai les conférences du professeur Yussuf Kacem ! Pour lui, pour ses beaux yeux, pour la beauté de son visage, pour les vibrations de sa voix sensuelle, j'irai avec la table collée à mon front s'il le faut !
— Toi alors ! Soupira Taj en commençant à dresser la table. Pousse-toi, s'il-te-plaît.
Tout en bâillant, Manar réussit l'exploit de relever la tête pour s'adosser sur sa chaise. Dégoûtée de son boulot de serveuse, elle ne se sentit pas d'humeur à s'adonner à la même corvée à la maison, et n'eut aucun scrupule à laisser Taj la servir comme une cliente. Elle osa même se plaindre du menu comme le font certains clients exigeants au restaurant.
— Une omelette et des œufs durs ?! Tu sais bien que je déteste les œufs !
— Tu te permets sérieusement de protester ? À qui la faute si le frigo est vide ?
— Pas au réveil, Taj ! Je t'en prie ! C'est ma faute, je le reconnais ! Et tu sais quoi ? Je mangerai ces foutus œufs, mais, par pitié, laisse tes réprimandes pour plus tard !
Taj n'insista pas et continua de dresser la table. Dans un premier temps, Manar l'observa à l'œuvre sans rien dire où faire, mais finalement, elle ne put se retenir. Elle laissa échapper un rire éclatant de sa gorge.
— Mais qu'est-ce que te prend pour rire ainsi ? S'étonna Taj.
— Qui l'aurait cru ? Moi une misérable étudiante, qui travaille comme serveuse pour payer ses études, est servie par la reine des reines !
Amusée, Taj sourit tout en continuant de servir le petit-déjeuner.
— Tu n'as pas oublié ces sottises ?!
— Les oublier ?! C'est le moment que je marquerai comme le plus mémorable et le plus jouissif de toute mon existence ! La garce Inci qui fait venir une liseuse de tasses de café, qui insiste pour qu'elle te lise l'avenir afin de se moquer de toi, et qui finit étouffée par sa jalousie.
Prenant un air plus grave, Manar se redressa dignement sur sa chaise, prit sa tasse de café vide, puis imita, à merveille, la voyante.
— Jeune fille, tu t'appelles Taj. De couronne, tu ne porteras pas que le nom. Dans une semaine, un mois ou un an, dans cette vie ou dans une autre, que tu le veuilles ou que tu le refuses, tu porteras une vraie couronne sur la tête. Tu ne seras ni princesse ni reine. Tu seras plus que ça. Tu seras une reine des reines. Le chemin sera long et semé d'embûches. Tu pleureras, tu saigneras, tu souffriras, tu douteras, tu chercheras même la mort. Mais à la fin...d'une couronne, tu ne porteras pas que le nom.
Taj éclata de rire avant de s'asseoir en face de Manar.
— Tu le fais si bien ! J'ai la chair de poule !
— Mais attends ! Je n'ai pas fini ! J'ai mieux ! Répliqua Manar en minant un visage écœuré et crispé.
— Arrête, s'il-te-plaît ! Rit Taj en devinant la personne imitée par son amie.
— Je te jure qu'Inci affichait cette grimace tout au long du discours de la liseuse de tasses de café. J'ai la conviction que cette expression de dégoût s'est figée sur son visage, et que ses traits faciaux la garderont jusqu'à la fin des temps ! Inci était morte de jalousie et d'aigreur ! Elle a, une nouvelle fois, voulu t'humilier devant sa bande de connasses, mais au final, c'est elle qui en est sortie frustrée. Elle t'envie tellement qu'elle est prête à tout.
— Je ne sais pas d'où te vient l'idée qu'Inci me jalouse. Elle est plus belle que moi, elle est populaire et célèbre, elle vient d'une famille très riche, et elle est la petite fille de monsieur Onder Turkay, le géant des finances. Qui suis-je comparée à elle ? Je viens de Sirince, je dois travailler pour payer mes études, et, comme famille, je n'ai qu'une grand-mère malade, qu'Allah lui donne santé et longévité.
— Taj, ta modestie flirte dangereusement avec la sous-estimation. Depuis quatre ans, tu n'es pas seulement l'étudiante la plus prometteuse de la faculté de pharmacie, tu es la meilleure de toute l'université d'Istanbul, toutes spécialités confondues. Tous les professeurs et enseignants, et même les plus grands pharmaciens qui nous honorent de leurs visites à la faculté, te prédisent un avenir radieux dans le domaine. Ce n'est pas seulement Inci qui t'envie, tout le monde le fait. À commencer par moi. Mais voilà, la jalousie d'Inci est maladive !
— N'importe quoi.
— Taj, pourquoi tu crois qu'Inci nous a trouvé cet emploi de serveuses dans l'hôtel que possède son grand-père ? Elle l'a fait pour pouvoir venir manger au restaurant et être servie par toi. Combien de fois, depuis notre recrutement, avait-elle réservé des tables VIP pour des dîners et des déjeunes, et même des petits-déjeuner, avec, comme première consigne, t'avoir toi comme serveuse et nulle autre ? Et pourquoi elle vient toujours avec des gens différents ? N'est-ce pas pour montrer à tout le monde que tu travailles pour elle ? N'est-ce pas pour t'humilier en la servant elle et les ringards qui l'accompagnent toujours ? Même l'herbe qui pousse à l'université sait que tu travailles comme serveuse pour payer tes études !
— Et alors ? Cela n'a rien d'humiliant. C'est toujours mieux que de mendier ou que de dépendre de ma pauvre grand-mère. J'ai appris que dans la vie, il vaut mieux toujours voir le bon côté des choses. Je peux être d'accord avec toi, et reconnaître qu'Inci m'a trouvé ce travail pour me rabaisser, mais je préfère encore lui être reconnaissante. Grâce à elle, j'ai connu son grand-père. Monsieur Turkay me traite comme sa petite-fille, et il m'apprend beaucoup de choses. Ce qu'il me donne comme conseils et enseignement, on ne le trouvera jamais dans nos livres.
— Monsieur Turkay te considère surtout comme son porte-bonheur. Il dit qu'à chaque fois que tu sers à sa table, il décroche des contrats juteux. Comme il organise tous ses rendez-vous professionnels au restaurant de l'hôtel, il exige toujours que tu sois la seule serveuse qui s'occupe de lui et de ses clients.
— Il ne fait pas ça par superstition. Il agit de la sorte pour me faire gagner plus d'argent. Il oblige toujours ses partenaires et clients à me laisser de généreux pourboires.
— Tu n'auras rien à faire des pourboires quand tu seras la reine des reines, n'est-ce pas ?
— Bien-sûr ! Quand je serai la reine des reines, c'est moi qui donnera les pourboires, parce-que...je le vaux bien ! S'amusa Taj à paraître hautaine et narquoise.
— Tu prends les choses à la légère, mais moi, je n'ai pas cessé de réfléchir au présage de la voyante. J'ai même
recensé tous les royaumes existants dans le monde.
— T'es pas sérieuse !
— Je te vois bien comme la reine d'Angleterre. C'est un beau pays avec
une histoire remarquable et des reines inoubliables. Tu aurais été parfaite pour reprendre le flambeau de la reine Victoria. Dommage que ce soit un pays chrétien !
— Ouiii ! Parce-que la religion est le seul obstacle à mon ascension au trône d'Angleterre ! Quel gâchis ! Ironisa Taj en buvant son jus d'orange.
— T'as vu ? C'est nul hein ? Riposta Manar d'un air sérieux.
Taj écarquilla grandement ses yeux hazel en comprenant, enfin, que Manar donnait du crédit aux dires d'une prétendue devineresse. Ne souhaitant plus s'attarder sur des futilités, elle décida de freiner les ardeurs de son amie.
— Manar, toi qui crois dur comme fer qu'Inci m'envie et s'applique à me dénigrer et à m'humilier, il ne t'est pas venu à l'esprit que tout cela soit une mise en scène ?
Foudroyée par le sous-entendu de Taj, Manar se redressa brutalement sur sa chaise comme si elle venait de subir un électrochoc.
— Inci aurait engagé une fausse voyante pour se moquer de toi ?!
— Pour s'amuser à nos dépends, elle nous a déjà fait pire comme coups tordus. Et puis, avouons-le, cette femme bien élégante, bien coiffée et bien maquillée n'a rien d'une liseuse de tasse de café. Lui fit remarquer Taj.
— Oui, mais...Non. Non. Je ne crois pas que tout cela soit un des mauvais tours d'Inci. Pendant que la liseuse de tasse de café parlait, je n'ai fait que regarder Inci. Elle était choquée, écœurée et révoltée. Tout était vrai. La dame était une vraie voyante, et tout ce qu'elle t'a prédit, elle l'a bien lu dans le marc de ta tasse de café.
Comprenant que Manar ne lâchera pas prise, Taj jugea urgent de lui faire oublier la séance de voyance qui lui faisait perdre tout bon sens.
— Vrai ou pas, ce sujet est clos pour moi, Manar. Il y'a plus urgent, c'est à dire nos finances.
Peu emballée, Manar montra clairement son mécontentement en
grimaçant et en soupirant. Cela ne découragea nullement Taj qui estimait qu'il était temps de se pencher sérieusement sur leur situation financière.
— Manar, je te signale que, depuis une semaine, tu reportes notre séance d'étude budgétaire mensuelle, et qu'à cause de cela, nous n'avons pas encore établi la liste de nos besoins en matière de provisions et autres produits de première nécessité. La fin du mois approche, et il est important d'étudier nos finances pour définir nos budgets et régler nos factures. Puisque tu iras à l'université aujourd'hui, et que moi je pars à Sirince vers treize heures, je te propose de faire ça à midi à l'heure du déjeuner. J'apporterai avec moi les factures et les...
— Tu te rends compte que l'héritier du trône du royaume de Jordanie n'a pas trouvé mieux que de se marier la semaine dernière ! Quelle poisse ! Vous allez bien ensemble pourtant ! L'interrompit Manar prouvant ainsi qu'elle n'écoutait que ses propres pensées.
Taj baissa finalement les bras face à la tête de véritable turque de Manar. Plutôt que de la dissuader d'aller au bout de ses fantasmes ridicules, elle la suivit dans ses délires.
— Quelle malchance ! Comment, par Allah, vais-je devenir la reine des reines avec tous ces princes chrétiens ou ces émirs musulmans mariés ? Rétorqua-t-elle avec ironie tout en croquant sa tartine.
— Il ne sont pas tous inaccessibles.
Au Maroc, ils ont bien un héritier du trône et, aux dernières nouvelles, il est toujours célibataire. Il est trop jeune pour toi, mais qui sait ? Oh ! Et si on partait au Maroc pour les vacances ? Il se trouve où déjà leur palais royal ? à Marrakech ou...comment s'appelle déjà la capitale du Maroc ?
Ahurie par la folie bien assumée de son amie, Taj n'y trouva qu'une seule explication.
— Dis-moi, Manar, tu n'aurais pas, une nouvelle fois, englouti des verres de vin en pensant qu'il s'agissait de jus de raisin ?
— Hé ! Ça ne m'est arrivé qu'une fois ! Je ne suis pas idiote !
Cette anecdote fort hilarante fit non seulement rire les deux amis, mais elle leur fit aussi oublier le présage de la voyante. En se remémorant les faits et dires de Manar durant son heure d'ivresse accidentelle, elles prirent leur petit-déjeuner dans la joie et la bonne humeur.
À la fin de leur repas matinal, elles se pressèrent de se préparer pour aller à l'université.
Arrivées devant l'entrée du prestigieux établissement, elles entendirent une femme qui appelait Taj.
— C'est la voyante, non ? Constata Manar sans y croire.
— C'est bien elle. Que fait-elle ici ?
La voyante, toujours impeccablement habillée et maquillée, quitta sa luxueuse voiture, et pressa les pas vers les deux jeunes femmes.
— Dieu merci, je vous ai trouvée ! Je suis arrivée à six heures du matin pour être sûre de tomber sur vous. Confia-t-elle toute haletante.
— Que puis-je faire pour vous, madame ?
— Vous avez vu dans la tasse de Taj quelque chose que vous avez oublié de lui dire ? Vous avez l'identité du prince qu'elle épousera ?
La voyante reluqua Manar avec un certain mépris avant de reporter toute son attention sur Taj.
— Future reine des reines, je vous ai honnêtement prédit tout ce que m'a révélé votre tasse de café, mais depuis cette lecture, je n'ai pas cessé de penser à vous, et je n'ai pas pu fermer l'œil. Je suis venue vous voir pour vous donner un conseil et pour vous demander une faveur.
— Dites nous tout, madame ! L'encouragea Manar à faire vite.
— Souvenez-vous de ceci, future reine des reines, celui qui vous fait du mal, ne vous veut pas toujours du mal, et celui qui vous fait du bien, ne vous veut pas toujours du bien. Comme Allah le tout puissant le dit dans le plus sacré des livres "Il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose alors qu'elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu'elle vous est mauvaise. C'est Allah qui sait alors que vous ne savez pas". Cette sourate sera vôtre devise, future reine des reines. Ne l'oubliez jamais.
— Ça c'est le conseil. Quelle faveur voudrais-tu demander à Taj? L'interrogea Manar avec enthousiasme.
La voyante serra les mains de Taj, puis l'hypnotisa avec ses regards puissants.
— Quand vous deviendrez la reine des reines, et vous le deviendrez, pensez à moi. Faites-moi venir vivre dans le royaume qui aura l'honneur de vous avoir comme souveraine. Ça sera le paradis sur terre pour tout être humain.
La voyante ne chercha pas à obtenir la promesse de Taj. Sous les regards médusés de la jeune femme et de Manar, elle leur tourna le dos, et monta vers sa voiture sans rien dire où demander de plus.
— Tu vois bien qu'elle n'avait pas menti, Taj. Elle croit à son présage. Elle y croit tellement qu'elle est venue te demander la faveur de vivre sous ton règne.
— Manar, menteurs sont les astrologues et les voyants même s'ils disent vrai.
— Quoi de mieux que cette citation pour bien prouver que, des fois, les voyants disent vrai, et que leurs présages sont des destins et non des mots en l'air ?








