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Leur propriété

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Summary

Leur Propriété À trente ans, Emma est la reine de la finance. Assistante personnelle ultra-efficace, elle maîtrise le chaos, anticipe la moindre crise et gère sa vie pro d’une main de maître. Mais sous cette armure de perfection, les fondations se fissurent. Brisée par une rupture douloureuse et étouffée par la solitude de son minuscule studio, elle sent le contrôle lui échapper. Quand sa meilleure amie lui impose une soirée au dress-code mystérieux — Classe et Cuir — la rencontre d'un duo masculin va tout changer. Entre dominance et soumission, Leur Propriété est une romance contemporaine torride

Genre
Romance
Author
JCG
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

La Mécanique du Contrôle

Le réveil n’avait pas encore sonné qu’Emma avait déjà les yeux grands ouverts, fixés sur la fissure qui barrait le plafond en crépi de son studio. Vingt-deux mètres carrés sous les toits. Un espace confiné qui sentait encore la peinture fraîche et le carton humide. À trente ans, sa vie venait de se rétrécir pour tenir dans ce périmètre minuscule, quelque part entre un clic-clac qui grinçait et une kitchenette qui tenait en deux plaques électriques.

Six heures. Le bip strident de son téléphone déchira le silence. D’un geste mécanique, elle l’éteignit, repoussa la couette et posa ses pieds sur le linoleum froid. Pas le temps de traîner, pas le temps de penser. Surtout pas le temps de penser.

La douche fut rapide, presque punitive, l’eau brûlante censée chasser la léthargie qui lui collait à la peau depuis des semaines. Devant le miroir embué, Emma inspecta son visage. Des cernes légères ombraient ses yeux vert noisette, mais ses traits restaient fermes, marqués par cette rigueur qu’elle s’imposait au quotidien. Elle brossa ses longs cheveux bruns, les tira en arrière et les attacha en un chignon strict, sans une mèche qui dépasse. Le chignon de combat. Celui qu’elle portait pour affronter la jungle de la finance.

Elle enfila son armure : un tailleur-pantalon gris anthracite parfaitement ajusté, une chemise blanche en coton de soie fermée jusqu’au col, et des escarpins noirs. Classique, impeccable, inattaquable. Quand elle franchit la porte de son immeuble, le ciel de la métropole était d’un gris de plomb, lourd d’une pluie qui hésitait à tomber.

Le trajet en métro fut une épreuve d’endurance ordinaire. Serrée contre des inconnus dans la rame de la ligne 9, l’odeur de café tiède, de parapluies mouillés et de fatigue partagée lui souleva le cœur. Autour d’elle, les gens avaient les yeux rivés sur leurs écrans. Emma, elle, fixait son propre reflet dans la vitre noire du wagon.

Infertile.

Le mot s’invita sans crier gare, comme un parasite. Il s’installa confortablement dans son esprit, accompagné du souvenir de la voix de Thomas. Thomas et son ton désolé, presque managérial, lorsqu’il lui avait annoncé qu’il préférait qu’ils s’arrêtent là. « Tu comprends, Em’… Moi, je veux une vraie famille. La maison, les deux enfants, le chien dans le jardin. C’est viscéral. Je ne peux pas faire une croix là-dessus. » Il n’avait pas été cruel. Il avait juste été d’un égoïsme tranquille, le genre qui vous brise une femme en douceur, en lui faisant comprendre qu’elle était défectueuse. Qu’elle n’entrait pas dans le cahier des charges de la vie parfaite.

La rame freina brusquement, arrachant Emma à ses pensées. Station Miromesnil. Elle descendit d’un pas vif, talons claquant sur le quai, refoulant la boule qui lui nouait la gorge. La tristesse était un luxe qu’elle ne pouvait pas s’offrir entre neuf et dix-huit heures.

Les bureaux de la Vanguard Wealth Management occupaient les trois derniers étages d’un immeuble haussmannien prestigieux. Dès qu’elle passa les portes en verre sécurisées, Emma changea de peau. Elle devint la machine. L’assistante personnelle du grand patron, celle dont on disait à mi-mots qu’elle dirigeait la boîte en sous-main tant elle anticipait le moindre battement de cils de son supérieur, Olivier de Vautier.

Anticiper n’était pas un simple mot pour Emma, c’était un art martial. Avant même que de Vautier n’arrive à huit heures trente, sa journée était déjà cartographiée dans les moindres détails. Elle savait qu’il traversait une période de sevrage tabagique ; elle avait donc discrètement remplacé les chocolats de son bureau par des pastilles de réglisse scandinaves sans sucre qu’il affectionnait. Elle savait aussi que le cours de l’action de leur principal partenaire européen avait chuté de 1,8% à l’ouverture de la bourse de Francfort. Avant qu’il ne formule sa première demande, elle avait déjà imprimé la note de synthèse du département des risques et l’avait posée en évidence sur son sous-main en cuir, juste à côté de son double expresso – allongé d’une larme de lait d’avoine, à température exacte de 65°C pour qu’il puisse le boire immédiatement.

— Bonjour Emma, les dossiers pour le comité de crédit de dix heures sont prêts ? lança Jean-Marc, le directeur des investissements, en pressant le pas à sa hauteur.

— Sur votre bureau depuis hier soir, dix-neuf heures, Jean-Marc. J’ai intégré les dernières simulations de risques de la filiale asiatique. Et j’ai pris la liberté de décaler votre déjeuner avec le fonds souverain à treize heures pour vous laisser le temps de peaufiner vos arguments, répondit-elle sans ralentir, son iPad calé contre la poitrine.

— Tu es un ange.

Non, je suis juste terrifiée par le vide, pensa-t-elle en s’instant à son propre poste, un large bureau en chêne clair qui faisait face au sanctuaire du PDG.

La matinée fut un marathon de micro-décisions. À dix heures quinze, le secrétariat de New York l’appela en panique : un vol transatlantique pour trois analystes seniors venait d’être annulé à cause de la météo. En moins de sept minutes, sans élever la voix, Emma jongla entre deux compagnies privées, fit jouer les contacts de la boîte et recasa l’équipe sur un jet d’affaires en partance du New Jersey, évitant ainsi un retard catastrophique pour la signature du contrat de fusion.

À midi, alors que de Vautier s’apprêtait à recevoir un client particulièrement tatillon, elle lui glissa une fiche bristol résumant non seulement les chiffres clés du dossier, mais aussi les passions personnelles du client : son penchant pour les grands crus de Bourgogne et le fait que son fils venait d’intégrer Harvard. Au moment des salutations, son patron n’eut qu’à dérouler le script parfait qu’elle lui avait préparé sur un plateau d’argent.

Emma excellait dans ce chaos organisé. Elle aimait le contrôle. Savoir quel fuseau horaire appeler, connaître les faiblesses des collaborateurs pour mieux les encadrer, gérer les crises avant même qu’elles n’éclatent... C’était sa thérapie, son ancrage. Tant que son esprit était occupé à valider des tableurs Excel, à relire des clauses de confidentialité ultra-sensibles ou à réorganiser des agendas ministériels, elle n’avait pas à affronter le silence de sa vie privée.

Mais sous la surface, les fondations se fissuraient.

Vers dix-sept heures trente, alors que le flux d’activité commençait doucement à ralentir et que les derniers e-mails de la journée se faisaient plus rares, son regard dériva par la grande fenêtre qui donnait sur les toits de Paris. La pluie avait fini par tomber, de fines traînées d’eau qui glissaient sur la vitre. Une immense vague de lassitude fondit sur elle, si lourde qu’elle en eut le souffle coupé.

À quoi bon ? À quoi bon être cette femme forte, cette working-girl irréprochable capable de régler des crises financières internationales en un claquement de doigts, si c’était pour rentrer chaque soir dans une boîte à chaussures vide, où personne ne l’attendait ? Elle passait ses journées à tout régenter, à anticiper les désirs et les besoins d’hommes de pouvoir qui ne voyaient en elle qu’un rouage ultra-efficace. Elle portait le poids de leurs responsabilités. Et qui prenait soin d’elle ? Qui devançait ses désirs à elle ? Personne. Elle se sentait comme une horloge remontée trop fort, dont les rouages menaçaient de sauter à tout moment sous la pression.

Il était près de vingt heures quand Emma franchit enfin le seuil de son studio. Le rituel du retour fut identique à celui de la veille, et à celui de l’avant-veille. Elle retira ses escarpins avec un soupir de soulagement, posa ses clés sur le meuble de l’entrée et défit son chignon. Ses longs cheveux bruns cascadèrent sur ses épaules, brisant immédiatement l’image de la professionnelle impeccable.

Elle enfila un vieux legging noir et un sweat trop grand, puis fit chauffer de l’eau pour une tisane dont elle ne voulait pas vraiment. La pièce était froide. Elle n’avait pas eu le courage d’allumer le chauffage d’appoint.

S’asseyant sur son clic-clac, elle ramena ses genoux contre sa poitrine, fixant le carton d’archives professionnelles qu’elle avait ramené pour le trier ce week-end. Le silence du studio était presque physique, une présence lourde qui lui pesait sur la poitrine. C’était la fin de sa journée type. Métro, boulot, dodo. Une boucle sans fin, un engrenage qui la broyait lentement. Elle se sentait tellement seule, vidée de toute substance, réduite à une fonction utilitaire.

C’est à cet instant précis que son téléphone portable, posé sur la table basse, se mit à vibrer en affichant la photo de Jade.

Jade. Sa meilleure amie depuis le lycée. Son opposée totale. Là où Emma était structure, retenue et rigueur, Jade était impulsion, liberté et sensualité. Une tornade rousse qui refusait de se laisser enfermer dans les cases de la société.

Emma hésita un instant, puis décrocha, la voix un peu enrouée par le manque d’utilisation depuis son départ du bureau.

— Allô, Jade ?

Enfin ! Je croyais que tu t’étais fait kidnapper par un fonds de pension américain ! éclata la voix vibrante de son amie à l’autre bout du fil. Tu viens de rentrer ?

— Oui, il y a dix minutes. Grosse journée...

Comme toutes tes journées, Em’. Tu bosses trop. Tu t’enterres. Et je refuse de te laisser devenir une vieille relique de la finance avant l’âge.

Emma esquissa un faible sourire, fermant les yeux. — Jade, s’il te plaît, je n’ai pas la force pour un sermon ce soir. Je suis fatiguée. Je vais juste boire ma tisane et me coucher.

Hors de question, répliqua Jade d’un ton sans réplique. Tu ne vas pas passer ton vendredi soir à déprimer dans tes vingt mètres carrés en ressassant les conneries de Thomas. On sort demain soir.

— Demain ? Non, Jade, vraiment, je ne le sens pas. Les boîtes de nuit, le bruit, la foule... Ce n’est pas du tout ce dont j’ai besoin en ce moment.

À l’autre bout du fil, il y eut un court silence, suivi d’un rire léger, presque félin. Un rire qui fit dresser les petits poils sur les bras d’Emma.

Qui te parle d’une boîte de nuit ordinaire ? murmura Jade, son ton changeant du tout au tout, mettant de côté son habituelle légèreté pour une inflexion plus basse, plus mystérieuse. J’ai des invitations pour une soirée privée. Très privée. Quelque chose de totalement différent de ce que tu connais.

Emma fronça les sourcils, intriguée malgré elle par cette assurance inhabituelle. — Quel genre de soirée ?

Un club select. Une soirée pour les initiés, mais ouverte aux curieux qui savent se tenir. Un endroit où les masques tombent, Em’. Où tu n’as pas besoin d’être l’assistante parfaite qui gère le monde entier. Un endroit où tu peux enfin passer le relais. Relâcher la pression. Totalement.

Un frisson étrange traversa l’échine d’Emma. Les mots de Jade résonnaient bizarrement avec le vide et la frustration qu’elle ressentait depuis des semaines. Passer le relais. Relâcher la pression. L’idée même de ne plus décider, de ne plus être celle qui anticipe tout pour les autres, provoqua un vertige inconnu au creux de son estomac.

— C’est quoi le piège ? demanda Emma, la voix soudainement plus basse.

Il n’y a pas de piège. Juste une règle absolue. Un dress-code très strict pour pouvoir franchir la porte : Classe et Cuir. Rien d’autre.

— Classe et cuir ? répéta Emma, incrédule. Jade, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu m’embarques dans quoi ?

Le rire de Jade résonna à nouveau, chargé d’une promesse sensuelle et interdite.

Fais-moi confiance pour une fois dans ta vie, Emma. Arrête de tout intellectualiser. Arrête de vouloir tout contrôler. Trouve-moi une tenue qui claque, du cuir, du noir, quelque chose qui te donne l’air d’une reine mais qui cache tes failles. Je passe te prendre demain à vingt et une heures. Ne discute pas, c’est validé. Bisous ma belle !

Le clic de fin d’appel résonna dans le studio.

Emma reposa lentement le téléphone sur ses genoux. Le silence revint en force, mais cette fois, il était différent. Il n’était plus tout à fait vide. Il était habité par les mots de son amie. Classe et cuir. Relâcher la pression.

Elle tourna la tête vers le fond de sa petite pièce, là où une vieille boîte à chapeau en carton trônait au-dessus de sa penderie. À l’intérieur dormait une pièce qu’elle n’avait portée qu’une fois, des années auparavant, pour un pari. Un bustier en cuir noir véritable, rigide et enveloppant comme une seconde peau.

Pour la première fois depuis des mois, le cœur d’Emma rata un battement, non pas de tristesse, mais d’une anticipation brûlante et totalement terrifiante.

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