Corp Ex Mission 154 Volume 1 by RécitsDeMinuit at Inkitt
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CorpEx - mission 154 - volume 1

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Summary

Marc n'a plus rien à perdre. Endetté, isolé et hanté par un drame familial, il accepte une étrange offre d'emploi dans le recyclage industriel. Le salaire est trop élevé, les conditions trop floues, mais il n'a plus le luxe de refuser. Avec André et Lucien, deux autres recrues, Marc découvre trop tard que leur mission ne se déroule pas sur Terre. Enfermé dans une capsule contrôlée par A.I.D.E., un programme informatique sans visage, il est envoyé sur une planète inconnue plongée dans une nuit permanente. Officiellement, leur travail est simple : entrer dans une ancienne installation industrielle, récupérer des objets, remplir un quota, puis rentrer. Mais la base n'est pas aussi abandonnée qu'elle le paraît. Dans les couloirs noirs, quelque chose observe. Quelque chose écoute. Et bientôt, Marc comprend que cette mission n'est peut-être pas une opération de récupération. C'est peut-être un piège.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Le Départ

Marc se rappela le jour où il avait reçu la lettre : trois semaines plus tôt, lorsqu'il voulut sortir de chez lui pour relever le courrier, il trouva une lettre à l'intérieur de sa maison, juste devant sa porte, comme si on la lui avait glissée dessous pour être sûr que personne d'autre ne la trouverait.

Il avait d'abord cru à une erreur et il l'avait posée sur le tas d'enveloppes de relance d'huissier, avant de la reprendre quelques heures plus tard et de se décider à l'ouvrir.

Aucun nom d'entreprise n'apparaissait sur l'enveloppe. Seulement son nom et son prénom, écrits à la machine, et un symbole noir qu'il n'avait jamais vu : un cercle traversé par trois lignes verticales.

À l'intérieur, une seule feuille lui proposait un emploi dans le recyclage industriel.

Le salaire annoncé représentait presque quatre fois celui de son ancien revenu.

Tous les frais étaient pris en charge.

Transport, logement, nourriture.

Aucune expérience particulière n'était exigée.

Marc avait relu la lettre cinq fois avant de répondre.

La première fois, il avait souri en découvrant le montant. Un sourire bref, presque honteux, comme s'il venait de trouver une liasse de billets appartenant à quelqu'un d'autre.

À la troisième lecture, il avait commencé à chercher qui voulait se moquer de lui en lui rappelant qu'il venait de perdre son travail et que sa femme, furieuse, était partie avec leur fils avant d'avoir un accident mortel à une cinquantaine de mètres de la maison.

À la cinquième lecture, il avait décidé qu'il n'avait plus les moyens de se poser la question. Il avait d'énormes dettes à rembourser avant que l'on vienne aussi lui retirer sa maison, avec tous ses derniers souvenirs.

À présent, il regrettait de ne pas l'avoir jetée.

Il était assis dans un siège métallique froid, sanglé au niveau des épaules, du ventre et des jambes. La cabine autour de lui ne possédait aucune fenêtre. Les parois grises étaient parfaitement lisses, sans vis, sans soudure, sans la moindre trace d'usure.

Cette absence de défaut rendait l'endroit encore moins rassurant. Marc avait l'impression de se trouver à l'intérieur d'une boîte qui n'avait jamais été conçue pour être ouverte.

Il inspira lentement par le nez.

L'air avait une odeur sèche, légèrement métallique.

Face à lui, André tirait sur sa ceinture de sécurité avec impatience. Ses mâchoires se contractaient chaque fois que la sangle refusait de céder. Une veine battait sur le côté de son front.

- Ils auraient pu nous dire combien de temps ça allait durer.

À sa droite, Lucien gardait les yeux fixés sur la porte par laquelle ils étaient entrés. Elle s'était refermée sans bruit quelques minutes plus tôt.

Contrairement à André, il ne bougeait presque pas. Seuls ses doigts trahissaient son inquiétude. Ils tapotaient lentement l'accoudoir, toujours selon le même rythme.

- Ils l'ont peut-être dit pendant le briefing, répondit Lucien.

André tourna brusquement la tête vers lui et ricana, sans la moindre trace d'amusement.

- Quel briefing ? Le robot nous a fait signer trois papiers, il nous a donné une combinaison et il nous a poussés là-dedans.

Marc baissa les yeux vers la tenue grise qu'on lui avait remise.

Le tissu était épais, plus lourd qu'un vêtement de travail ordinaire. Il serrait légèrement ses épaules et produisait un froissement désagréable au moindre mouvement.

Sur sa poitrine, une plaque indiquait seulement :

MARC - EXTRACTION

Aucun nom d'entreprise.

Aucun numéro de téléphone.

Aucune adresse.

Marc passa le pouce sur les lettres gravées. Elles étaient creuses et froides.

Dans la poche de sa veste civile, son portefeuille et ses papiers avaient été remplacés par une carte blanche sans inscription. Le robot de l'accueil lui avait expliqué qu'il les récupérerait à son retour.

Le robot avait une forme presque humaine : deux bras, deux jambes et un visage artificiel dont les traits ne bougeaient que lorsqu'il parlait. Sa peau claire avait la texture mate du plastique.

Il ressemblait à un employé qui aurait oublié comment paraître vivant.

Marc avait demandé pourquoi ses papiers devaient être confisqués.

Le robot avait répondu :

- Mesure de sécurité.

Toujours avec la même voix.

Toujours avec le même sourire figé.

Sur le moment, Marc n'avait pas insisté. André attendait derrière lui et soupirait bruyamment. Lucien avait déjà signé. L'argent promis occupait encore toutes ses pensées.

Maintenant, assis dans cette cabine sans fenêtre, Marc ressentait une pression sourde au creux de l'estomac.

Il avait accepté trop vite.

Ils avaient tous accepté trop vite.

André frappa deux fois du poing contre la paroi.

- Hé ! Il y a quelqu'un ?

Aucune réponse.

Il attendit quelques secondes, le visage tendu, puis recommença plus fort.

- J'aimerais bien savoir où vous nous emmenez !

Le choc de son poing produisit un son étouffé qui ne sembla pas se propager très loin. Comme si les murs absorbaient le bruit.

Marc sursauta malgré lui.

- Arrête, dit-il.

André le dévisagea.

- Pourquoi ?

Marc chercha une réponse, mais n'en trouva aucune qui ne paraisse pas ridicule.

Il ne savait pas pourquoi.

Il voulait simplement qu'André cesse de frapper. Chaque coup lui donnait l'impression qu'ils attiraient l'attention de quelque chose.

- Parce que ça ne sert à rien, finit-il par répondre.

André ouvrit la bouche pour répliquer.

Un léger bourdonnement traversa la cabine.

Marc le sentit d'abord dans le siège, puis dans ses dents. Une vibration profonde, régulière, comme si une immense machine venait de se réveiller sous leurs pieds.

Son dos se raidit.

Les lumières du plafond diminuèrent.

André cessa de frapper. Son assurance disparut pendant une fraction de seconde. Il recula vers son siège et tira encore une fois sur ses sangles, moins par colère que pour vérifier qu'elles le retenaient bien.

Lucien posa ses deux mains à plat sur les accoudoirs.

Marc regarda la porte.

Une voix féminine s'éleva dans la cabine.

Elle était calme, parfaitement claire et dépourvue de toute hésitation.

Elle ne provenait d'aucun endroit précis. Elle semblait sortir des murs, du plafond et du siège en même temps.

- Bienvenue à bord de l'unité de transport quatorze.

Les trois hommes se regardèrent.

Marc pensa immédiatement au robot de l'accueil. Pourtant, la voix était différente. Plus naturelle, mais aussi plus froide. Elle ne donnait pas l'impression de parler depuis une bouche.

Elle était simplement présente.

- Je suis A.I.D.E., votre système d'assistance durant la mission.

André leva la tête vers le plafond.

- Enfin. Vous pouvez nous dire où on va ?

La voix poursuivit sans lui répondre.

- Je suis le programme informatique embarqué chargé de superviser cette unité de transport, vos équipements et le déroulement de la mission. Je ne possède aucune présence physique à bord.

Marc fronça les sourcils.

- Vous êtes l'ordinateur de la capsule ?

- Cette formulation est simplifiée, mais correcte.

- Et le robot qui nous a accueillis ? demanda Lucien.

- Il s'agissait d'une unité d'accueil automatisée. Je peux communiquer avec ces unités, mais elles ne constituent pas ma présence physique.

La réponse rassura légèrement Marc.

Au moins, il comprenait désormais à qui ils parlaient.

A.I.D.E n'était pas cachée quelque part dans la cabine sous la forme d'une machine humaine.

C'était un programme.

Une voix appartenant à l'appareil qui les retenait prisonniers.

Cette pensée ne le rassura finalement pas longtemps.

André leva les mains avec impatience.

- Très bien. Vous êtes un ordinateur. Maintenant, dites-nous où vous nous emmenez.

- Votre destination est une installation industrielle désaffectée. Votre mission consiste à récupérer tout objet technologique transportable se trouvant à l'intérieur du complexe.

Un écran s'alluma sur la paroi.

La lumière soudaine fit plisser les yeux de Marc.

L'image montrait un bâtiment noir posé au milieu d'une vaste plaine rocheuse. Autour de lui, des projecteurs formaient de faibles cercles de lumière dans une obscurité presque totale.

Marc se pencha légèrement, retenu par ses sangles.

La construction ne ressemblait à aucune usine qu'il connaissait. Ses murs étaient courbés, presque organiques. De hautes structures se dressaient derrière elle, semblables à des cheminées sans ouverture.

Il sentit une légère chair de poule courir sur ses bras sous la combinaison.

Tout paraissait trop grand.

Trop noir.

Trop différent.

- C'est où ? demanda Lucien.

Son ton était resté calme, mais Marc remarqua qu'il avait cessé de tapoter l'accoudoir. Ses doigts s'étaient refermés autour.

Un silence suivit.

L'image disparut.

Elle fut remplacée par une représentation de la Terre.

Marc sentit son estomac se contracter.

La planète tournait lentement sur l'écran. Les océans bleus et les masses de nuages blancs lui parurent étrangement familiers, presque réconfortants.

- L'installation ne se trouve pas sur votre planète, annonça A.I.D.E.

Personne ne parla.

La Terre rétrécit sur l'écran.

Marc attendit la suite. Il était persuadé qu'une explication raisonnable allait arriver. Une simulation. Un test psychologique. Une manière particulièrement douteuse de présenter une mission sur une île ou dans un territoire militaire.

Mais la Terre continua de s'éloigner.

André se mit à rire.

Un rire sec, beaucoup trop fort dans la cabine.

Il regarda successivement Marc et Lucien, comme s'il attendait qu'ils se joignent à lui. Personne ne sourit.

Son rire s'éteignit presque aussitôt.

- C'est une plaisanterie.

A.I.D.E répondit sans changer de ton :

- Les déplacements extraterrestres sont pratiqués depuis plusieurs années dans le cadre d'opérations industrielles classifiées. Leur existence ne doit en aucun cas être communiquée au public.

Marc eut l'impression de ne pas avoir compris les mots.

Extraterrestres.

Plusieurs années.

Opérations industrielles.

La voix les prononçait comme s'il s'agissait d'expliquer un changement d'horaire.

Il tira sur ses sangles.

Elles ne bougèrent pas.

Une montée de chaleur envahit sa poitrine. Son cœur accéléra si brusquement qu'il ressentit chaque battement jusque dans sa gorge.

- Vous nous avez menti, dit-il.

Sa voix tremblait légèrement.

Il détesta l'entendre.

- Les informations ont été communiquées selon le niveau d'autorisation requis.

- Vous ne nous avez rien communiqué du tout !

La colère remplaça momentanément sa peur. Marc sentit ses mains se crisper. Il tira de nouveau sur ses liens, alors même qu'il savait qu'ils ne céderaient pas.

- Votre rémunération tient compte des conditions exceptionnelles de la mission, répondit A.I.D.E.

André recommença à tirer sur sa ceinture.

- Ouvrez cette porte.

- La procédure de départ a commencé.

- J'ai dit : ouvrez cette porte !

André se redressa aussi loin que ses sangles le lui permettaient. Son visage rougissait. Ses yeux étaient grands ouverts et une fine pellicule de sueur apparaissait déjà sur son front.

Marc comprit que sa colère cachait autre chose.

André avait peur.

Sans ses gestes brusques et sa voix forte, il aurait peut-être été incapable de le supporter.

- Je ne pars pas sur une autre planète ! cria-t-il. Vous m'entendez ? Je descends !

- Le déplacement ne peut plus être interrompu.

- Je n'ai rien signé pour ça !

- Vous avez accepté les conditions liées aux déplacements professionnels classifiés.

- Un déplacement professionnel, ce n'est pas quitter la Terre !

- La destination exacte était soumise à un niveau de confidentialité supérieur au vôtre.

André donna un coup d'épaule contre le dossier.

- Espèce de...

Lucien tourna la tête vers lui.

- Calme-toi.

- Ne me dis pas de me calmer !

- Tu ne vas pas ouvrir la porte en criant.

- Et toi, ça ne te dérange pas ?

Pour la première fois, le visage de Lucien se durcit.

- Bien sûr que si.

Sa voix resta basse, mais ses lèvres étaient serrées.

- Mais on est attachés dans une machine qu'on ne comprend pas. Alors, pour l'instant, j'essaie de ne pas aggraver les choses.

André le fixa quelques secondes.

Son souffle était rapide.

Puis il détourna les yeux.

Le bourdonnement devint plus puissant.

Marc sentit une pression s'exercer sur sa poitrine. L'air semblait plus lourd. Les contours de la cabine tremblèrent devant ses yeux.

Sa colère disparut aussi vite qu'elle était venue.

La peur reprit toute la place.

Ses doigts se mirent à picoter. Il inspira, mais eut l'impression que l'air n'entrait pas correctement dans ses poumons.

Lucien tourna lentement la tête vers lui.

Il observa son visage quelques secondes.

- Marc.

Marc essaya de répondre.

Aucun son ne sortit.

- Regarde-moi.

Marc fixa Lucien.

- Respire, dit-il. Une chose après l'autre.

Son ton était ferme, mais pas autoritaire.

- Inspire lentement.

Marc inspira par le nez.

Sa poitrine refusa d'abord de se détendre.

- Encore, continua Lucien.

Marc recommença.

- Une chose après l'autre.

La phrase semblait simple. Presque ridicule au milieu de ce qui leur arrivait.

Pourtant, Marc s'y accrocha.

Une respiration.

Puis une autre.

Il sentit progressivement les picotements diminuer dans ses doigts.

Il voulut remercier Lucien, mais sa gorge restait trop serrée.

Une nouvelle image apparut sur l'écran.

Un cercle immense flottait dans l'obscurité. Sa surface était traversée d'éclairs blancs. Au centre, l'espace semblait se plier comme de l'eau agitée.

Marc cessa presque de respirer.

La capsule avançait vers lui.

- Passage du portail dans trente secondes, annonça A.I.D.E.

André se tut enfin.

La colère avait quitté son visage. Il observait l'écran avec une expression que Marc ne lui avait encore jamais vue.

Il semblait perdu.

Lucien fixait le cercle sans cligner des yeux.

- C'est ça qui nous emmène là-bas ? demanda-t-il.

- Le portail permet un déplacement presque instantané entre deux points préalablement définis.

- Et si quelque chose se passe mal ?

- La procédure respecte les paramètres autorisés.

- Ce n'est toujours pas une réponse.

A.I.D.E ne répondit pas.

Marc pensa à sa maison vide.

Au papier peint décollé près de la fenêtre.

À la tasse qu'il avait laissée dans l'évier avant de partir.

Aux lettres de relance qui continueraient de s'accumuler dans sa boîte aux lettres.

À son ancien employeur, qui ne chercherait probablement jamais à savoir ce qu'il était devenu.

Personne ne l'attendait.

C'était probablement pour cette raison qu'ils l'avaient choisi.

Cette pensée lui procura une sensation bien plus froide que la peur du portail.

Il observa André.

L'homme serrait les dents et fixait l'écran.

Puis Lucien.

Calme en apparence, mais les mains toujours crispées sur les accoudoirs.

Marc se demanda s'ils avaient reçu leur lettre pour la même raison.

La lettre avait promis un nouveau départ.

Elle n'avait pas précisé à quelle distance.

- Vingt secondes.

Lucien ferma les yeux.

Ses lèvres bougèrent légèrement, mais aucun son ne sortit. Peut-être comptait-il les secondes. Peut-être essayait-il simplement de contrôler sa respiration.

André regardait l'écran sans respirer.

- Dix secondes.

Marc sentit son ventre se nouer.

Il appuya son dos contre le siège et tenta de relâcher ses épaules.

Une chose après l'autre, comme Lucien le lui avait répété juste avant.

- Cinq.

La voix d'A.I.D.E resta parfaitement calme.

- Quatre.

André ferma les poings.

- Trois.

Marc sentit son cœur cogner dans sa poitrine.

- Deux.

Les lumières s'éteignirent.

Durant un instant, Marc ne vit plus rien.

L'obscurité de la cabine était si totale qu'il ne distinguait même plus les silhouettes des deux autres hommes.

Puis la capsule sembla tomber.

Le corps de Marc se souleva contre les sangles. Son estomac remonta jusque dans sa gorge.

Autour de lui, les parois vibrèrent avec une telle violence qu'il crut la cabine sur le point de se disloquer.

Il entendit André pousser un juron.

Quelque part sur sa droite, Lucien agrippa les bords de son siège. Marc perçut le frottement de ses gants contre le métal.

Un bourdonnement aigu traversa son crâne.

Pendant une seconde, il eut la sensation que son corps était étiré dans plusieurs directions à la fois.

Puis, aussi brusquement qu'elle avait commencé, la chute s'arrêta.

Marc resta plaqué contre son siège, les yeux grands ouverts dans le noir.

Il attendit un choc.

Une explosion.

Une alarme.

Rien ne vint.

Les lumières se rallumèrent une à une.

Marc cligna plusieurs fois des yeux.

André avait le teint pâle. Il gardait la bouche entrouverte et respirait bruyamment. Une goutte de sueur descendait le long de sa joue.

Lucien rouvrit lentement les yeux.

Il regarda Marc, puis André.

- Tout le monde va bien ?

Marc hocha la tête.

Le mouvement lui donna la nausée.

- Je crois, murmura-t-il.

André ne répondit pas immédiatement. Il passa sa langue sur ses lèvres sèches, puis regarda l'écran devenu noir.

- On est où ?

A.I.D.E répondit aussitôt :

- Le passage a été effectué avec succès. L'unité de transport se trouve désormais à proximité de sa destination.

André laissa échapper un rire nerveux.

- À proximité ?

Personne ne releva.

Marc observa les parois de la cabine. Rien ne permettait de deviner qu'ils venaient de traverser une distance impossible. Aucun hublot. Aucun cadran. Aucun pilote.

Seulement cette voix.

Un programme contrôlant une machine capable de les arracher à leur planète.

- A.I.D.E., demanda Lucien, quelle est la distance entre la Terre et cette planète ?

- Information non nécessaire à l'accomplissement de la mission.

Lucien fronça les sourcils. Son calme commençait lui aussi à se fissurer.

- Est-ce qu'on peut respirer dehors ?

- L'atmosphère extérieure n'est pas compatible avec une exposition humaine prolongée.

André ferma les yeux et laissa retomber sa tête contre le siège.

- Évidemment.

Sa voix ne contenait plus de colère.

Seulement de la fatigue et de la résignation.

- Vos combinaisons sont équipées d'un système respiratoire autonome, poursuivit A.I.D.E. Leur autonomie est de quatre heures.

Marc regarda sa tenue grise.

Une nouvelle pointe d'inquiétude lui traversa le ventre.

- Où est le système respiratoire ?

Une partie du mur s'ouvrit à leur gauche.

Marc sursauta.

Il n'avait distingué aucune séparation dans la paroi avant son ouverture.

Trois casques apparurent dans un compartiment éclairé. Ils étaient reliés à de petits boîtiers rectangulaires par des tuyaux noirs.

- Les équipements se trouvent à votre disposition, répondit A.I.D.E.

Marc observa les casques.

Ils avaient été là depuis le début, cachés à moins d'un mètre de lui.

- Vous auriez pu nous montrer ça avant le départ, dit-il.

- Vous n'en aviez pas besoin avant le départ.

André éclata d'un rire bref.

Cette fois, Marc reconnut clairement la nervosité derrière le son.

- Elle a réponse à tout.

- C'est un programme, répondit Lucien. Elle répond avec ce qu'on lui a donné.

- Alors ceux qui l'ont programmée sont des salauds.

A.I.D.E ne réagit pas.

La capsule se mit à trembler plus violemment.

Cette fois, Marc sentit clairement qu'elle descendait. Son corps s'enfonça dans le siège. Quelque chose frappa la coque, comme une pluie de graviers.

André se redressa aussitôt.

Lucien regarda l'écran.

- Traversée des couches atmosphériques supérieures, annonça A.I.D.E.

L'écran se ralluma.

La planète apparut.

Ou plutôt, une partie de la planète.

Une masse noire occupait presque toute l'image. Au-dessus, une épaisse couche de nuages gris formait des tourbillons lents. Aucune étoile n'était visible. Aucune lumière naturelle ne traversait l'atmosphère.

Marc sentit un frisson remonter le long de sa nuque.

Il avait imaginé qu'une autre planète ressemblerait à une image de magazine scientifique : un monde coloré, étrange, mais magnifique.

Celle-ci paraissait morte.

- Il fait nuit ? demanda André.

Sa voix était devenue plus basse.

- Le rayonnement de l'étoile locale est presque entièrement absorbé par l'atmosphère.

- Donc il fait toujours nuit.

- Votre formulation est acceptable.

André regarda Lucien.

- Je commence vraiment à croire qu'elle se moque de nous.

Lucien ne sourit pas.

La capsule traversa les nuages.

Pendant quelques secondes, l'écran ne montra qu'un brouillard gris agité par des éclairs silencieux.

Chaque éclair illuminait la cabine d'une lueur froide.

Puis le sol apparut.

Une plaine rocheuse s'étendait à perte de vue. Elle était couverte de formations noires et irrégulières, comme si la pierre avait fondu avant de se figer.

Au loin, des lumières entouraient une structure massive.

La base.

Marc reconnut le bâtiment montré quelques minutes plus tôt. De près, il semblait encore plus étrange.

Il n'avait pas été construit avec des murs droits. Chaque partie paraissait se prolonger dans une autre, comme les os d'un immense animal enterré sous la roche.

Des tours étroites s'élevaient autour du complexe. Certaines penchaient légèrement. D'autres disparaissaient dans les nuages bas.

Aucune fenêtre.

Aucun véhicule.

Aucun mouvement.

Une sensation désagréable envahit Marc.

La base ne semblait pas abandonnée.

Elle semblait attendre.

- C'est vraiment une usine ? demanda-t-il.

- Il s'agit d'une installation contenant du matériel technologique récupérable.

Marc serra les dents.

- Ce n'est pas ce que j'ai demandé.

A.I.D.E ne répondit pas.

L'absence de réponse lui parut plus inquiétante qu'un mensonge.

La capsule descendit vers une plateforme circulaire éclairée par six projecteurs blancs.

Marc distingua plusieurs marques gravées dans la pierre. Des lignes, des cercles et des symboles trop complexes pour appartenir à une langue humaine.

Il essaya d'en suivre une du regard.

La forme semblait changer selon l'angle de l'écran.

La capsule toucha le sol.

Le choc secoua toute la cabine.

Marc poussa un souffle de surprise. Son crâne heurta légèrement l'appuie-tête.

Puis le silence revint.

Un silence total.

Pas de moteur.

Pas de vent.

Pas même le bourdonnement du portail.

Marc attendit que quelque chose se produise.

Une équipe d'accueil.

Un véhicule.

Une nouvelle consigne.

Rien.

Le silence lui donna soudain conscience de la distance qui les séparait de la Terre.

Il ne s'agissait plus d'une idée affichée sur un écran.

Ils y étaient.

Les sangles se détachèrent toutes seules.

Le claquement simultané fit sursauter Marc.

André se leva immédiatement.

Ses jambes cédèrent presque sous lui, mais il se rattrapa au siège. Il resta penché quelques secondes, les mains appuyées sur ses genoux, puis inspira profondément.

- Quatre fois mon salaire, marmonna-t-il. Quatre fois.

Il semblait se répéter le montant pour donner un sens à ce qui venait d'arriver.

Lucien se leva à son tour et récupéra les casques.

Ses gestes restaient précis, mais plus lents qu'au départ.

- On commence par vérifier le matériel.

- On commence par trouver comment rentrer, répondit André.

Sa colère revenait peu à peu, comme une protection contre sa peur.

- Pour rentrer, il faut terminer la mission.

- C'est elle qui dit ça.

- Et pour l'instant, c'est elle qui contrôle la capsule.

André regarda le plafond, puis la porte.

Ses épaules se relâchèrent légèrement.

Marc comprit que Lucien avait raison.

Ils pouvaient crier, frapper les murs ou refuser de bouger. Cela ne changerait rien. Ils se trouvaient sur une autre planète, enfermés dans une machine qu'ils ne savaient pas utiliser.

Et A.I.D.E n'était pas une personne que l'on pouvait menacer, convaincre ou supplier.

C'était un programme.

Une suite de décisions invisibles enfermée avec eux dans chaque paroi de la capsule.

A.I.D.E parla de nouveau.

- Veuillez enfiler vos casques et fixer les unités respiratoires à votre ceinture.

Lucien tendit un casque à Marc.

- Tiens.

Marc le prit.

Il était plus lourd qu'il ne le paraissait. La visière transparente couvrait tout le visage. À l'intérieur, une petite lampe était fixée au-dessus du front.

Marc plaça le boîtier respiratoire contre sa hanche. Une attache métallique se verrouilla automatiquement sur sa ceinture.

Le claquement le fit tressaillir.

Lorsqu'il posa le casque sur sa tête, un sifflement retentit près de ses oreilles.

L'air devint froid.

Il sentit la visière se refermer hermétiquement autour de son visage. Pendant quelques secondes, une peur irrationnelle lui donna envie de l'arracher.

Il posa une main dessus.

Puis respira.

L'air circulait.

- Test radio, dit Lucien.

Sa voix résonna directement dans le casque de Marc.

Marc tourna la tête vers lui, surpris par la proximité du son.

- Je t'entends.

- André ?

André ajustait encore son casque avec des gestes agacés.

- Oui, oui. Je suis là.

La voix d'A.I.D.E se mêla à leurs communications.

- Vos systèmes sont opérationnels. Autonomie respiratoire restante : quatre heures.

La présence de sa voix à l'intérieur du casque provoqua un nouveau malaise chez Marc. Il ne pouvait désormais plus s'éloigner d'elle.

Même dehors, A.I.D.E resterait dans ses oreilles.

Un second compartiment s'ouvrit.

Il contenait trois sacs rigides, trois lampes portatives et plusieurs outils.

André attrapa une pince métallique.

Il la soupesa dans sa main comme s'il retrouvait enfin quelque chose qu'il comprenait.

- Au moins, ils ont pensé à quelque chose.

Lucien inspecta les sacs.

- Ils sont presque vides.

- Ils seront utilisés pour transporter les objets récupérés, précisa A.I.D.E.

Marc prit l'une des lampes. Elle était assez puissante pour projeter un faisceau jusqu'à l'autre extrémité de la capsule.

Il la tourna entre ses mains.

Le matériel semblait neuf.

Préparé spécifiquement pour eux.

- Qu'est-ce qu'on doit chercher exactement ?

- Tout objet technologique transportable.

- On ne sait même pas à quoi ressemble leur technologie.

- Votre jugement sera suffisant.

Marc sentit l'inquiétude revenir.

- Et si on prend quelque chose de dangereux ?

Un silence d'une seconde.

Ce délai minuscule suffit à tendre les trois hommes.

- Évitez les objets manifestement instables.

André regarda Marc à travers sa visière.

- Ça, c'est de la formation ! dit Marc, ironiquement.

Lucien attacha son sac dans son dos.

- Combien doit-on en rapporter ?

- La mission prendra fin lorsque le quota sera atteint.

- Quel quota ?

- Vous serez informés de votre progression.

Marc observa l'écran.

La base n'était qu'à quelques centaines de mètres de la plateforme. Entre eux et elle, le terrain semblait vide.

Pourtant, quelque chose le dérangeait.

Les projecteurs autour de la capsule éclairaient la roche, mais leur lumière s'arrêtait brutalement au-delà d'une certaine distance. L'obscurité ne paraissait pas simplement profonde.

Elle paraissait compacte.

Comme un mur.

Marc sentit sa nuque se raidir.

Il eut l'impression absurde que s'il regardait assez longtemps dans cette obscurité, quelque chose finirait par lui rendre son regard.

- Est-ce qu'il y a des animaux dehors ? demanda-t-il.

- La présence d'organismes vivants est possible.

- Dangereux ?

- Évitez tout contact avec la faune locale.

- Quelle faune ?

A.I.D.E ne répondit pas.

Marc sentit un poids se former dans sa poitrine.

Elle savait parler.

Elle savait expliquer ce qu'elle était.

Elle savait leur annoncer qu'ils venaient de quitter la Terre.

Mais elle choisissait de se taire dès que les réponses pouvaient réellement les protéger.

André s'approcha de la porte.

- On va pouvoir rester longtemps ici à lui poser des questions, ou on peut faire ce pour quoi on est payés.

- Tu as entendu ce qu'elle vient de dire ? demanda Marc.

- J'ai entendu quatre heures d'air. Plus on attend, moins on en a.

Lui aussi avait peur.

Il refusait simplement de rester immobile avec cette peur.

Lucien posa une main sur l'épaule de Marc.

Le geste était lourd à travers les combinaisons, mais Marc apprécia le contact.

- On reste ensemble. On ne touche à rien sans prévenir les autres. Dès qu'un sac est plein, on revient.

André souleva sa pince.

- Voilà. Simple.

Marc regarda Lucien.

- Et si la capsule ne s'ouvre plus quand on revient ?

La question sortit plus vite qu'il ne l'aurait voulu.

Lucien resta silencieux quelques secondes.

Marc vit son regard glisser vers la porte lisse.

- Alors on réglera ce problème quand il se présentera. Une chose après l'autre.

Il appuya sur le bouton situé près de la porte.

Rien ne se produisit.

André leva les yeux vers le plafond.

- A.I.D.E., ouvre.

- Confirmez-vous le début de la mission ?

Les trois hommes échangèrent un regard.

Marc sentit sa respiration accélérer dans son casque. Le son lui revenait amplifié, donnant l'impression que quelqu'un d'autre respirait avec lui.

André regarda Lucien.

Pour la première fois depuis leur départ, il ne prit pas la décision à la place des autres.

Lucien observa Marc.

Son visage était calme, mais son regard montrait qu'il avait peur lui aussi.

Cela rassura étrangement Marc.

Il n'était pas le seul.

Lucien répondit :

- Nous confirmons.

- Mission d'extraction numéro cent cinquante-quatre commencée.

Marc sentit un frisson parcourir son dos.

Cent cinquante-quatre.

Ils n'étaient pas les premiers.

La porte se sépara en deux parties.

Un souffle d'air s'échappa de la cabine avec un sifflement violent. Marc sentit la combinaison se resserrer contre son corps.

Il recula instinctivement d'un pas.

Une rampe métallique descendit lentement jusqu'au sol.

L'obscurité extérieure sembla entrer dans la capsule.

Un air noir, lourd, impossible à respirer.

André alluma sa lampe et s'engagea le premier.

Il s'arrêta une seconde au sommet de la rampe.

Marc vit sa main trembler légèrement autour de la pince.

Puis André redressa les épaules et descendit.

Lucien le suivit.

Avant de s'engager, il tourna la tête vers Marc.

- Une chose après l'autre.

Marc hocha lentement la tête.

Il resta une seconde sur le seuil.

Devant lui, la base se dressait dans la nuit, immense et silencieuse. Ses parois noires reflétaient à peine la lumière des projecteurs.

Une ouverture étroite était visible en son centre.

Elle ressemblait moins à une entrée qu'à une bouche entrouverte.

Son instinct lui criait de rester dans la capsule.

De refuser.

De frapper sur les murs jusqu'à ce qu'A.I.D.E les ramène.

Mais derrière lui, il n'y avait qu'un ordinateur qui avait déjà pris sa décision.

Devant lui, Lucien et André s'éloignaient.

- Marc ? appela Lucien.

Marc inspira lentement.

Une chose après l'autre.

Il descendit la rampe.

Ses bottes touchèrent le sol d'un autre monde.

Derrière lui, la porte de la capsule se referma.

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