Évidence retardée
Il y a cinq ans, dans la lumière d’un soir d’été,
nos regards se sont heurtés comme deux éclairs silencieux.
Toi, avec ce sourire en coin qui faisait trembler le temps,
moi, le cœur soudain trop grand pour ma poitrine.
Nous avons dansé autour des mots, frôlé les confidences,
mais je me suis dérobé, prisonnier de mes ombres,
peur de l’inconnu, peur de moi-même surtout.
L’amour naissant s’est brisé sur mes hésitations,
et la porte s’est refermée dans un claquement doux-amer.
Les mois ont coulé, puis les années.
Je te portais encore en secret, comme une cicatrice lumineuse.
Puis un jour, le destin a ri de nous une seconde fois :
même ville, mêmes rues, même étincelle intacte.
Tes mains sur ma peau parlaient un langage plus vrai
que tous les discours que je n’avais jamais osé tenir.
Nous nous sommes aimés avec urgence, avec rage,
comme si nous savions déjà que le sablier était compté.
Mais encore une fois, c’est moi qui ai tout arrêté.
Brutalement. Sans explication digne de ce nom.
Je t’ai laissé seul avec mes fantômes,
et le silence qui a suivi fut plus lourd qu’un adieu.
Combien de nuits ai-je passées à regretter ce geste ?
Combien de fois ai-je revu ton visage dans la foule,
dans les reflets des vitres, dans les chansons tristes ?
Je pensais que l’histoire était close, classée parmi
les « presque » et les « si seulement » que la vie collectionne.
Toi, de ton côté, tu avançais, tu construisais,
portant peut-être la même blessure invisible.
Le monde continuait de tourner, indifférent,
tandis que quelque part, un fil invisible nous reliait encore.
Et puis, un jour ordinaire qui n’avait rien d’ordinaire,
nos chemins se sont croisés à nouveau.
Pas de grand signe du ciel, juste une coïncidence
qui ressemblait étrangement à une réponse.
Ton regard n’avait pas changé,
mais quelque chose en moi avait enfin grandi.
Plus de murs, plus de fuite possible.
Cette fois, les mots sont sortis entiers, sans tremblement.
Tes mains dans les miennes étaient fermes, assurées.
Nous nous sommes reconnus comme on reconnaît une évidence
qu’on a mis trop longtemps à nommer.
Aujourd’hui, c’est fort.
Fort comme la mer qui revient après la tempête,
Fort comme le rire qui explose après les larmes.
Nos corps se retrouvent avec une faim nouvelle,
Nos âmes se parlent sans filtre, sans retenue.
Ce qui était inattendu devient subitement évident :
nous étions faits pour ça, pour ce moment précis.
Après les faux départs, les leçons douloureuses,
la vie nous a remis au même carrefour,
mais cette fois, c’est nous qui choisissons de rester.
Deux personnes qui ont appris à s’aimer sans condition,
à ne plus laisser la peur dicter le rythme.
Ton cœur contre le mien bat désormais en cadence,
et chaque baiser porte le goût des années perdues
Et de toutes celles qui nous attendent encore.
C’est beau.
C’est juste.
C’est enfin le bon moment.








