Entre La Chair Et L'acier : L'ancrage by St4rbuuck at Inkitt
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Entre la Chair et l'Acier : l'Ancrage

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Summary

Après plus d'un siècle de stase cryogénique, Lya s'éveille dans un monde qui n'a plus rien de commun avec celui qu'elle a quitté. Propulsée au cœur d'une station spatiale monumentale, elle découvre une humanité fracturée par la technologie : en haut, les Augmentés d'Aeterna, caste céleste et glaciale qui gouverne par la modification cybernétique ; en bas, les esclaves de la Soute, condamnés à la misère. Lya, vestige d'un autre temps, est une « pure » sans le moindre implant dans le corps. Pour s'arracher à l'enfer de la Soute et offrir un avenir à son ami Aaron, Lya est prête à tout. Même à l'impensable. Lorsqu'une offre d'emploi est publiée pour monter à bord du Vesper, un navire d'exploration militaire, elle franchit des lignes rouges et commet des actes dont elle n'est pas fière pour s'assurer deux places à bord.

Genre
Scifi
Author
St4rbuuck
Status
Ongoing
Chapters
20
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 le Reveil

Le premier signe de vie ne fut pas une pensée, mais une brûlure.

L'oxygène s'engouffra dans ses poumons comme du verre pilé. Son cœur, figé depuis des années dans un rythme léthargique, s'emballa sous l'effet d'une décharge d'adrénaline synthétique. Ses yeux s'ouvrirent subitement sur une pénombre opaque. Immédiatement, son corps capitula face au choc thermique et chimique : prise d'un spasme violent, elle se tourna sur le côté pour vomir un liquide visqueux et transparent - le gel de stase résiduel qui tapissait son estomac. Elle réalisa alors qu'elle gisait dans un espace clos, à peine plus grand qu'un cercueil.

Sa gorge était un désert de feu. Elle tenta de se raccrocher à un nom, un visage, un souvenir. Rien. Le vide absolu. Elle ignorait qui elle était et pourquoi elle se trouvait dans cette boîte de métal. Cette amnésie totale l'enveloppait, plus terrifiante encore que la douleur physique.

Biiiiip.

Le couvercle en plexiglas du caisson glissa vers le haut dans un grincement hydraulique.

- Sujet 1930-Lya Cooper. Fonctions vitales : critiques mais stables. Réhydratation d'urgence requise.

La voix était synthétique, hachée par des siècles de friture statique. L'intelligence artificielle du complexe venait de s'éveiller. Autour d'elle, des rangées de néons blancs s'allumèrent dans un bourdonnement électrique, révélant l'immensité d'une nef souterraine.

Lya se laissa glisser hors du caisson et s'effondra sur le sol métallique glacial. Le froid de l'acier mordit sa peau nue, lui faisant prendre conscience qu'elle ne portait que de simples sous-vêtements blancs. Ses yeux balayèrent la pièce. Des milliers de structures identiques s'alignaient à perte de vue. Certains caissons étaient ouverts, vides ou maculés des restes de réveils manqués. D'autres, en revanche, brillaient encore d'une faible lueur bleue. Derrière le givre des vitres, des silhouettes humaines demeuraient figées dans un sommeil profond. Ils étaient vivants.

Pourtant, l'affichage de sa propre rangée indiquait un taux de réussite catastrophique. Les capsules fonctionnaient, mais le corps humain, lui, brisait souvent le protocole. Face à cette effroyable loterie, Lya comprit une chose : le réveil était une épreuve trop lourde pour être affrontée seule. Sans assistance médicale immédiate, ranimer les autres équivalait à les condamner.

En se redressant, son regard croisa son propre reflet sur la paroi en plexiglas. Elle eut l'impression diffuse d'avoir déjà vu ce visage carré, ces yeux bleus et ces longs cheveux blonds, sans pour autant parvenir à se les réapproprier.

Poussée par un instinct de survie animal, Lya se traîna hors de ce dortoir morbide. Elle s'engouffra dans un couloir et repéra un comptoir de maintenance mural équipé d'un distributeur d'urgence. La vitre en était brisée. À l'intérieur, il ne restait que quelques rations de survie : des cubes de nourriture déshydratée et compacte.

Affamée, l'estomac tordu par un vide de plusieurs années, elle en arracha un morceau qu'elle mâcha péniblement avant de l'avaler. L'effet fut instantané et cruel. Son système digestif, endormi depuis des âges, refusa catégoriquement cette agression solide. Un violent haut-le-cœur la plia en deux, lui arrachant une bile acide qui lui brûla de nouveau la gorge. Son corps n'était tout simplement pas prêt. Elle tenta de boire un peu d'eau aux valves de secours, mais son œsophage se contracta dans un même refus douloureux.

Elle avait besoin de temps, mais le temps lui manquait.

- Sortir... projeta-t-elle dans un souffle, sa voix n'étant qu'un sifflement inaudible.

Guidée par les flèches lumineuses d'évacuation que l'IA projetait faiblement sur le sol, elle entama sa lente procession vers la surface. Elle franchit une passerelle, un long couloir, puis emprunta un ascenseur à l'aspect peu rassurant avant de déboucher sur une autre galerie. L'endroit était gigantesque, interminable. Le silence était total. À plusieurs reprises, Lya tenta d'appeler à l'aide de sa voix éraillée, mais personne ne répondit. Elle ne rencontra que de rares cadavres desséchés. Enfin, elle fit face à une immense porte blindée, entrouverte et bloquée par l'usure du temps. Elle y glissa son corps frêle, puis grimpa les dernières marches d'un puits d'accès.

Lorsqu'elle émergea enfin à l'air libre, le choc fut d'une violence inouïe.

Une lumière crue, blafarde, frappa ses rétines atrophiées. Aveuglée, les larmes coulant sur ses joues, elle porta une main tremblante devant ses yeux. Le ciel affichait une teinte jaunâtre, saturé d'une brume épaisse et lourde. L'air qu'elle inspira avait un goût métallique et piquant. Les radiations étaient là, invisibles mais bien réelles. L'atmosphère n'était pas immédiatement mortelle, mais elle agissait comme un poison lent, une usure silencieuse à laquelle son corps affaibli ne pourrait pas résister bien longtemps. Il n'y avait rien devant elle, hormis du sable et des cailloux, aussi loin que la brume l'autorisait à voir.

Ses forces l'abandonnèrent complètement. Ses genoux heurtèrent le sol rocheux et stérile.

C'est alors qu'un vrombissement lourd fit vibrer l'atmosphère. Une ombre immense se découpa dans le ciel de soufre. Un vaisseau au fuselage noirci descendit en vol stationnaire, soulevant des vagues de poussière. Lya se protégea de ses bras, se recroquevillant sur elle-même.

La rampe s'abaissa et des silhouettes en sortirent en courant. À la surprise de Lya, ces individus ne portaient pas de lourdes combinaisons hermétiques, mais de simples vestes réglementaires, leurs respirateurs légers pendus au cou. Ils bravaient l'air extérieur, pressés par l'urgence. L'un d'eux cria des ordres en se précipitant vers elle.

Lya voulut lever le bras, mais son cerveau, privé d'énergie et saturé par les toxines de l'air, déconnecta. Le monde bascula instantanément dans le noir.

L'obscurité ne recula pas d'un coup ; elle s'effilocha lentement, chassée par le bip régulier et monotone d'un moniteur cardiaque.

Quand Lya rouvrit les yeux, le ciel de soufre avait disparu, remplacé par le plafond métallique et immaculé d'une cellule médicale. L'air qu'elle respirait n'avait plus ce goût de cendre ; il était pur, presque trop, injecté directement sous ses narines par une canule en plastique. Son corps basculait cependant dans une autre forme d'inconfort : elle se sentait prisonnière d'une toile d'araignée technologique. Des cathéters d'hydratation transperçaient le dos de ses mains.

L'amnésie, elle, était toujours ancrée. Lya Cooper. Le nom hurlé par l'IA du caisson résonnait dans sa tête comme une étiquette étrangère.

Refusant cette impuissance, elle tenta de redresser le buste. Ses muscles, atrophiés par la stase, protestèrent instantanément. Bien qu'aucun fil apparent ne la relie aux parois, les capteurs biométriques invisibles de la pièce détectèrent son mouvement, et un sifflement d'alarme s'éleva du moniteur alors que son cœur s'emballait. Elle projeta ses jambes lourdes hors du lit, prête à arracher les cathéters.

- Restez couchée. Vous sabotez votre propre protocole de stabilisation.

La voix, tranchante et dénuée de toute chaleur, figea Lya. Un homme venait de franchir le rideau thermique de la cellule. Sa peau d'un brun profond contrastait rudement avec la blouse chirurgicale asymétrique qu'il portait. Mais ce furent ses yeux qui accrochèrent le regard de Lya. Ils n'avaient rien d'humain. À la place des iris, deux lentilles d'un gris bleu se focalisaient et se rétractaient, analysant ses constantes en temps réel. Un regard synthétique, froid, qui la parcourait comme un simple dossier à clore.

- Où... où suis-je ? articula Lya, sa gorge encore irritée. Qui êtes-vous ?

Le médecin ne prit même pas la peine de lever les yeux de sa tablette numérique. Ses doigts agiles, pourtant entièrement organiques, faisaient défiler des graphiques.

- Vos poumons ont absorbé une dose notable d'isotopes radioactifs à cycle court, et votre système digestif est en état de choc, dit-il d'un ton purement clinique, ignorant ses questions. Vous avez de la chance d'avoir une constitution robuste, Matricule 788-Delta. Une autre minute dehors et vos alvéoles pulmonaires commençaient à se nécroser.

- Répondez-moi, insista-t-elle, la panique teintant sa voix faible. Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? Le vaisseau...

- Allongez-vous, ordonna-t-il sèchement, en s'approchant enfin pour couper les alarmes de la console. Je ne suis pas là pour dissiper votre brouillard mental, mais pour m'assurer que vous ne fassiez pas un arrêt cardiaque sur ma table.

Sans ménagement, mais avec précision, il coupa le goutte-à-goutte. La déconnexion fut brutale ; un vertige saisit Lya alors qu'il lui retirait la canule d'oxygène.

- Vos constantes sont temporairement acceptables. Le reste ne relève plus de la médecine générale, conclut-il en rangeant son matériel, le regard toujours aussi opaque. Debout. On vous attend.

Avant qu'elle n'ait pu protester, le rideau s'ouvrit sur deux agents en uniforme sombre et rigide. Ils ne portaient pas d'armes apparentes, mais leur posture ne laissait place à aucune négociation. Encadrée, Lya dut forcer ses jambes tremblantes à avancer dans un long corridor.

Elle s'attendait à ressentir les vibrations caractéristiques d'un croiseur spatial, ce grondement sourd des moteurs qu'un instinct résiduel lui soufflait de chercher. Mais il n'y avait rien. Le sol sous ses pieds nus était d'une stabilité absolue, vibrant d'une tout autre énergie. À travers une large baie vitrée qu'ils longèrent, Lya retint son souffle.

Au-dehors, pas d'étoiles qui défilent, ni le vide de l'espace profond. À travers le blindage transparent, elle prit conscience de l'immensité de la structure. Des passerelles suspendues reliaient des secteurs entiers, des drones de maintenance filaient le long de gigantesques conduites de refroidissement, et au loin, lumineuse comme un phare, se dressait une planète. Grise et striée de lumières cuivrées.

Ce n'était pas un vaisseau. C'était une station. Une ruche technologique, fermée sur elle-même, bourdonnant d'une activité frénétique et froide.

Les gardes bifurquèrent, brisant sa contemplation, et la poussèrent fermement vers une lourde porte coulissante. L'inscription « Secteur Évaluation & Affectation » clignota en blanc. Sa véritable transition commençait maintenant.

La lourde porte se referma derrière elle dans un sifflement pneumatique hermétique, étouffant d'un coup les rumeurs mécaniques de la station.

Lya se retrouva seule. La pièce était un cube parfait, d'une blancheur agressive, éclairée par un plafond lumineux sans angles ni ombres. Il n'y avait aucune fenêtre, aucune décoration, aucun meuble, à l'exception d'une unique chaise en plastique gris fixée au centre du sol métallique. L'épuration de l'endroit était presque douloureuse pour ses yeux encore sensibles.

- Veuillez vous asseoir, Matricule 788-Delta.

La voix tomba du plafond. Contrairement à la complainte agonisante de l'IA du complexe souterrain, celle-ci était d'une clarté absolue, fluide, presque mélodieuse, bien que totalement dépourvue d'âme.

Lya hésita, le cœur battant contre ses côtes, puis força ses jambes flageolantes à traverser la pièce. Le plastique de la chaise était froid contre sa peau fine. Elle croisa les bras sur sa poitrine, terriblement vulnérable sous les capteurs invisibles qui la balayaient.

Aussitôt assise, un faisceau de lumière bleue, vertical et fin, jaillit du plafond. Il descendit lentement le long de son corps, de la pointe de ses cheveux blonds jusqu'à ses pieds nus, picotant sa peau d'une légère électricité statique.

- Analyse biométrique complétée, annonça la voix. Rythme cardiaque : quatre-vingt-six pulsations par minute. Niveau de cortisol : élevé. Absence notable d'implants neuronaux, cybernétiques ou nanotechnologiques. Sujet classifié : Pur.

Le mot résonna dans le silence de la pièce comme un verdict. Pur. Pour Lya, cela ne tournait encore à rien, mais le ton de la machine laissa deviner que ce n'était pas un compliment.

Un panneau mural, jusqu'alors invisible, coulissa pour révéler un écran encastré. Des lignes de code et des graphiques commencèrent à y défiler à toute vitesse, avant de se figer sur le visage carré de Lya.

- Lya Cooper, reprit l'IA. Âge biologique estimé : trente-quatre ans. Vous avez passé exactement cent quarante-deux ans en stase cryogénique au sein du complexe terrestre Morphée 17.

Un choc invisible traversa Lya. Cent quarante-deux ans. Elle venait de dormir pendant près d'un siècle et demi. Le monde qu'elle avait connu était mort depuis bien longtemps.

- Votre profil n'indique aucune compétence technique supérieure répertoriée dans nos bases de données de l'Ancien Monde, poursuivit la voix, implacable.

Lya redressa le menton, sa fierté d'autrefois refaisant surface malgré la terreur.

- Et qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?

L'écran changea de couleur, passant du bleu à l'orange, et un nouveau texte s'afficha en lettres capitales.

- Votre affectation a été déterminée par calcul algorithmique adaptatif. Vous êtes rattachée au Secteur Tertiaire de la Station. Logistique et manutention de la Soute. Vous vous présenterez dès demain au superviseur du dépôt 1. Votre statut de citoyenne non-augmentée vous octroie une ration de subsistance de classe E, 10 crédits et un accès restreint aux zones communes.

La porte blindée derrière elle se déverrouilla dans un claquement sec.

- L'évaluation est terminée. Veuillez récupérer votre paquetage standard auprès des agents de sécurité. Bienvenue à bord.

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